Dominique villepin : Il est temps de nous doter d’une gouvernance mondiale

by La Rédaction

De passage au Maroc en avril dernier, l’ancien Premier ministre et flamboyant ministre des Affaires étrangères français en a profité pour défendre son cheval de bataille : la nécessité d’une communauté internationale soudée pour faire face aux grandes crises mondiales. Avec sa passion coutumière, il a également exhorté le Maroc à poursuivre sur la voie de la démocratie et du dialogue, conditions selon lui d’un résolution du problème du Sahara.

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Par RAFIK LAHLOU & LAURENCE OIKNINE
Photos : Taoufik MOUANNIS – AFP

Son heure de gloire, ce natif de Rabat l’aura connue le 14 février 2003, à l’assemblée des Nations unies. Ce jour-là, son plaidoyer passionné pour la recherche d’une solution négociée avec l’Irak de Saddam Hussein aura déclenché une ovation devant des délégués du monde entier, une première dans cette enceinte. Rétrospectivement, son analyse des conséquences de l’invasion américaine s’est révélée singulièrement exacte.
Fils d’un sénateur des Français de l’étranger, il a sillonné le monde dès sa plus tendre enfance, ce qui l’a naturellement incité à épouser une carrière de diplomate. En 1995, séduit par sa verve, sa culture et son sens de l’Etat, Jacques Chirac le choisit comme secrétaire général de l’Elysée. En 2002, il le nomme ministre des Affaires étrangères puis, en 2004, ministre de l’Intérieur. En 2005, il entre à Matignon. Sa prestance, son charisme et sa conduite ferme des affaires lui valent une cote de popularité si élevée qu’on le voit déjà à l’Elysée. L’échec du CPE (Contrat première embauche), l’affaire Clearstream et l’ambition dévorante de Nicolas Sarkozy donneront un coup d’arrêt à cet ascension. Auteur de plusieurs romans et essais, dont le très remarqué Les Cent-Jours ou L’Esprit de sacrifice, sur Napoléon, Dominique de Villepin se singularise dans le paysage politique français, et même international, par son amour pour la poésie et un lyrisme d’un autre temps.

Qu’est-ce qui vous amène au Maroc ?
D’abord, le bonheur de revenir régulièrement dans le pays de mes origines. Non seulement je suis soucieux d’une fidélité, mais j’en éprouve un plaisir qui est toujours aussi grand. De revenir, mais aussi de voir le Maroc changer, s’ouvrir, se moderniser, tout en gardant ce qui fait sa force, son âme, son charme. Je reviens parce que j’ai l’occasion de faire une conférence devant le patronat marocain à l’invitation de son président. L’idée est d’essayer d’y voir un peu plus clair dans un monde en grand désordre et en proie à de grandes incertitudes : comment faire face aux crises aujourd’hui, qu’elles soient politiques, économiques, financières et quel type de solutions est susceptible de nous faire avancer ensemble dans un monde qui a besoin de beaucoup plus d’imagination et de coopération. La deuxième conférence que je ferai à l’université de Rabat, à l’invitation de Mohammed Bennis, aura pour thème « Poésie et pouvoir ». Pour faire simple : qu’est-ce que la poésie peut nous apporter aujourd’hui, dans un monde en difficulté.

Quels poètes allez-vous aborder ?
Beaucoup d’auteurs modernes ou vivants. Pour ce qui est du Moyen-Orient, des personnalités comme Adonis, Mahmoud Darwich, Salah Stétié, Mohammed Bennis, mais aussi des grands phares de la littérature mondiale, comme Paul Celan, Nazim Hikmet, Mandelstam, Borges, ou des grandes figures, comme Rimbaud et Apollinaire. Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment les préoccupations des poètes se situent au cœur des grandes préoccupations des hommes et comment la poésie, la langue, le travail sur la langue peuvent nous permettre d’avancer et de mieux nous situer dans le monde.

Comment se fait-il que vous connaissiez si bien la littérature arabe ?
J’ai beaucoup lu, beaucoup appris. La plupart de ces poètes sont des amis très proches et j’ai écrit plusieurs ouvrages qui abordaient ces questions : L’Eloge des voleurs de feu et mon dernier livre, L’Hôtel de l’insomnie. L’un des grands privilèges du monde arabe, c’est que la poésie reste au cœur des arts vivants, des arts partagés. L’un des grands défis d’aujourd’hui est de préserver l’humain dans un monde de plus en plus mécanisé, rapide, schizophrène. Comment préserver cette conscience humaine, qui réfléchit et, en même temps, s’ouvre aux autres et au monde. Je pars d’un constat et d’un conviction : la peur est, malheureusement, la grande actrice du monde d’aujourd’hui. On l’a vu, sur le plan géopolitique, avec le 11 septembre. La peur est aussi au cœur de la vie de chacun d’entre nous : terrorisme, insécurité, immigration… On a peur de l’avenir et, trop souvent, on a peur de l’autre. Or, je pense que la poésie défie cette peur, cherche à l’apprivoiser et à la dépasser, car ce qu’on arrive à nommer fait déjà moins peur. Avoir les mots pour dire ce qui fait peur, c’est déjà ouvrir son cœur s’ouvrir à l’autre et à l’hospitalité. Donc, la poésie, je crois, est en avance par rapport à beaucoup d’arts et de sciences humaines dans ce qu’elle se fixe cet objectif de remettre l’homme au cœur de la vie.

