Saïd Taghmaoui : L’Émir d’Hollywood

by La Rédaction

À trente ans, Saïd Taghmaoui est l’unique acteur arabe à s’être véritablement imposé dans le milieu hollywoodien, où il donne la réplique aux plus grandes stars mondiales. Et à l’en croire, ce n’est qu’un début…

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Ce n’est pas chez Ardisson ou sur les pages People de Voici que vous risquez d’apercevoir Saïd Taghmaoui. C’est plutôt sur la toile des salles obscures que ce Franco-marocain préfère exposer son meilleur profil. Celui d’une valeur montante du cinéma international, slalomant tour à tour entre Blockbusters hollywoodiens et productions plus intimistes.
Pourtant, rien ne prédisposait ce fils d’immigré marocain en France à une telle carrière. Rien, sinon sa prise de conscience précoce de «sa» différence et ce qu’elle implique comme «règles de survie». Il quitte l’école assez tôt pour embrasser une éphémère carrière de boxeur au niveau national. Une passade «salvatrice et éducatrice», qui sera suivie par la première éclosion artistique du jeune Saïd : la culture Hip Hop. «Nous avions un sérieux problème d’identité. Nous avons fini par nous en créer une», dira-t-il à propos de la naissance du collectif Assassin. Un groupe ultra-politisé, mêlant les composantes artistiques du mouvement Hip Hop : la musique avec le rap, la peinture avec les graffitis et la danse avec le Break.

Mais le «reubeu» ne s’arrête pas en si bon chemin. Comme ressuscité par ces expériences, il plonge dans la lecture, dévorant tout ce qui lui passe par les mains : philosophie, politique, histoire… et bientôt dans l’écriture. Des textes de chansons rap, bien sûr, et bientôt un scénario, commis à six mains avec deux amis : Vincent Cassel et Mathieu Kassovitz. Le résultat, porté à l’écran, s’intitulera “La Haine”. On connaît la suite : Palme d’or à Cannes, 4 Césars, des récompenses internationales… Et l’explosion de la carrière d’acteur de Saïd.
Mais plutôt que de suivre un chemin tout tracé, il refuse à tour de bras les rôles «d’Arabe de service» qu’on lui propose, préférant s’exiler vers d’autres cinémas où il peut devenir «acteur à part entière». Grâce à sa maîtrise des langues, les portes italiennes, espagnoles et anglaises s’ouvrent à lui. Et bientôt celles de l’Eden cinématographique : Hollywood. Il brille dans Les Rois du Désert, avant d’enchaîner avec plusieurs productions dont le point commun est d’être… très différentes les unes des autres. C’est d’ailleurs cela le meilleur moyen de cataloguer Saïd Taghmaoui : un acteur qui n’est jamais là où on l’attend. On le croyait définitivement marié à la Mecque du cinéma et le voilà qui joue dans un film marocain, Ali Zaoua. On le dit rangé du Star System français et on le retrouve sur le casting de Wanted, aux côtés de Hallyday, Depardieu et Renaud…
En fait, Saïd n’est pas iconoclaste, il est juste cohérent. «Je choisis un film en fonction de critères très simples. L’intérêt de l’histoire à raconter, la qualité des gens avec qui je vais travailler, ce que je peux apporter au rôle et ce qu’il peut m’apporter. Point. Tout le reste, je m’en f…».

Comment s’est déroulée l’enfance de Saïd Taghmaoui ?
SAÏD TAGHMAOUI J’ai grandi en région parisienne, à Aulnay sous bois, une banlieue populaire pour ne pas dire prolétaire. Mes parents font partie de la première vague d’immigration. Mon père est arrivé en France en 1954, en provenance du Souss, d’un village entre Essaouira et Agadir, avant que ma mère ne le rejoigne quelques années plus tard. Mes 9 frères et sœurs et moi sommes tous nés en France.
J’ai grandi, comme la majorité de mes pareils, avec ce problème de décalage culturel à une génération près. Tes parents, qui sont les phares de ta vie, n’éclairaient pas de la même manière que les parents d’à-côté, ni de la même manière que la vie elle-même dans cet endroit.
Mais c’était une enfance agréable. Car s’il y avait pas beaucoup d’argent, il y avait de l’amour avant toute chose. Et nous avons été élevés dans cette ambition de devenir autre chose que ce qu’étaient nos parents, histoire de combler un tant soit peu le sacrifice qu’ils ont fait en quittant leur propre terre pour venir en France, pour nous donner la chance d’un avenir meilleur.

