Chronique : Le petit morceau de tissu, nouvel emblème des grandes nations !

by Elmekki Lahlou

Tels des lingots d’or que l’on protège, les bavettes voyagent sur les routes entourées d’hommes armés pour les protéger. C’est ce que montre une vidéo tournée en France, qui a fait le tour des réseaux sociaux.

Ce petit morceau de tissu, qui semble être pour le moment la seule issue pour éviter la propagation du Covid-19, vient nous rappeler que la valeur d’un objet n’est point son prix ou son pesant d’or, mais son importance pour la survie de l’Homme.

Depuis des milliers d’années, ce petit être égocentrique que nous sommes n’a cessé d’idolâtrer des objets qui n’ont de réelle valeur que le fantasme collectif que nous en avons fait. Bijoux, montres, voitures… des objets pour lesquels nous concédons des années de salaires pour les exhiber comme des trophées qui prouvent que nous avons réussi dans la vie !

ElMekki Lahlou, est expert en communication institutionnelle

Mais de quelle réussite parlons-nous ? Depuis quelques semaines, ces trophées qui nous «accordent» une position sociale distinguée sont confinés avec nous pour nous rappeler qu’ils n’existent que par/pour leur exhibition. Et ceux qui ne veulent pas céder à cette frénésie du culte de l’objet, postent sans pudeur des photos et des vidéos où les bijoux, les vêtements, les meubles… prennent plus de place que leur petite famille.

Au moment où l’humanité doute de son avenir, les plus récalcitrants n’en ressentent aucun pour ce culte asservissant. Sachant que tôt ou tard nous n’emportons avec nous qu’un «misérable» linceul, je me demande s’ils n’ont pas, dans les dernières volontés qu’ils ont communiquées à leurs proches, demandé qu’ils soient parés de leurs bijoux, le jour du départ vers l’inconnu.

Mettons de côté cette critique circonstancielle et revenons aux choses sérieuses.

Le petit morceau de tissu qui nous sert de rempart contre ce virus de quelques milliardièmes de mètre, a mis à nu une économie où seul le gain dicte ses doctrines. Des pays qui se targuent d’être les puissances du monde ne disposent plus de capacités industrielles pour produire un simple masque.

La France qui a, par exemple, délocalisé son industrie à des milliers de kilomètres, n’arrive même plus à produire localement un masque de milliers de millimètres. Cette mondialisation, qui devait révolutionner notre existence, en devient un grand facteur de risque.

Nous l’avons tous compris, une industrie locale est synonyme de stabilité et de maitrise de son destin. Le Maroc l’a prouvé en ces temps de crise sanitaire mondiale. Quelques jours lui ont suffi à produire des bavettes par millions. L’industrie nationale, pourvoyeuse de marchés mondiaux, a muté plus vite que le Covid-19 pour proposer à la population locale ce petit bout de tissu qui sauve des vies.

Le petit morceau de tissu est devenu aujourd’hui l’emblème des grandes nations, celles qui ont su préserver un tissu industriel local, nécessaire à la survie de leurs populations.

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