Maurice Levy : Le grand manitou de la pub

by La Rédaction

Pour ses parents, le Maroc fut un refuge. Son père, un professeur de philosophie de gauche, avait été condamné à mort par le régime franquiste. C’est ainsi que Maurice Lévy est né le 18 février 1942 à Oujda. Diplômé en informatique et organisation de l’université du New Jersey en 1965, grâce à une bourse d’étude, il est recruté l’année suivante dans le service informatique de l’agence de publicité Synergie, à Paris. En parallèle à son métier d’ingénieur, son rôle s’étend à des fonctions de gestionnaire et financières. A 29 ans, c’est lui que son patron choisit comme successeur à la tête du groupe. Il préfère rejoindre Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur du groupe Publicis. En tant qu’ingénieur informaticien, il prend l’initiative d’archiver l’essentiel des données de son entreprise sur bande magnétique. Il permet ainsi à Publicis de se remettre en huit jours de l’incendie qui ravage l’immeuble de l’avenue des Champs-Elysées, en septembre 1972. Un coup d’éclat qui vaut au jeune Lévy de se faire remarquer par Bleustein-Blanchet. Dès 1973, il est promu secrétaire général. En 1975, il est nommé DG adjoint de Publicis Conseil et, en 1976, directeur général. Dès lors, il s’emploie à tisser ses réseaux et à décrocher des contrats publicitaires de plus en plus importants. Il crée ainsi à New York l’agence Intermarco et convainc l’Oréal de lui confier sa communication. Aujourd’hui, Publicis réalise la moitié de son chiffre d’affaires en Amérique. En 1988, il devient président du directoire et succède à Bleustein-Blanchet au poste de PDG en novembre 1987.
L’heure de la conquête a sonné. Lobbyiste acharné, Maurice Lévy s’attache à entretenir ses réseaux et laisse la création des slogans à ses équipes. Menant une stratégie de rachats parfois hostiles contre ses concurrents, il poursuit également une politique de diversification des supports, investissant très tôt Internet et les nouveaux médias. C’est ainsi qu’il décroche des campagnes de communication pour l’Armée américaine. En France, il se voit confier la promotion de la réforme des retraites en 2003. Le privé n’est pas en reste : les plus gros contrats atterrissent dans l’escarcelle de Publicis, dont des budgets vertigineux comme ceux de Total, de Sanofi ou de Vivendi Universal. En 2002, Publicis fusionne avec le groupe américain Bcom3 et se propulse 4e mondial. Début 2009, le groupe décroche les budgets de Carrefour monde, de China Mobile et de Wal-Mart et se classe 3e groupe mondial. Sous la houlette de Maurice Lévy, il est passé de 9.000 à 50.000 collaborateurs.
En parallèle, l’homme jouit d’une influence immense. Il est membre du club Le Siècle, préside l’Association française des entreprises privées et fait partie du conseil de la fondation du Forum de Davos. Ses concurrents persiflent qu’il y fait son marché. En 2006, il finance à titre personnel une campagne pour la paix conduite par une équipe de 40 Palestiniens et autant d’Israéliens qui échoue après l’élection du Hamas.
Actuellement, ce grand patron qui avait créé le buzz en appelant, à l’été 2011, à une « contribution exceptionnelle des plus riches, des plus favorisés, des nantis », s’est pris un retour de bâton quand le journal La Tribune a révélé en mars dernier qu’il allait recevoir un bonus de 16 millions d’euros de la part de Publicis, le plus important de toute sa carrière professionnelle.

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