Assaad Bouab : A sang pour sang

by La Rédaction

Sur les toits de Rabat, Assaad Bouab revient sur ses débuts, là où tout a commencé. Ville d’enfance, l’acteur de père marocain et de mère française est né à Aurillac mais a grandi au Maroc. Acteur passionné, il a choisi de tracer son chemin sur les planches, derrière les caméras, malgré les embûches. Retour sur un parcours inspirant et rencontre d’un artiste sensible à la recherche du vrai, qui malgré sa discrétion, enchaine les projets aussi ambitieux que challengeant. 

La toute première fois sur scène ?

Le tout début, c’était Alice aux Pays des Merveilles. Younès et moi, nous jouions des fleurs. Ali Benchekroun, notre ami était l’œuf posé sur un mur. On avait fait ça entre Rabat et Salé. Je me souviens vaguement de la scène, des coulisses. J’avais 11-12 ans. Après ça, mon frère avait joué dans Rhinocéros, mis en scène par le professeur de théâtre Jacques Mandrea et enchaine l’année d’après avec Chapeau de Paille d’Italie où je joue dans le chœur. On était dans la Noce. J’étais un peu punk, on arrivait comme des fous sur scène. C’était génial ! C’était en première. Mon frère a eu le Bac et moi j’ai continué. J’ai joué dans Zadig de Voltaire. J’ai campé le méchant : Orcan !

Que représentait Jacques Mandréa pour vous ?

C’est celui qui nous montre la voie. Il représente la liberté, l’audace, l’extravagance. Il a révélé des acteurs, des artistes. Avec lui, tout était possible. Il a réveillé quelque chose en nous, en Younès Bouab mon frère, Ali Benchekroun qui fait du montage, Leila Slimani qui écrit ses livres et la liste est longue. C’était un Arlequin pour moi, dans les couleurs, l’intelligence, la théâtralité. C’est un monsieur qui a marqué. Il est arrivé dans la vie de plein de gens avec ce qu’il est, sans nous pousser, mais juste à nous montrer. Il nous dit : faites ce que vous voulez, et ça parait possible. Et puis il nous suit encore. Il vient voir mes pièces de théâtre. 

Quels sont vos premiers souvenirs de cinéma à Rabat ?

Le cinéma Zahwa, qui a fermé. Le cinéma Dawliz ensuite. On regardait les grosses productions américaines comme Titanic, Armageddon. A Paris, on allait au théâtre avec mes parents. J’ai été marqué par Galabru, Sim, Starmania. Au Maroc, je n’allais pas souvent au théâtre à part les pièces d’école ou les pièces de Jacques Mandréa. J’ai les souvenirs des clubs vidéo aussi, où on louait des films et on les regardait en boucle…

A ce moment, le rêve d’acteur est réel ou est-ce juste un trip de lycée ?

C’est juste un trip de lycée qui allait avec l’adolescence et plein de choses. Un besoin de reconnaissance peut être. Cela venait peut-être combler des endroits chez moi où j’avais besoin de ça à ce moment-là. Mais une fois à Paris, inscrit à la Fac d’Eco-gestion, il n’y a pas de théâtre qui tienne. Au bout de 3 mois de fac, je comprends que ce n’est pas pour moi. Ali, l’ami d’enfance, est déjà inscrit aux cours Florent. Mon frère me soutient à ce moment-là. Je m’inscris aux cours Florent pendant 1 an et demi en parallèle avec la fac. Ce n’est pas toujours clair. Mais quand tu as 20 ans, qu’est-ce qui est clair ? Je suis admiratif de ces jeunes qui ont une idée claire de ce qu’ils veulent faire. Dans mon cas, c’était le brouillard le plus total. Je décide sur un coup de tête d’aller chez mon cousin aux États-Unis, je travaille 4 mois dans un restaurant dans l’État de New York. C’est en rentrant de cette aventure que j’étais enfin décidé à faire du théâtre. J’ai commencé à comprendre beaucoup de choses. A m’éveiller. J’étais encore adolescent dans ma tête et je devais choisir ce que j’allais faire de ma vie. Certaines personnes commencent à me parler du Conservatoire. Je n’en avais jamais entendu parler. Je tente une première fois, je ne l’ai pas. Et je décroche ma place la deuxième fois.
En intégrant le Conservatoire, je commence à me dire qu’il est peut-être possible d’en faire ma vie. C’est le Conservatoire le déclic. Entre la Fleur, les cours du Mandréa, les Cours Florent, j’ai planté une graine sans le savoir. Je ne savais pas encore pourquoi, ni comment. C’est le Conservatoire qui a tout conscientisé, qui a fait que la graine a germé…Et je me suis dit que j’allais continuer à arroser. 

