Emmanuelle Sarrazin, du déficit affectif au Royaume de l’Amour

by Abdelhak Najib

Nous ne sommes pas experts, nous avons juste posé nos valises depuis plusieurs années au Maroc, non pas pour l’exotisme, ni même le soleil, mais par goût de l’Altérité, de la différence, de l’inter-culturalité et de la richesse des rencontres et des partages. Parce que, sans doute nous nous connaissons mieux loin de chez soi… Des années à appréhender, à observer, à chercher, comprendre, à vivre, à ressentir, à tenter, à oser… De cette expérience, ce vécu au quotidien, il est de grands sujets universels qui trouvent ici une résonnance particulière… Parler des relations hommes-femmes, parler sexualité (car oui, le sexe aussi, c’est culturel) ne serait peut-être que provocation dans certains contextes, mais ici, nous vous invitons à l’introspection, la réflexion, et pourquoi pas la compassion. Notre contribution à ce dossier se résumera à une série de questionnements…

manège libidinal
Hamdoulillah, pourrait-on dire, il n’y a que deux genres … Et que cela engendre de telles inégalités, de telles incompréhensions ! Comment être homme, comment être femme, ici, là, maintenant au Maroc et comment penser l’être en commun ? Le vivre ensemble, les corps ensemble ? Car, on est bien d’accord, on ne parle pas d’amour !
Le corps dans la cité. Alors que l’on cloisonne, que l’on sépare, que l’on isole, que l’on cache… Où est réellement le terrain de la rencontre ? Les relations interpersonnelles et inter-sexes ne sont-elles pas la base même du lien social? Quand nous savons que certaines amies ne peuvent, ne veulent pas serrer la main à un homme, qu’elles ne regardent pas dans les yeux, ou qu’elles ne partagent pas un repas… ( la réciproque est vraie aussi, combien de fois nous sommes-nous retrouvés la main dans le vide !!) Dans l’inconscient collectif, est-ce que tout ici est encore troublé par les méandres extatiques des 1001 nuits et autres récits érotiques ?… Mais dans la réalité point de littérature, ni de jardins parfumés !
A notre humble avis et du haut de nos petites expériences personnelles, le jeu entre l’homme et la femme se résume plutôt à celui entre mâle et femelle… Entre fantasme et frustration, entre performance et interdits, il faut aller arracher le romantisme dans de lointains imaginaires contrariés par la réalité… Qu’en est-il du sentiment ? Quels sont les codes et les signes ? De quelles ruses et de quelle séduction pouvons-nous parler, pour examiner ce manège libidinale qui, parait-il, fait tourner le monde ?
De la drague à deux balles dans la rue, au harcèlement appuyé (absolument identique à ce que nous pouvons vivre dans le RER ou dans le métro) en passant par l’insulte ou le « tfou » national, toutes les situations ont été appréciées un jour ou l’autre. Et il faut garder une sacrée dose d’humour pour passer son chemin ou engager une communication. Milieu citadin, milieu rural, le fossé est encore plus marqué par les traditions ancestrales, et les modes de vie. Assister à un mariage à la campagne a été une expérience très troublante. Penser que cette jeune fille, que nous avions vue arriver à dos d’âne allait connaître sa première expérience sexuelle avec un homme qu’elle ne « connaissait » pas, ce soir -là, derrière les murs de cette petite maison en pisée, alors que les invités festoyaient à l’extérieur fut assez déstabilisant.
Car c’est bien cela avant tout, l’union pour procréer, pour une descendance. Un fils pour l’héritage. Nous nous connaîtrons, Inch’Allah.
Heureusement, nous connaissons quelques belles histoires, des histoires d’Amour, de respect, amour vrai, sincère, profond…
Ici, il faut oser l’affectif, oser être affecté. A la surprise s’ajoute l’étonnement : où se trouvent les marques d’affection dans la sphère publique ? Alors quel ravissement et soulagement de voir des amoureux se tenir par la main… Aussi simple que cela. Oser être non plus dans le sens, mais dans les sens. Oser de plus être dans le dogme, le tabou ou la crainte de l’œil moralisateur mais dans ce qui nous constitue en tant qu’être sensible. En couple mixte, nombreuses sont les petites souffrances ou irritations sur mille petits détails car nous n’avons pas les mêmes référents, le même patrimoine. Il faut donc rajouter encore plus de paroles, de confiance, pour s’accorder, pour s’assurer d’un même désir. C’est un exercice périlleux. Ensuite, dans l’intimité (et sur l’intime il faudrait discuter), les maladresses, les obligations, les traumatismes et parfois les violences (morales ou physiques) résultent à n’en pas douter d’un immense, d’un terrible besoin d’amour, de réconfort, de tendresse… Oui, besoin d’une énorme matrice maternelle, nourricière, aimante, consolante face à la statue du commandeur (en référence au Don Giovanni de Mozart), fictive ou réelle. Et ça, nul besoin d’être psychanalyste pour savoir que ce sont des choses que l’on apprend, que l’on imite, que l’on transmet… dans un humanisme conscient. Et comme le chantait si bien Claude Nougaro : «Enlacez-vous, embrassez-vous, étreignez-vous …» Le monde actuel en a besoin. Plus que jamais.

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