La theorie du complot

by La Rédaction

Vitoles et Volutes

Souvenez vous, en ce début d’année 2022, au-delà de se souhaiter une bonne santé, il était nécessaire de mettre dans nos vœux, le retour de nos Puros favoris.

En effet il nous semble bien loin le temps où il suffisait de pousser la porte d’une civette pour flâner et choisir tranquillement de quoi satisfaire nos caves. Nous pouvions même nous permettre de jouer le client difficile : … Ils sont frais vos Partagas ?… En Cohiba , vous n’avez pas plus gros ?… J’ai du monde à diner, vous pouvez me livrer un assortiment bien présenté ?…Vos Bolivars sont un peu Claro , vous allez en recevoir des Maduros d’ici demain ? ….

Mais ça c’était avant la crise provoquée par la Covid19. Avouez que pour un amateur de cigare, c’est quand même un comble de se voir frustré par un Corona, virus ou pas. Au regard des dégâts provoqués, il y a clairement un manque d’ambition ! Churchill ou Robusto virus çà faisait tout de suite plus chic.

La mode est à la théorie du complot…nous pourrions donc nous poser la question, mais alors à qui profite le crime ? Je dis cela, je ne dis rien, mais le Nicaragua me semble très suspect.

Ce petit pays d’Amérique Centrale à peine plus grand que Cuba avait déjà profité de la révolution Castriste pour ouvrir grand les bras aux producteurs de cigares fuyant cette nouvelle et belle démocratie.

Tout ce petit monde s’est retrouvé à Estelí un petit bourg en montagne propice à la culture du tabac pour exercer leur art. Après s’être retapé sur place, une révolution et un ou deux coups d’état, à se demander si ces cubains ne porteraient pas un peu la poisse, ce savoir-faire a très vite donné ses lettres de noblesse au désormais cigare Nicaraguayen, et vers la fin des années 80, Estelí est devenue la capitale du cigare aux yeux des Américains, toujours privés depuis JFK, du Puros Cubain.

Il faut bien l’admettre, nous qui ne sommes pas moins que l’élite des Aficionados du Havane, nous avons toujours regardé les autres pays producteurs comme des joueurs remplaçants de seconde division, et pendant ce temps, petit à petit le Nicaragua se faisait un nom et une réputation dans le monde du cigare en manufacturant des modules se rapprochant de plus en plus des saveurs Cubaines. Des grandes marques comme Montecristo ou Cohiba ont même posé leurs bagues sur des modules Nicaraguayen, pour prendre leur part du gâteau sur le marché Américain, mais rien n’y faisait, pour un amateur de grand cru, un second vin reste un second vin.

Et voilà que depuis 2020, le petit Corona, virus cette fois ci, vient bouleverser cet équilibre admis entre l’évident mauvais gout Américain et le bon gout légitime du vieux continent. La Covid19 frappe Cuba, les productions marquent l’arrêt tandis que le monde entier, telles des ménagères sur le sucre et le café en temps de guerre, se rue sur les stocks de Havane. Résultat, depuis mi 2021, plus un Havane sur le marché, et ceux qui ont du stock font fortune au marché noir, ou sont obligés de sécuriser leur trésor. Avoir du Havane, aujourd’hui , c’est voir son nom dans le Who’s Who 2022.

Pour économiser le noble Havane, on goute, on teste un peu de tout, voir du n’importe quoi. C’est à celui qui en soirée annonce glorieux avoir déniché une pépite au rapport qualité prix exceptionnel : Un petit producteur aux Iles Canaries, un village spécialisé au Cameroun, une vieille femme en Malaisie, un copain d’un ami qui a du stock de havane sans bague, sans boite, mais garantie ! Bref de ces modules qui en fin de soirée vous font les yeux vert fluo et prendre votre tour devant les toilettes.

On finit immanquablement par gouter un Nicaraguayen, et il faut se rendre à l’évidence : c’est bon, c’est bien travaillé, et c’est vrai, on retrouve du savoir-faire Cubain et des volutes proches du Havane. On pourrait s’y m’éprendre. Et voilà que le monde des fumeurs de cigare se jette sur le Nicaraguayen pour refaire les niveaux de leurs caves clairsemées. La vie reprend, et en attendant le retour du Havane, le Nicaragua est en passe de devenir le premier producteur de cigare au monde, loin devant le Honduras et la République Dominicaine. Et pour enfoncer le clou, le module Nicaraguayen pousse la perfidie jusqu’à être près de 30% moins cher que le Havane.

Bien sur que le retour du Havane est attendu comme le messie, pardon je veux dire le prophète, mais désormais le Nicaragua est entré dans nos caves et il sera difficile de l’en faire sortir.

Patrick Grossetête.

Si vous croisez des bagues type Davidoff Nicaragua, Oliva , Paradiso , Macanudo ou bien Padron et bien d’autre encore, n’hésitez pas , le plaisir de la découverte d’un nouveau monde sera au rendez-vous. Sans oublier la succès story en provenance de Estelí, la vitole Horacio, marque Française, qui tire ses saveurs d’un subtil mélange de tabac Nicaraguayen avec quelques feuilles du Costa Rica.

Moi on ne m’enlèvera quand même pas de l’idée que la Covid a été acheté à la Chine par le Nicaragua pour faire exploser leurs ventes de cigares…je le sais, c’est un Torcedor cubain, anti vaccin, réfugié à St Domingue qui me l’a dit !

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