Et comment vivez-vous le Conservatoire ?

Comme un gamin que j’aurai dû être à l’école avec la motivation de me réveiller le matin, la curiosité d’aller étudier. Je ne l’avais pas à l’époque. Je ne comprenais rien. Je regrette de ne pas avoir été aussi éveillé, et de comprendre que l’histoire-géographie est enrichissant. Je m’ennuyais. Mais au Conservatoire, j’étais émerveillé tout le temps. Tous les jours, j’allais en cours pour étudier le théâtre, la danse, le masque, l’escrime. J’avais une bourse d’études. Ma semaine était ponctuée de matières qui me faisaient rêver. C’était une chance. C’est comme si tu es sportif, et que tu intégrais l’équipe nationale. Mes parents étaient fiers. 

Donc, les parents étaient un soutien…

Ils m’ont toujours soutenu à partir du moment où ils ont compris que j’avais tout essayé dans le cursus scolaire. Mais que ce n’était pour moi. Je me souviens des premiers partiels à la fac, j’ai un classeur à apprendre. Je ne comprends rien ou ne veut pas comprendre. Je n’étais pas motivé. Mon frère m’a aidé. Il m’a orienté. C’est lui qui m’a mis l’idée des Cours Florent en tête. Ma grand-mère m’a soutenu financièrement, mes parents dans la démarche. Ma mère m’a dit une belle chose : « tu es jeune, si jamais tu ne réussis pas, tu pourras toujours reprendre la fac plus tard ». 

La première claque artistique ?

Clothilde Hesme, au théâtre. Un rideau rouge, une main qui déborde. C’est une image qui m’a marqué. Un souvenir qui est là et qui ne bouge pas. Une main sur un rideau rouge. Sinon je me souviens d’un côté colonie de vacances, on rigolait à la bibliothèque, les siestes….

On a l’impression que c’était facile pour vous ?

Non…la danse était difficile. On avait des crampes, des ampoules. C’est laborieux. Il y avait des scènes où l’on séchait complètement, on n’arrivait pas à trouver les scènes. Dans un cours, on n’avait le droit aux mots pendant 6 mois. Quand on est comédien, on pense que l’on doit parler. Et là, on nous enlève la parole. On faisait les scènes avec les mains, les pieds, le corps. Il y avait de la recherche. Il nous donnait des thèmes. Il voulait des scènes fantastiques selon nous. Oui, qui nous racontent nous. Sans parler. Se raconter sans phrases, sans mots. 

Votre premier cachet ?

Dans un bar qui s’appelait « Au Puy Mary ». Le Puy Mary, c’est un des sommets que j’ai gravi quand j’étais petit, en Auvergne dans le Cantal. C’était dans un film de Christophe Honoré où je jouais un barman au Puy Mary. J’avais 19 ans. 

Le premier vrai rôle, c’est Marrock ? 

Oui, complètement. Il y a un diner, ça part d’une rencontre avec la Directrice du casting. Je ne connaissais pas Laila Marrakchi. Je l’ai rencontrée en casting. J’ai passé beaucoup de castings pour Mao d’ailleurs. Laila savait ce qu’elle voulait et elle était exigeante. J’ai fait beaucoup d’auditions. Cinq, minimum. A la fin, je lui disais même que je n’y arriverai pas. C’était très écrit au début. Ensuite, on est passé aux impros. Avec Morjana. Et ça s’est bien passé. Je pense que c’est à partir de là où elle s’est sentie rassurée. C’était une expérience géniale. On était tous logés à l’hôtel Suisse. Je me souviens que j’avais apporté des choses de chez moi pour que ça me rappelle la maison. C’était un tournage agréable. 