Elle est en avance sur les hommes politiques aussi…
Elle l’est souvent. Parce que les hommes politiques se font piéger par les épreuves et les difficultés – et on le comprend – en ne disant pas toujours les mots qui disent. C’est un peu comme le médecin qui refuserait de nommer la maladie. Nous sommes confrontés à des défis extrêmement graves et nous avons souvent peur de les nommer, parce que nous avons peur d’amplifier la peur. De ce fait-là, nous nous privons de la capacité à nous attaquer au mal tel qu’il est. Je prends ce que je crois être l’un des grands pièges du monde contemporain : le sentiment d’injustice. Si nous n’acceptons pas de traiter cette injustice en apportant des solutions, nous ne donnerons pas confiance à nos concitoyens dans notre capacité à avancer.

Donc, ça passe par les mots…
Ça passe par la capacité de nommer les choses. Car, quand on a le courage de parler des choses en toute liberté, en toute franchise, on a aussi le courage de recourir à tous les pouvoirs de la langue, y compris celui d’essayer de nouvelles idées, de défricher les problèmes avec de nouveaux mots. Regardez l’importance des mots dans la crise du Moyen-Orient. Quand on regarde les résolutions des Nations unies sur la crise israélo-arabe, on voit bien que les mots ont une capacité à enflammer ou au contraire, à apaiser. Il faut être capable de les renouveler. Nous nous servons trop souvent, en matière diplomatique, de mots usés. Les diplomaties passent leur temps à « déplorer », à « regretter »… Nous souhaiterions que la diplomatie soit davantage dans l’action. Pour cela, il faut utiliser des mots vivants, des mots qui réveillent parfois, des mots qui donnent une forme à notre vision et un espoir à notre ambition.

Revenons-en à vous. Quel souvenir conservez-vous de votre enfance à Rabat ?
J’avais six ans quand je suis parti. C’est une période où les choses restent souvent dans la mémoire indistincte, mais elles sont très importantes. Et ces souvenirs, c’est une lumière. Chaque fois que je reviens au Maroc, je suis étreint, saisi, par cette lumière. C’est une lumière qui parle, une lumière qui vous habite, qu’on porte en soi.

Ça reste en soi toute la vie ?
Oui, parce que c’est une force d’optimisme. Quelles que soient les difficultés que j’ai éprouvées dans ma vie, ça n’a jamais été grave, compte tenu de cette source intérieure. C’est cet air, cette lumière, ce ciel… Dans mes souvenirs, arrivant à la nuit tombée à Tanger, j’étais envoûté par cette luminosité, cette voûte étoilée. On est là dans un monde qui parle, un monde où les hommes, les animaux, la nature, tout cela a son langage et tout cela s’exprime. Et il y a une force d’optimisme et de vie qui, je crois, est plus forte que tout

Quels liens conservez-vous avec le Maroc ?
Je reviens régulièrement. J’ai beaucoup d’amis ici, dans tous les domaines : la politique, la peinture, la poésie, les arts en général… J’ai toujours été convaincu de l’histoire singulière du Maroc, celle d’un peuple capable de tendre la main de tous les côtés et qui représente donc pour beaucoup un symbole et un espoir. Le Maroc, de par sa position géographique, historique, spirituelle et de par son engagement, a cette capacité à faire en sorte que des gens qui ne se parlent pas puissent engager le dialogue. Toute l’histoire du Maroc, c’est de forcer les barrières, de dépasser les malentendus, d’aller au-delà des incompréhensions. Or, nous sommes dans un monde de malentendus et d’incompréhensions. Donc, la capacité à lutter contre ces forces-là me paraît essentielle. C’est une vocation, un devoir que d’essayer de rassembler les hommes, de s’ouvrir à une diversité du monde.