Tu as eu pourtant une scolarité plutôt chaotique…
Chaotique dans le sens où je n’y croyais pas trop. En fait, je trouvais que ce système scolaire ne me correspondait pas. En tant qu’individu, je n’ai pas trouvé dans sa manière d’inculquer le savoir quelque chose pour m’accrocher aux études. Il y avait aussi l’appât du gain. Dans le milieu où j’ai grandi, on n’a pas les mêmes règles de survie que la plupart des adolescents occidentaux. Tu as envie d’une vie meilleure et tu te retrouves rapidement à choisir des écoles d’orientation où tu apprends directement un métier.
Ce que j’ai fait très tôt. Je devais choisir entre une formation de tourneur-fraiseur, de mécanique automobile ou dans l’hôtellerie. Tant qu’à faire, j’ai choisi l’hôtellerie, parce que je me suis dit que ça me correspondait un peu plus. Je l’ai fait aussi pour mes parents. J’avais conscience de l’étendue de leur sacrifice et je me devais d’obtenir un diplôme quel qu’il soit. Mais au bout d’un an et demi, je me suis rendu compte que ce n’était pas vraiment mon truc. J’ai laissé tomber, mais après avoir eu mon diplôme.

Et qu’est venue faire la boxe là-dedans?
Cela a commencé comme un simple loisir. Ce que j’aimais dans ce sport, c’était d’abord l’idée de dépassement personnel. Le fait aussi que ce soit un sport individuel, où l’on est tout le temps face à soi-même, où l’on ne doit de comptes qu’à soi et où l’on ne peut compter sur personne d’autre dans les moments de doute. Mais la boxe, c’est aussi une question d’image. C’est littéralement s’en sortir et gagner de l’argent à la force de ses poings. Dans l’idée de l’immigration, c’est d’une symbolique très forte. C’est une belle manière de s’affirmer quand on est, comme c’était mon cas, en recherche perpétuelle d’identité. D’un coup, je n’étais plus ni Arabe ni Français: j’étais un champion.
La boxe a aussi été pour moi une sorte de tuteur virtuel qui aurait pris le relais de l’éducation parentale. Elle m’a appris la discipline, la rigueur, le respect du travail. Elle m’a beaucoup aidé à canaliser mon énergie et à mieux contrôler ma rage. Sans ce sport, je ne sais pas où je serais aujourd’hui…

Discipline, travail, rigueur, éducation… Ce  n’est donc pas à tort que Saïd est perçu comme quelqu’un de carré, d’austère voire froid…
Je ne vois pas où est le problème si je suis carré, discipliné ou rigoureux. Je pense même que c’est la meilleure manière de travailler avec les gens. S’il y a une affinité qui se crée en chemin, c’est tant mieux ; mais tant qu’il est question de bosser, c’est plus que nécessaire d’être suffisamment strict.
Si les feux rouges n’existaient pas, il y aurait des accidents à chaque carrefour toutes les cinq minutes, et tout le monde jurera que ce n’était pas de sa faute. Je pense qu’il faut se poser des règles dans la vie et dans les rapports avec les gens. Que tu déplaises à quelqu’un ou qu’il ne t’apprécie pas au niveau personnel, c’est son problème. L’important c’est d’avoir fait son travail pleinement, le reste est tellement secondaire. Restons concentrés sur les choses vraies, concrètes. Personnellement, la routine me touche plus que les moments explosifs. Je suis plus enclin à avoir une vie normale, avec ma femme et mes enfants et des choses de tous les jours, que d’être dans les étoiles, d’être un surhomme… qui est de toute manière condamné à redescendre, quoi qu’il arrive.