Comment est Laila Marrakchi sur un tournage ?

Cela commence à remonter…(Rires). Je me souviens de beaucoup de répétitions en amont. C’était donc fluide sur le plateau. C’était donc plus sur la technique. C’est une réalisatrice géniale. J’aime beaucoup ses choix. Je les respecte énormément. 

Est-ce que vous sentiez la puissance du film à l’époque ?

Je sentais soit que quelque chose allait coincer, soit que ça allait ouvrir de nouvelles portes. Je me souviens de certaines scènes au scénario où je me disais que ça allait peut-être choquer. Cette scène de la prière où Rita interrompt son frère.

 Ca m’a replongé moi-même dans des souvenirs d’enfance à Rabat, où il ne fallait surtout pas passer devant quelqu’un qui priait sous peine de sanction ou de colère. Mais c’est un film qui posait les bonnes questions, et çà, c’est une très bonne chose…

Qu’est-ce qui se passe pour vous après Marrock ? 

Après le film, j’ai passé des auditions pour « Zayna, cavalière de l’Atlas où j’ai rencontré Sami Bouajila, et donc Rachid Bouchareb qui m’a permis de tourner Indigènes. J’ai donc continué à tourner. Mais je suis retourné faire mes études, boucler ma troisième année. Et quand «Marrock» est sorti, cela m’a ouvert des portes évidemment. Un rôle qui m’a fait connaitre. Nabil Ayouch m’a offert un rôle dans «Whatever lola Wants», et puis «Kandisha» de Jerôme Cohen Olivar.

Est-ce que la question du choix se pose à ce moment-là ? Où acceptez-vous tout ce qui se propose à vous ?

Il fallait que je gagne ma vie, que je paye mes factures. J’essayais de me dire d’y réfléchir à deux fois, au lieu de sauter tête baissée sur une proposition de boulot. Il était question de faire des choses valorisantes, qui avaient du sens. Des rôles que je pouvais défendre. Je me disais qu’il fallait aussi du temps pour moi. 

Kandisha. Ce rôle de conteur mystérieux. C’était une évidence pour vous, que d’accepter cette proposition de Jérôme Cohen ?

Oui. Jérôme m’envoie le scénario et me propose de le lire. Et je tombe raide dingue du conteur. Et de cette fissure dans le temps. Ce cinéma ne parle pas à tout le monde. Mais moi, j’ai adoré ! Il y a un côté théâtre, le monde du conte. C’est Place Jamâa El Fna. En me disant que le rôle était pour moi, Jérôme m’a fait le plus beau des cadeaux. C’est basé sur la confiance. C’est l’envie de travailler. C’est magnifique. 

Vous avez besoin de tomber amoureux du rôle ou du réalisateur pour accepter un rôle ?

En tout cas, j’ai besoin, à la lecture, que quelque chose me parle. Dans le rôle, dans l’histoire, dans le thème. Je viens de finir le tournage il n’y a pas longtemps, d’un film sur l’autisme. Tout de suite, je suis ému en lisant le script. Je pense à la difficulté pour les parents, et je m’engage. J’aime les aventures qui commencent dans la confiance. On se sent moins jugé, moins dans l’obligation de convaincre. Quand on ne passe pas par les auditions, on se sent pousser des ailes. On propose forcément des choses. L’aventure n’est pas la même. 

Est-ce qu’aujourd’hui, vous êtes fatigué de convaincre ?