Que pensez-vous de l’évolution actuelle du Maroc ?
J’ai vécu de très près, comme acteur politique français, tous ces changements. Tout ce qui touche à l’équilibre des pouvoirs, à la démocratisation sociale, à la volonté d’ouverture et d’apaisement vis-à-vis des pays voisins sont des changements extrêmement profonds et importants, que nous devons encourager. Il y a un défi essentiel, pour moi, celui de l’éducation. Parce que le Maroc a l’atout exceptionnel de disposer d’une formidable jeunesse. Mais cela implique de continuer à miser sur l’éducation, de faire en sorte que chaque jeune de ce pays puisse avoir une chance et soit convaincu que cette chance, il peut la saisir. Le développement économique, il est là. A chaque visite au Maroc, je constate les changements très profonds. Or, plus un pays se développe, plus il doit être capable, et c’est ça la grande difficulté, de relever tous les défis en même temps. L’exigence de justice est tout à fait essentielle : ne jamais laisser se creuser les écarts, toujours maintenir la possibilité de l’égalité des chances. Ça passe par la promotion sociale, non seulement à travers l’éducation quand on est jeune, mais tout au long de la vie : promotion à tous les âges, promotion de la femme, possibilité pour ceux qui rencontrent des difficultés particulières de les dépasser. Ce souci de la cohésion sociale est une nécessité. Je le dis, pas du tout en donneur de leçon, mais parce que c’est au cœur de nos propres préoccupations, dans un pays comme la France.

En matière d’éducation, l’échec du Maroc est patent. Les indicateurs internationaux sont là…
Le pari de l’éducation, de l’économie de la connaissance est une absolue nécessité. Parce qu’il entraîne avec lui beaucoup d’autres projets et beaucoup d’autres réformes. J’étais dans les pays du Golfe, il y a quelques semaines. J’ai vu la prise de conscience qui s’y est faite autour de l’économie de la connaissance, l’idée que non seulement c’est un élément de développement social, mais un élément majeur de développement économique. Je pense qu’un investissement extrêmement important dans ce domaine est nécessaire. Même s’il est coûteux au départ, il est rentabilisé par le développement économique. Il faut aussi multiplier les occasions d’ouverture. Nous sommes aujourd’hui dans un monde mondialisé, qui change à toute vitesse : il faut faire en sorte que nos concitoyens, Français et Marocains, puissent s’y sentir à l’aise. Et l’un des grands défis est de faire en sorte que la peur de l’avenir, des développements du monde qui pèse très lourdement sur nous, nous la transformions en une chance. Qu’elle soit un stimulant qui nous permette de développer l’appétit de prendre des initiatives.

On a besoin de visionnaires, Monsieur le ministre…
C’est un élément très important de l’économie de la connaissance. Il faut des repères, des exemples. Or, nous sommes dans une société où, malheureusement, ces exemples font parfois défaut ou nous ne les connaissons pas. C’est là où la presse a un formidable travail à faire : il faut permettre à chacun de découvrir des pionniers dans les secteurs économique, social, culturel… Et il y en a au Maroc. Les nombreuses femmes qui sont aujourd’hui des grandes actrices du développement économique sont autant de modèles. Il faut des synergies et des mécanismes qui permettent à ces exemples de se multiplier. Nous devons accepter, les uns et les autres – c’est l’une des grandes passions de ma vie – de prendre du temps pour partager nos expériences. C’est pour cela que j’ai beaucoup de plaisir à revenir régulièrement au Maroc pour des conférences : il faut expliquer, partager, avec beaucoup de lucidité et d’exigence. Je ne crois pas qu’il faille toujours présenter toute chose sous une lumière admirable. Dans une vie, dans une expérience, il y a des choses bien, d’autres moins bien, des leçons qu’on tire… L’un des risques, c’est que ceux qui vous écoutent se disent : « jamais je n’arriverai à faire comme celui-ci ou celui-là ». Il faut montrer comment chaque homme, chaque femme réussit des choses. Il faut des sociétés plus solidaires, plus transparentes, plus ouvertes, où celui qui veut devenir artiste, artisan… trouve sa place et soit reconnu. Il y a une dignité du travail.

Pour en revenir aux relations entre la France et le Maroc, le Président Sarkozy, a semblé trancher avec ses prédécesseurs en n’accordant pas au Maroc la place privilégiée qu’il occupait dans le Maghreb. En tout cas, ça a été perçu ainsi. Quelle est votre position sur ce sujet ?
Il y a une perception et il y a la réalité des choses. Je pense que tant la visite de Nicolas Sarkozy au Maroc que celle de François Fillon montrent notre volonté de travailler avec le Maroc. Mais, au-delà de cette volonté, affirmée et réaffirmée, il y a ce lien particulier et ce partenariat privilégié que nous avons avec le Maroc et qui ont vocation à se développer. La difficulté, c’est que, quand on est entre amis très proches, très anciens, qui ont une complicité qui est celle de la géographie, de l’histoire, de la culture, on doit constamment trouver des idées pour aller plus loin. C’est notre devoir à nous qui constituons des passerelles entre la France et le Maroc. Vous savez combien il y a, en France, à tous les niveaux de responsabilité, des hommes et des femmes très attachés au Maroc parce qu’ils y sont nés, parce qu’ils sont amoureux de ce pays… Nous avons une chance : nous sommes dans un temps où il y a beaucoup de perspectives d’actions possibles.

Vous pensez à l’Union méditerranéenne ?
Bien sûr. Mais aussi, dans les domaines politique et économique, à tout ce qui peut être fait pour transformer cette relation en une véritable relation agissante, au service de nos peuples et de l’ensemble de la région. Je ne m’accommode de ce que d’aucuns considèrent aujourd’hui comme une fatalité. La situation du Sahara doit trouver sa solution. Des progrès ont été faits. Nous avons vu les choses évoluer avec la proposition marocaine.

