Deux mots prononcés devant des dizaines de milliers de spectateurs auront finalement bouleversé une tournée entière. Macklemore a été retiré des prochaines dates américaines du Loop Tour d’Ed Sheeran après avoir lancé « Free Palestine » lors de ses premières parties au MetLife Stadium, dans le New Jersey. Une affaire qui, en quelques jours, est passée de la scène au terrain politique, avant de placer Ed Sheeran et les organisateurs face à la menace d’annulation de plusieurs concerts.
Tout commence le 4 septembre. Macklemore, connu pour « Thrift Shop » et « Can’t Hold Us », ouvre le concert d’Ed Sheeran au MetLife Stadium. Le rappeur américain explique alors qu’une partie de sa motivation pour participer à cette tournée était précisément de pouvoir monter sur de grandes scènes et prononcer un message qui lui tient à cœur : « Free Palestine ». Il évoque les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie et interprète également « Hind’s Hall », son morceau engagé sorti en 2024, tandis que des images liées à Gaza et aux mobilisations propalestiniennes sont projetées. Il renouvelle son engagement lors de la deuxième soirée au MetLife Stadium.
La réaction ne tarde pas. Plusieurs organisations juives et israélo-américaines dénoncent la séquence, certaines estimant que le public d’un concert d’Ed Sheeran avait été placé devant un discours politique auquel il ne s’attendait pas. L’Israeli-American Council lance notamment une pétition demandant que Macklemore soit retiré des prochaines dates. À l’inverse, d’autres spectateurs et soutiens du rappeur saluent publiquement sa prise de position en faveur des Palestiniens. La controverse prend rapidement une ampleur nationale.
Puis l’affaire quitte les réseaux et les tribunes pour toucher directement l’organisation de la tournée. Messina Touring Group, promoteur américain du Loop Tour, a confirmé que plusieurs salles et stades accueillant les prochaines dates avaient indiqué qu’ils n’accepteraient pas qu’un concert se déroule avec Macklemore à l’affiche. Selon le promoteur, maintenir le rappeur aurait donc pu entraîner l’annulation de concerts et affecter des centaines de milliers de spectateurs. Macklemore, qui devait assurer huit des dix prochaines dates américaines d’Ed Sheeran, a finalement été écarté.
Au centre de la polémique apparaît également Robert Kraft, propriétaire des New England Patriots et du Gillette Stadium près de Boston. Macklemore affirme que Kraft aurait fait savoir à l’équipe d’Ed Sheeran qu’il ne serait pas autorisé à se produire dans son stade et qu’il aurait encouragé d’autres propriétaires d’enceintes à adopter la même position. Kraft, engagé depuis plusieurs années dans la lutte contre l’antisémitisme, a publiquement assumé son opposition à la présence du rappeur tout en affirmant soutenir le droit des Palestiniens à vivre dans la dignité et la sécurité.
Macklemore, lui, ne regrette pas son geste. Après plusieurs conversations qu’il a lui-même qualifiées de difficiles avec Ed Sheeran, son ami depuis treize ans, le rappeur a confirmé son éviction tout en refusant de se présenter comme une victime. Il a même décrit son bref passage sur le Loop Tour comme « la tournée la plus réussie » de sa carrière, non pas en termes commerciaux, mais parce qu’elle lui avait permis de porter son message devant des stades remplis. Il maintient que défendre la dignité et l’égalité des Palestiniens ne devrait pas être assimilé à de l’antisémitisme.
Ed Sheeran, de son côté, n’a pas publiquement commenté l’affaire à ce stade. Son Loop Tour doit reprendre aux États-Unis le 19 septembre à Philadelphie, désormais sans Macklemore en première partie.
Au-delà des deux artistes, l’épisode raconte surtout la collision désormais presque inévitable entre musique, engagement politique et économie du spectacle. Macklemore savait que son discours provoquerait des réactions ; il a choisi de le prononcer malgré tout. Quelques jours plus tard, il n’est plus sur l’affiche. Mais les deux mots qui ont déclenché la tempête, eux, ont largement dépassé les murs du MetLife Stadium.