Oui, parfois. En tout cas, je choisis les auditions et les projets où j’ai envie de me retrousser les manches. Parce que j’ai envie de proposer quelque chose et d’y aller ! Je ne le vois même plus comme un casting, mais comme faisant partie intégrante de mon travail. Passer un casting, c’est proposer ce que je pense d’un personnage. Si ça ne marche pas, ce n’est pas grave. Ce ne sont pas des maths. Mais j’ai fait mon travail. Cela ne m’empêche pas de ressentir de la déception ou de la tristesse. Il y a des fois où je n’ai pas envie de mettre ma sueur dans un projet, parfois c’est tout le contraire. Et cela ne dépend pas du rôle. J’ai été content des fois de passer un casting pour une scène seulement dans un film, parce que je croyais à la force de la scène. Et il m’est arrivé de refuser de passer un casting pour un rôle important. 

Avez-vous déjà regretté un rôle que vous aviez refusé ?

Des fois, quand on voit que les films ont fait des festivals. Mais même pas. Parce que j’étais convaincu à ce moment-là, que je ne devais pas le faire. Il n’y a pas eu de regret. On ne sait jamais ce que peut devenir un film. C’est tellement d’écriture et de réécriture, de réalisation. J’assume mes choix. Les bons comme les mauvais. 

Est-ce qu’il y a eu des passages à vide dans votre carrière et comment trouver la force de continuer ?

Il y a toujours des doutes. Tout le temps. Le baromètre est un peu le compte bancaire et l’aspect financier. Si on passe des mois sans travailler, on se pose forcément des questions. J’ai la chance de bénéficier de l’intermittence du spectacle qui permet de moins douter. Mais ça n’existe pas au Maroc. Ce système qui permet aux artistes d’avoir un revenu minimum. Rien de plus normal… C’est la base. Sami Bouajila, dans son discours aux Cesar a dit justement, qu’il y a des rôles qui nous choisissent. Et on ne sait jamais d’où viennent ces rôles. Des fois, nous sommes au plus bas, et un rôle nous sauve. Il faut s’accrocher. Garder espoir. Et puis il y a le rôle des agents aussi. Mon agent Florence Charmasson fait des miracles. Cela m’aide à relever la tête quand ça va mal. 

C’est donc Hicham Janowski de Dix pour Cent qui vous a choisi ? 

Complètement. Je ne m’atte-ndais pas du tout à être dans ce projet. Je ne connaissais pas la première saison. J’avais, comme tout le monde, adoré la série et je l’ai regardé avec beaucoup d’admiration sans me douter une seconde que j’allais faire partie du casting de la saison 2. Ils cherchaient quelqu’un à la double nationalité. De mère marocaine et de père polonais. Ils avaient un casting très large. J’ai passé trois auditions. C’était quelque chose que j’espérais avoir. Je tournais une série à Marrakech, « El Ghoul » et à chaque call back je prenais l’avion. Je faisais abstraction de la dureté de l’audition, je travaillais, j’essayais de rester concentré. Je ne sais pas pourquoi je l’ai eu et pas d’autres amis qui étaient aussi dans l’aventure du casting… 

Comment l’avez-vous trouvé ce personnage ?

Pour ce rôle, j’ai changé ma manière de travailler. Je suis allé vers les références. Je voulais savoir où ce rôle se situait. Je demandais autour de moi ce que je pouvais voir comme films ou séries. Je me suis inspiré de la série « Billions », de ce millionnaire, trader, avec cette stature de pouvoir, un peu de Ary Gold de la série Entourage. Il ne s’agissait pas de faire du copier-coller, mais de tenter de trouver quelque chose en moi qui ne serait pas moi. Quelque chose de physique. Avoir une certaine droiture, une parole franche. Dans la vie, je suis souvent intimidé par des situations. Lui, jamais.

Et puis donner la réplique à Camille Cottin, n’est pas chose facile. Je me demandais si j’allais pouvoir tenir mon personnage. Lui donner de la consistance. J’ai essayé en tout cas. Fanny Herrero m’a beaucoup conseillé, la scénariste des trois premières saisons qui est une femme géniale. Tout en cherchant, il s’agit surtout de faire attention à être soi-même, parce que comme disait Oscar Wilde, l’autre est déjà pris. Je ne cherche pas à faire pareil aussi de rôle en rôle. Ce serait ennuyant. De Marrock à Kandisha en passant par le théâtre ou la télévision, j’essaie de proposer quelque chose de nouveau à chaque fois. 