Vous y êtes favorable ?
Il y a là un élément qui peut nous permettre d’avancer avec confiance. Il faut faire cheminer l’idée très simple que régler le problème du Sahara est dans l’intérêt du tous : du Maroc, de l’Algérie et de l’ensemble du Maghreb. J’ai souvent constaté sur la scène internationale des batailles d’arrière-pensées du type : « maintenons telle crise, cela permettra d’immobiliser les capacités ». Aujourd’hui, tout le Maghreb en paye le prix. Or, être capable, pour une région aussi importante stratégiquement, de régler ce problème créerait une dynamique. Ça montrerait que les peuples, les Etats, les gouvernants sont capables de se prendre en main et de régler leurs problèmes entre eux, comme nous l’avons fait, historiquement, avec les Allemands. Il faut mesurer ce que permettrait le règlement de la crise du Sahara pour l’ensemble des économies de la région. Ça libérerait les énergies et un grand nombre de projets, ça montrerait l’exemple et créerait un appel d’air fantastique pour le règlement des crises du Moyen-Orient. Imaginez les grands projets d’infrastructure qui permettraient de décloisonner les économies, les complémentarités entre les richesses des uns et des autres : les capacités agricoles d’un pays comme le Maroc, le développement de l’industrie et des services, le secteur touristique… Il y a des échanges de savoir et de technologie qui peuvent être faits entre ces Etats et entre le Maghreb et l’Union européenne, qui serait démultipliés de façon considérable. Il y aurait quelque honneur, quelque dignité, quelque grandeur à ce que la génération qui a connu les difficultés de la décolonisation et les tensions qui s’en sont suivies passe le témoin aux jeunes générations en ayant réglé cette question. Pour les diplomaties, les hommes politiques, mais aussi toutes les forces agissantes – les associations, les organisations non gouvernementales – il y a là un objectif qui doit transcender les questions d’Etat à Etat. Parce qu’il y a un intérêt général régional supérieur.

Justement, le Maroc vient de tendre la main à l’Algérie en proposant l’ouverture des frontières terrestres, proposition qui a été rejetée. Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui les Algériens de saisir cette main tendue ?
Il y a des préventions, des inquiétudes, des suspicions et des peurs. Quand on se trouve confrontés, dans deux Etats aussi proches, à ces difficultés, il y a deux moyens susceptibles de lever ces inquiétudes. Le premier, c’est le dialogue. A un moment donné, il faut accepter, soit ouvertement, soit de façon beaucoup plus confidentielle, de rentrer dans un vrai processus de dialogue. Parce que, de part et d’autre, on est attaché à servir son pays et son peuple et qu’on voit bien que cette situation ne peut pas perdurer sans entraver le développement de chacun. Il faut du dialogue et du travail : les diplomaties ne travaillent jamais assez. J’ai toujours été soucieux que la diplomatie creuse, travaille, même quand les choses sont difficiles, voire désespérées. Le travail permet de compenser. Il y a un deuxième moyen, très important, c’est de « documenter » la paix. Elle doit apparaître d’autant plus incontournable qu’elle est un élément de dynamisme social, économique, d’éducation. On doit évaluer ce que constituerait comme atout la réouverture de la frontière et ce que sa fermeture coûte actuellement aux deux pays.

Ça a été mesuré : entre 1 et 3% de croissance selon les experts.
Vous vous rendez compte ! Quand on voit les difficultés du monde d’aujourd’hui, avec les incertitudes dans le domaine alimentaire ! Je pense que la gravité des crises – financière, alimentaire, économique… – à laquelle nous sommes confrontés sur le plan international doit nous conduire à nous unir davantage. Entre voisins, nous le savons tous à l’échelon personnel, on se chamaille souvent mais, quand les choses deviennent critiques, il faut se retrouver. La façon la plus simple, c’est bien sûr de se parler. Quand c’est vraiment difficile, des amis peuvent vous aider. Et il faut, à un moment donné, que chacun prenne conscience que les querelles d’hier n’ont pas vocation à se poursuivre éternellement et que l’honneur de la politique, c’est justement de transcender ces difficultés. Je crois donc que, du côté du Maroc, il faut continuer à avancer, à tendre la main. Il n’y a pas, historiquement, d’exemple de main tendue qui, à un moment donné, n’ait pas été saisie.

