Casablanca, ses trésors d’architecture face au risque de disparition

by La Rédaction

Casablanca est-elle en train de perdre une partie de son visage ? La question est suffisamment préoccupante pour avoir franchi la Méditerranée. France 3 lui a consacré une séquence dans « Des Racines et des Ailes : Le goût du Maroc », également proposée sur france.tv. Le documentaire s’attarde sur un patrimoine architectural du XXe siècle exceptionnel, mais fragilisé par les démolitions et la pression immobilière, tout en donnant la parole à ceux qui se mobilisent pour le préserver.

Car Casablanca ne se résume pas à quelques façades anciennes disséminées dans la ville. Son architecture raconte une époque entière, faite de rencontres entre influences européennes et savoir-faire locaux, d’Art déco, de modernisme et d’expérimentations architecturales. Le reportage met notamment en lumière des réalisations associées à des architectes comme Marius Boyer et Léonard Morandi, auteur de la célèbre Tour Liberté, ainsi que des villas témoignant d’autres influences architecturales. Autant de bâtiments devenus, avec le temps, des éléments de la mémoire urbaine casablancaise.

   

Mais cette mémoire est vulnérable. Le documentaire évoque un chiffre particulièrement saisissant : environ 40 % du patrimoine architectural concerné aurait déjà disparu, avec des quartiers comme Racine, Gautier et Mers Sultan particulièrement touchés. La valeur croissante du foncier accentue la pression : certaines villas basses laissent place à des constructions plus importantes, transformant progressivement la physionomie de quartiers historiques.

Face à cette évolution, des associations, historiens et passionnés tentent de préserver ce qui peut encore l’être. France 3 s’intéresse notamment au travail de Casa Mémoire, engagée dans la défense et la valorisation du patrimoine architectural casablancais. Le reportage donne également la parole à l’historienne de l’architecture Monique Eleb et suit Fouzia, une professionnelle de l’immobilier qui cherche à mettre en relation propriétaires de biens remarquables et acquéreurs désireux de les restaurer plutôt que de les voir disparaître.

Derrière les façades, c’est finalement une question beaucoup plus vaste que pose « Des Racines et des Ailes ». Que choisit-on de conserver lorsqu’une ville se transforme à grande vitesse ? Si une partie de cette architecture est née durant la période coloniale, elle appartient aujourd’hui à l’histoire de Casablanca et à la mémoire collective marocaine. Préserver ces bâtiments ne signifie pas figer la métropole dans son passé. Il s’agit plutôt de permettre à la Casablanca de demain de continuer à raconter celle d’hier.

   

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