Est-ce que ce rôle vous sert où vous dessert ?

Il me sert, parce que c’est une série à audience, que l’on voit en France et à l’international. Et c’est une chance inouïe. Mais cela me dessert quand on me propose des rôles similaires à chaque fois, parce qu’on me voit comme Hicham Janowski et on oublie Assaad Bouab. On me met une étiquette. Et cela rejoint ce que l’on disait sur la question du choix…

C’est pour cela que vous avez besoin de revenir au théâtre avec les pièces de Simon Abkarian ?

Simon est un frère. Il a été mon professeur au Conservatoire, un de mes maitres de théâtre. C’est une inspiration. Il donnait des cours d’improvisation et il nous a dit « on va faire du théâtre, ça ne veut rien dire des cours d’improvisation ! » (Rires). Ensuite, je le retrouve sur des tournages, je le perds de vue même si on reste en contact par message. On se voit un peu chez lui à Paris. Mais la vie fait que l’on s’éloigne. Et on retravaille ensemble sur Kaboul Kitchen. Il me parle de pièces de théâtre qu’il écrit et me propose de le rejoindre sur cette aventure. Je commence à lire et c’est comme si j’ouvrais une boite magique. Un théâtre d’une poésie, quelque chose qui peut traverser les siècles. Il touche du doigt un endroit de notre humanité en se posant la question des réfugiés et leur sort. Il m’a fait rentrer dans son univers incroyable et m’a appris plein de choses sur moi-même. Surtout le fait de faire des choses pour soi et non pour les autres. Ce métier je le fais surtout pour moi, et non pas pour le regard de l’autre. Il s’agit de s’affranchir de ça. 

Le texte est puissant. Comment apprend-on un texte aussi chargé ? 

Je ne sais pas qui disait que les textes bien écrits s’apprennent très vite. C’est organique. Les connexions se font. Ce n’est pas forcément dans l’ordre de la logique, mais une fois le chemin de la pensée emprunté, tout suit. C’est un délice à apprendre. On a la chance de le jouer tous les soirs. Contrairement au cinéma, où quand la scène est finie, c’est terminé. Les textes de Simon restent avec moi-même après la représentation. Il m’arrive d’y penser avant de dormir et de pleurer tout seul. Et je cherche ça le lendemain, là où ça m’a touché, pour être le plus vrai possible. 

Et pourquoi ne vous voit-on pas assez dans le cinéma marocain ? 

Le cinéma marocain, mon amour. Je ne saurais pas le dire. Il est vrai que j’ai refusé des choses. J’ai rêvé de travailler avec certains. Il y a eu des réalisateurs comme Adil Fadili où nous étions partis pour travailler ensemble. Et le film prend du retard. Et j’ai des engagements ailleurs. Quel dommage ! Peut-être que certains sont frileux à l’idée de travailler avec moi. Qu’ils pensent que je suis trop inaccessible ou trop cher. Pas du tout. Je viens de dire oui à un court métrage d’un jeune réalisateur marocain très talentueux. Je le faisais gratuitement, car le projet m’a plu. A cause des restrictions sanitaires, cela ne s’est pas fait, mais j’avais envie. Et puis des fois, je trouve que l’on fait des films pour des mauvaises raisons. Et je ne peux pas défendre un film pour les mauvaises raisons. Je préfère refuser. 

Est-ce que c’est le fait d’avoir un agent qui pose aussi problème au Maroc ?

Ça a posé problème, oui. Mais pour moi, avoir un agent c’est essentiel. Ces 10% de salaire nous protègent. Et puis de ne pas penser à la production, mais à l’artistique. Au Maroc, souvent les réalisateurs sont aussi producteurs. Et tout se mélange. 

Est-ce qu’on va vous voir jouer avec Younès Bouab, votre frère?