Pour en revenir aux périls dont vous parliez, il y en a trois, majeurs, actuellement : la crise alimentaire, la crise financière et les problèmes liés à l’environnement. Comment y faire face ?
D’abord, il faut prendre la mesure de crises qui se répondent les unes aux autres et qui s’aggravent les unes les autres. Toute crise, si elle ne reçoit pas les réponses adaptées, a tendance à s’envenimer. On l’a vu avec la crise immobilière américaine qui, de crise immobilière américaine ponctuelle, a eu vocation à s’aggraver et à s’exporter, devenant une crise de liquidité et, aujourd’hui, une crise financière internationale. Il y a six mois-un an, les meilleurs esprits nous parlaient de quelques centaines de milliards, l’affaire allait être maîtrisée, la prospérité était au coin de la rue… Et la crise n’a jamais cessé de s’aggraver et de se répandre ! Je pense qu’elle va encore s’aggraver, vraisemblablement jusqu’à l’automne. Il est donc essentiel de se mobiliser pour que la réponse politique soit à la mesure de cette crise. Car ce n’est pas une réponse uniquement financière qui en viendra à bout. Nous devons prendre la mesure de la situation dans toute son ampleur : c’est une crise de la gouvernance mondiale. Il faut donc enrayer cela et regarder la réalité en face. La réalité, c’est que nous n’avons pas des institutions financières à la mesure des problèmes du monde ; qu’elles agissent trop souvent chacune de son côté, sans concertation et sans être capables ni de faire le diagnostic global de la situation, ni d’apporter des réponses adaptées. Il faut davantage de concertation et des structures plus opérationnelles et plus expertes. Nous devons nous doter d’un conseil économique qui aurait la capacité de trouver des synergies, d’engager des dialogues, de faire des diagnostics et de proposer des solutions, vraisemblablement dans le cadre des Nations unies. Nous sommes aujourd’hui dans des traitements des crises trop ponctuels, trop parcellaires et trop limités.

Pas seulement. On l’a vu au niveau du Maroc : on plaque des solutions toutes faites sans tenir compte des situations particulières.
Exactement. Et si ce travail n’est pas fait à l’échelon des Etats mais aussi à l’échelon global, avec une vraie cohérence, on dépensera beaucoup d’argent pour des solutions très inefficaces. Donc, il faut une concertation et maximiser la capacité des Etats à se doter de systèmes économiques plus transparents, plus efficaces. Ça veut dire aussi mieux prendre en compte les situations sociales et les risques sociaux : à quoi ça sert de prendre des mesures économiques et financières de très grande ampleur si, au bout du compte, nous nous heurtons à des insurrections ou des difficultés sociales qui les remettent en cause ? Deuxièmement : ce qui sera fait au niveau des Etats ne sera pas suffisant. Le développement des organisations régionales, comme l’Union européenne, l’UMA pour le Maghreb, l’Union africaine est tout à fait indispensable. Actuellement, elles ne sont pas assez fortes, pas assez solidaires. Or, nous avons besoin qu’elles soient performantes. Parce que plus vous travaillez sur un espace économiquement large, plus vous êtes capable de maximiser vos atouts, d’utiliser l’ensemble des énergies disponibles et de réduire les risques. Et puis il y a le système monde où beaucoup de problèmes restent encore non traités parce que personne n’est en charge. Il est bien évident que le système onusien doit être réformé très profondément et que nous devons nous doter d’une gouvernance mondiale. Si nous prenons les grandes questions du monde d’aujourd’hui : l’environnement, la gestion de la guerre et de la paix, la crise financière, la justice internationale…, nous sommes confrontés à des problèmes d’une telle ampleur qu’il faut une volonté mondiale. Cela suppose une révolution dans les esprits. Longtemps, notre monde a été guidé par la règle des rapports de force. Je pense que ce temps est révolu. Prenons l’exemple des Etats-Unis et de la crise en Irak : agir seul, c’est prendre le risque d’attiser les crises, d’attirer contre soi un certain nombre de haines et de frustrations et donc, d’aggraver la situation internationale. Il n’y avait pas de terrorisme en Irak. Aujourd’hui, c’est un grand pays de la violence, qui est menacé dans son unité, donc un élément de fragilité pour toute la communauté internationale. Il est évident que l’utilisation de la force n’est possible qu’en dernier recours et dans le cadre d’une stratégie politique avec un consensus international. Sans quoi, on n’est pas efficace parce qu’on n’est pas légitime. Les Etats-Unis doivent sortir de cette logique de force et d’unilatéralisme pour mettre en œuvre un vrai multilatéralisme : c’est leur intérêt. Regardez le bourbier irakien, le bourbier afghan : ces choses-là ne s’amélioreront pas quels que soient les efforts qui seront faits.

L’Afghanistan, c’est différent : tout le monde était d’accord pour intervenir…
Tout le monde était d’accord en 2001, dans un temps où l’on pouvait imaginer que l’Amérique agissait en légitime défense et avec l’accord des Nations unies. La situation a profondément changé et on n’a pas avancé sur le plan politique ! La grande réconciliation politique qu’il aurait fallu mettre en place ne l’a pas été. Les progrès sur le plan social et de la société ne sont pas véritablement constatés par la population. Donc, la stratégie choisie ne marche pas ! Alors, on peut toujours augmenter le nombre de soldats sur place, ça n’améliorera pas profondément les choses… Partant de là, il y a un certain nombre de règles à tirer. La première, c’est que nous avons besoin d’une communauté internationale mobilisée, qui travaille et se dote de structures capables d’agir. Je préconise qu’il y ait un Conseil de sécurité – élargi, parce qu’il est nécessaire de le rendre plus légitime – qui se réunisse tous les mois, de façon totalement transparente, au niveau des ministres des Affaires étrangères. Pour, tous les mois, faire avancer la recherche d’une solution au Darfour, en Palestine, en Afghanistan… Aujourd’hui, la communauté internationale travaille de temps en temps, au gré des visites bilatérales et des grand-messes du G7 ou de telle organisation. Ce n’est pas suffisant pour faire avancer la recherche de la paix ! Il faut travailler jour et nuit en se fixant des objectifs et sous la pression des opinions publiques. Il faut donc un agenda international beaucoup plus exigeant et une capacité à agir beaucoup plus forte.

En ce moment, nous sommes en pleine crise entre la Chine et le Tibet. Quelle est votre position sur le sujet ?
On est tous d’accord sur l’objectif : éviter toute violence inutile pour passer ce cap, que les Jeux se passent dans de bonnes conditions et, bien sûr, trouver une réponse pour que la situation des Tibétains s’améliore. Ce n’est pas en stigmatisant et en caricaturant la position des uns et des autres que nous avancerons. Nous voyons aujourd’hui se développer une incompréhension sur la scène internationale qui est au détriment de tous : de la Chine, mais aussi du message que nous voulons faire passer. Je trouve très dangereux que ce débat s’organise entre deux visions des droits de l’Homme : d’un côté des droits de l’Homme qui seraient le droit de se nourrir, le droit à la dignité, les droits humains essentiels ; et de l’autre, les droits de l’Homme qui seraient les droits démocratiques. Il est dangereux de faire cet amalgame entre Occident et démocratie parce qu’on a vu, au Moyen-Orient, que cet amalgame se faisait souvent avec des régimes autoritaires. Et on voit ces principes forts, universels, qui nous permettent de travailler ensemble, en quelque sorte ternis par une présentation qui apparaît comme celle des intérêts des uns contre ceux des autres. Nous devons être capables d’engager un dialogue de fond pour avancer ensemble, sur la base de ces principes partagés. Les Tibétains et leur chef religieux, le Dalaï Lama, ne réclament pas l’indépendance, mais l’autonomie. Il s’agit d’un problème qui s’est posé il y a plusieurs décennies dans le cadre de la Révolution culturelle. Donc, prenons la mesure du chemin parcouru et faisons en sorte d’avancer, en prenant en compte les susceptibilités, les préoccupations, des uns et des autres. Cela suppose qu’à côté de la diplomatie publique et de cette émotion internationale, qui est importante parce qu’elle permet parfois de faire avancer les choses, un vrai travail politique et diplomatique soit fait, pour trouver des solutions concrètes, réellement opératoires.

Les actions qui sont prévues au cours des Jeux : boycott de la cérémonie d’ouverture, gestes symboliques des sportifs… vous paraissent-elles utiles ou contreproductives ?
D’abord il est essentiel de ne pas prendre en otage les Jeux olympiques. Ce qui me paraît indispensable aussi, c’est de ne renier à aucun moment nos valeurs. Aujourd’hui, je crois que nous posons mal le problème : ce n’est pas uniquement celui des Chinois, il concerne toute la communauté internationale. Parce que les Jeux olympiques risquent de mal se passer, quoi qu’il arrive. Prenez la cérémonie d’ouverture : il y a un si grand nombre de parties prenantes – athlètes, spectateurs, journalistes… – qu’il suffit que quelques individus décident que ça se passe mal pour que les choses dégénèrent. Il suffit de quelques téléphones portables dans le stade qui filmeront quelques scènes, lesquelles feront la « une » de toutes les télévisions du monde quelques minutes après la fin de la cérémonie… Nous sommes dans un monde formidablement vulnérable à tout ce qui peut faire sensation. Dans ce contexte, il y a une nécessité absolue, pour les Chinois comme pour nous-mêmes, de créer les conditions de Jeux qui se passeront le mieux possible. Il n’est pas question de nier les progrès qui ont été réalisés par la Chine au fil des dernières décennies. Quand on prend son évolution depuis la Longue marche, le Bond en avant, la Révolution culturelle, jusqu’à la modernisation de Deng Xiaoping, le chemin parcouru est important. Je ne suis pas du tout en train de dire qu’il y a un relativisme de la démocratie et des droits de l’Homme. Mais je crois qu’on ne doit pas se poser en donneurs de leçons. Il faut expliquer aux Chinois, de façon discrète et diplomatique, quelle est notre position, montrer qu’il y a des solutions possibles, trouver peu à peu les bonnes réponses. Je préfèrerais que nous soyons dans une logique de travail plutôt que dans une logique de dénonciation et d’incantations.