On a joué dans certaines séries, mais jamais ensemble. On travaille ensemble pour les self tape. Je ne sais pas ce que ça peut donner, ça peut être bizarre ! (Rires). Mais j’ai très envie. C’est un vrai bosseur et moi j’adore travailler ! 

Est-ce qu’il y a des envies d’arrêter ?

Oui, bien sûr. Mais pour les mauvaises raisons. Il y a eu des envies d’arrêter quand mon père est mort il y a 2 ans et demi. On commence ce métier parce qu’il y a une envie d’être reconnu, d’audience autour de nous. Et nos parents sont notre première audience. Pourquoi continuer s’il n’est plus là pour regarder ? Je me suis retrouvé sans ce public numéro 1. Il fallait trouver un sens. J’ai mis mon nez de clown dans une petite boite, dans le cercueil de mon père. Ça raconte quelque chose. Et puis mes amis m’ont éclairé. Arrêter non, mais être plus sélectif peut-être. Mais je me suis rendu compte que je ne dois pas faire ce métier pour le regard de l’autre, mais pour moi. Je ne veux pas savoir si j’ai des amis proches ou de la famille dans la salle. Je le fais pour moi. Voilà. Papa est parti, j’ai voulu arrêter. Mais je vais continuer… pour moi et pour lui aussi. 

Assaad Bouab Bientôt sur la BBC

En fin mai, l’acteur franco-marocain joue Fabrice de Sauveterre dans The Pursuit of Love. Une série BBC sur les péripéties amoureuses de Lisa Radlett entre la Première Guerre mondiale et la Seconde. Aînée d’une riche famille anglaise, au gré de ses rencontres, elle va connaître les bouleversements sociaux et politiques de la première moitié du XXème siècle. Réalisée par Emily Mortimer, l’acteur donne la réplique à Lily James, Andrew Scott et Emily Beecham.

Le théâtre, retour au vrai

Entre la scène du mythique théâtre du Soleil de Paris et le Théâtre de Paris, Assaad Bouab recharge les batteries sur scène. Entre «Le dernier jour du jeûne»,  «L’envol des cigognes» ou «Électre des bas-fonds», une tragédie grecque revisitée selon la vision multidimensionnelle et le style unique de Simon Abkarian. Le «Shakespeare arménien», enfant spirituel d’Homère, démontre encore une fois toute l’étendue de son talent après plus d’une dizaine d’œuvres écrites et en fait bénéficier l’acteur, qui considère le théâtre comme la base de tout. 

Dans la peau d’Assaad Bouab

Le personnage qui est resté

Au cinéma c’est Mao de Marrock.

Le personnage le plus évident à jouer…

Le rôle du conteur de Kandisha de Jérôme Cohen, j’ai aimé être dans cette théâtralité à l’image. J’ai aimé le travail. 

Le personnage le plus dur à trouver 

Les Hommes libres parce que c’était une nouvelle façon de travailler. On a fait beaucoup de répétitions et j’ai dû perdre 11 kg en 6 semaines. Je devais maigrir à l’image, au fur et à mesure parce qu’il s’agissait d’une grève de la faim. 

Le personnage qui vous a le plus surpris

The Poursuit of Love. J’ai adoré avoir ce costume, conduire ces vieilles voitures. C’est surprenant d’être plongé dans les années 30. 

Le personnage qui vous a fait pleurer

Haris me fait pleurer, Oreste m’a fait beaucoup pleurer en répétitions. 1 an après que mon père soit mort, et ce personnage revient venger son père. Cela n’a rien à voir avec ce que je traverse. Mais quand je dis «mon père» à cet endroit-là, ça fait quelque chose. En quelque sorte, tu enclenches des choses. C’est une sorte de thérapie. 

Le personnage qui vous a fait rire

Le dernier film touné en Bulgarie. J’ai senti une réelle liberté dans les propositions. La réalisatrice en coupe pas. On continue à être créatifs. 

Le rôle que vous voudriez faire…

Tous ! (rires). L’Emir Abdelkader. Si je peux avoir des choses différentes, je serai le plus heureux. 

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