Autre crise : la situation israélo-palestinienne. La France et l’Europe se sont peu engagées sur ce dossier. Est-ce que vous le regrettez ?
C’est un combat essentiel. Ça passe par la prise de conscience qu’aucune puissance, même la première puissance, les Etats-Unis, ne peut seule prétendre régler cette question seule. Elle implique une dynamique internationale et, au premier chef, une dynamique des Etats concernés, c’est-à-dire l’ensemble de la région. Il est urgent de sortir de la logique d’injustice dans laquelle nous sommes et les Etats-Unis doivent comprendre qu’ils seront plus efficaces en travaillant avec l’Europe, la Russie, l’ensemble des responsables du « Quartet ». Et il faut le faire dans le seul calendrier possible : un calendrier qui se compte en mois et non pas en années. Aujourd’hui, nous connaissons tous l’objectif, nous savons tous comment y arriver. La difficulté, c’est qu’il faut trancher. Pour cela, il faut être capable, à un moment donné, d’ouvrir les yeux et d’avancer, convaincus que nous sommes que le monde sera meilleur, plus juste, plus stable avec deux Etats capables de vivre en paix l’un à côté de l’autre et avec justice rendue au peuple palestinien.

Qu’est-ce qui manque : des hommes providentiels ?
Je crois qu’il y a une course, dans le monde, entre des épreuves, des difficultés, des tragédies et la capacité des hommes, à un moment donné, à perpétuer l’espoir.

Votre favori pour les élections américaines ?
Je me garderais bien de faire un choix quelconque, qui appartient évidemment au peuple américain. Ce que je constate, c’est que dans ce moment très important pour l’histoire du monde, le choix de l’audace, qui serait celui d’une personnalité comme Obama, placerait les Etats-Unis dans une situation tout à fait nouvelle par rapport à la communauté mondiale. Dans le regard du monde, celui du Sud par rapport au Nord, nous sortirions de logiques d’antagonisme et de suspicion pour entrer dans quelque chose de nouveau. Alors, évidemment, les problèmes n’en seraient pas réglés d’un coup de baguette magique. Mais, il y aurait sans doute une autre énergie, un autre style, une autre vision. Je souhaite que nous soyons capables de sortir de cette logique de puissances riches et de ces clivages qui sont stériles et ne correspondent plus à la réalité du monde. Parce que ce qui constitue la marche du monde depuis plusieurs années, c’est l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles forces. Il faut en prendre acte et cesser les combats d’arrière-garde.

A la lecture du livre de votre directeur de cabinet à Matignon, Bruno le Maire, on n’arrive pas à déterminer si la présidence de la République vous tentait.
J’ai fait un choix extrêmement clair. La politique, c’est aussi avoir ce courage-là. Quand Jacques Chirac m’a demandé de devenir Premier ministre, il s’agissait d’accepter le défi d’une situation très difficile car nous étions au lendemain d’un référendum raté sur l’Europe et dans une situation économique très complexe, avec une situation sociale extrêmement difficile. J’ai accepté de relever ce défi qui était celui de la bataille pour l’emploi. J’ai réussi à conduire l’action du gouvernement jusqu’au dernier jour. Et il se trouve que c’est ma famille politique qui a pu gagner les élections présidentielles alors que ça paraissait impensable deux ans plus tôt. Ce choix était assumé et raisonné et ne pouvait pas s’accompagner d’une ambition personnelle.

Que pensez-vous de…

 

Mohammed VI

Pour avoir vu défiler les dernières années de son père et ses premières années à lui, je suis frappé de voir l’accélération et la multiplication des initiatives dans tous les domaines : décentralisation, démocratie sociale, gestes d’ouverture sur le plan régional et international… Il y a une dynamique qui est aujourd’hui enclenchée au Maroc. Et je pense que, si le Maroc, avec l’aide de tous ses enfants et de tous ceux qui aiment le Maroc et sont conscients que ce qui se passe ici est essentiel pour le pays, mais aussi au-delà, elle se poursuivra. Il y a une voie marocaine, un exemple marocain qui doit être défendu et il y a cette force du dialogue des cultures qui est, je crois, tout à fait essentielle. Il y a cette image d’une Andalousie heureuse qui reste très profonde en nous et que nous voulons tous perpétuer et défendre.

Hassan II

Je pense qu’il était un personnage-clef dans l’histoire du Royaume et du Maghreb, par sa connaissance et sa réflexion très profondes sur le pouvoir et, à la fois, la compréhension qu’il a eu d’une exigence de dialogue et de réconciliation. Il a, en quelque sorte, créé les conditions d’un Maroc nouveau. Et c’est justement à partir de là que Sa Majesté Mohammed VI a pu lancer et multiplier les initiatives. Il fallait préserver la capacité du Maroc à avancer uni, préserver un chemin original pour le Maroc, préserver ce Maroc de la diversité. Et j’ai été très frappé, assistant aux cérémonies des 1.200 ans de Fès, de voir dans le spectacle qui a été présenté à quel point, aujourd’hui, le Maroc est capable d’assumer son histoire dans toute sa diversité, à travers toutes ses facettes. Il y a là, je pense, une étape historique pour le Maroc et le fait d’avoir eu Hassan II et, aujourd’hui, Sa Majesté Mohamed VI travaillant dans la même direction, avec la même exigence, c’est un gage de stabilité et une chance pour le Maroc.

 

François Mitterrand

C’était un homme de pouvoir, mais aussi un homme d’Histoire. C’est un homme qui a, toute sa vie, cherché à se situer dans ce temps long de l’Histoire. Et je pense que c’est quelqu’un qui a profondément aimé la France même si, parfois, l’idéologie ou les idéologies de l’époque ont pu embarrasser ou encombrer son action.

 

 

Jacques Chirac

C’est une formidable énergie et une formidable générosité. C’est un homme que j’ai vu changer tout au long de ses mandats et, tous les jours, se poser la question de savoir comment il pouvait être fidèle à ses engagements et aux devoirs de sa charge. Même s’il a exercé ses mandats dans des temps de grand changement et donc, très difficiles, où il se posait en permanence la question de comment réformer un pays dont il avait le sentiment qu’il était fragile et qui supposait donc beaucoup de précautions. En même temps, il savait que les réformes devaient être faites. Ma conviction à moi, c’est qu’il faut parfois forcer l’Histoire.

Nicolas Sarkozy

Il est l’homme sur lequel les Français ont fondé, à travers la campagne présidentielle, beaucoup d’espoirs. Et donc, quelles que soient les difficultés d’aujourd’hui, il lui appartient de trouver l’énergie, la force d’aller de l’avant et de répondre aux attentes des Français. Je pense que les difficultés et les épreuves actuelles doivent le convaincre qu’on ne peut rien faire seul. Et qu’en politique, on a besoin d’être accompagné par des amis, par des opposants, par des gens de vision, qu’il faut avancer avec une capacité de dialogue et d’écoute indispensable. J’ai signé la pétition de Marianne parce que je me suis positionné d’emblée sur des principes qui, pour moi, sont essentiels : rappeler l’importance des principes républicains, notamment celui de la laïcité ; rappeler l’importance de nos institutions ; rappeler la nécessité de défendre constamment l’indépendance de la France. Je crois que dans un monde qui change, il faut bien sûr s’adapter et réformer, mais il ne faut pas perdre nos fondamentaux, nos repères et nos valeurs. Changer, oui, mais avec cette exigence de fidélité et cette exigence de solidarité qui sont indispensables.

Bill Clinton

C’est un homme attachant par le charisme qui est le sien, par la force d’entraînement et la vitalité qui sont les siennes. Je pense qu’il n’a malheureusement pas pu aller jusqu’au bout d’un certain nombre de projets : je pense notamment à la paix au Proche et au Moyen-Orient. Ça montre à quel point, quand on est au pouvoir, il faut vivre avec cette exigence de gérer le temps et de multiplier les initiatives. Les difficultés personnelles qu’il a rencontrées ont sans doute considérablement gêné et entravé son action.

George W. Bush

Je pense qu’il s’est trompé de temps et trompé d’histoire et qu’il a marché vers l’arrière plutôt que d’aller vers l’avant. Et, en prétendant s’engager dans une logique de force, il a en fait cédé à la peur. Il est rentré dans un engrenage de force, de violence qui n’était pas la bonne réponse aux problèmes du monde. Je crois qu’il faut plus de courage et plus de force pour tendre la main et avancer vers les autres que pour menacer et recourir à la force de façon solitaire. Je pense qu’il y a été poussé par des intérêts économiques. Je pense aussi que les idéologues, en particulier les néo-conservateurs, ont constitué, en quelque sorte, un cocon, un enfermement, qui ont fait sombrer les responsables américains dans l’idéologie et l’aveuglement. Et je pense qu’il est temps que l’Amérique se réveille.

Saddam Hussein

Je ne l’ai pas connu personnellement. Je pense qu’il a cédé à la tentation de la force, de la dictature, jusqu’à l’horreur. Il avait montré les capacités de défendre un nationalisme irakien et un Irak uni. Il n’a pas utilisé les atouts que cela pouvait lui conférer et il a cédé, d’une certaine façon, à la facilité, à la tentation du pouvoir, à la tentation de l’excès de pouvoir… De ce fait-là, la politique qui devait être menée face à lui devait être une politique exigeante. Nous aurions été plus forts si nous avions pu le faire avec la légitimité de la communauté internationale et si nous avions pu maintenir un consensus très exigeant. Nous avons pu montrer avec les inspections, à travers par exemple la destruction des missiles al-Samoud, que nous étions capables de le faire reculer et d’infléchir profondément le régime irakien. Je regrette que nous n’ayons pas pu montrer qu’il y avait là un atout et un outil pour la communauté internationale.

 

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