Même quand ça rentre dans ton obligation professionnelle de le faire ; pour la promo d’un film par exemple ?
C’est un autre débat. Là, il s’agit de marketing pur. Et je n’ai pas axé ma carrière ni mon travail dans ce sens. Mon travail à moi, c’est de faire partager des émotions, de servir l’histoire que je raconte. Ma façon de voir les choses est très simple : pourquoi polluer les ondes, dans un monde où l’entreprise d’abêtissement collectif est devenue dieu. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a toujours eu de la pop music, du marketing, des choses plutôt superficielles et éphémères. D’un autre côté, il y a des choses plus profondes, plus complexes, avec des vraies racines. C’est à cette seconde catégorie que j’aspire. J’aimerais m’inscrire dans un travail plus universel, autant dans le temps que dans l’espace. On le voit d’ailleurs dans mes films. Jean Cocteau disait : «j’aime la mode car elle meurt vite». À mon humble avis, il faut être dans tout sauf dans la mode. Je voudrais que mon travail soit bien plus durable qu’un phénomène de mode, qu’un produit de consommation immédiate. Parce que j’aborde des thèmes universels qui sont, à mes yeux, importants voire essentiels.
À partir de là, l’audimat, la mesure instantanée par excellence, ce n’est pas quelque chose qui me préoccupe. Je fais des films qui, s’ils ne sont vus pas  aujourd’hui, restent susceptibles d’être vus demain. Parce que je les ai faits sans tricher, avec beaucoup de vérité dans ce que j’ai utilisé comme sentiments et émotions. C’est comme en peinture. Tu peux peindre un tableau décoratif qui flache, qui séduit au premier regard. Mais on peut aussi peindre une nature morte qui n’a rien de vraiment spectaculaire, mais dont la beauté est inscrite dans la durée, parce que les émotions humaines sont les mêmes depuis la nuit des temps. Faire des images qui se consomment facilement, ce n’est pas compliqué. Mais créer des images qui se lisent, qui appellent à d’autres images, qui parlent de l’être humain et de l’humanité, c’est autre chose.

Est-ce que Saïd ne se prendrait-il pas un peu trop au sérieux ?
Pas vraiment. Car ce qui m’importe dans tout cela, ce sont les gens avec qui je travaille et de mener mon travail à bout de la meilleure manière. Si c’est cela se prendre au sérieux… tant mieux ! Si je ne me mets pas en avant, c’est parce que je veux que ce soit le film qui le soit. Ce n’est pas au film de me servir, mais le contraire. Si je voulais être sous les projecteurs, je n’avais qu’à faire de la politique. En tant qu’acteurs, nous existons à travers le regard des gens. Laissons-les donc regarder notre travail sans nous imposer.
Mon éducation cinématographique et mon discours artistique vont dans le sens d’une certaine humilité, d’une capacité à me décentrer, pour laisser le public venir me chercher. Si ce dernier public me demande plus souvent, peut être que je me montrerais plus souvent. Mais aujourd’hui il est satisfait de mon travail dans les films et je trouve ça suffisant et formidable. Ce qui m’intéresse, c’est que quelqu’un qui ne me connaît absolument pas aille voir un de mes films. Et qu’en ressortant de la salle, il trouve le film beau et l’acteur vraiment bon.
C’est comme cela qu’un acteur devient intéressant. Pas parce qu’il est marié à unetelle, qu’il joue sublimement bien du piano, ou qu’il a une approche médiatique tellement acharnée et bien orchestrée qu’on ne voit que lui. Cela s’appelle de la propagande. Et la propagande, c’est politique, c’est militaire. C’est une arme. Et moi je ne vends pas des armes aux gens, je leur propose des larmes, des émotions. Et le challenge serait justement de hisser mon travail à un niveau tel que toute cette machine médiatique devienne dérisoire et inutile.

Revenons un peu au début de ta carrière, comment tu as rencontré le cinéma…
C’est surtout le cinéma qui m’a rencontré. Personnellement, je n’ai jamais eu idée de devenir acteur. J’arrive d’un quartier où nous étions devenus presque racistes : on se disait que le cinéma, ce n’est pas pour nous ! C’est pour les blancs. Parce qu’au pays de l’intégration et des droits de l’Homme, il n’y avait pas un seul acteur qui me ressemblait, pas un héros à mon image. On parle d’intégration alors que l’image, qui est peut-être le plus fort vecteur d’intégration, va dans le sens inverse.
Savez-vous comment on appelle officiellement les gens de ma couleur ou de mes origines ? On les appelle des «Minorité visibles à l’écran». Je ne comprends pas ce terme. Où se trouve la différence entre une minorité visible et un Français «normal»? C’est la question que je pose aujourd’hui aux dirigeants du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel, NDLR). Toujours et encore cette volonté de dissocier, alors qu’on nous rabâche partout qu’il nous faut nous intégrer. En France, je ne pense pas qu’il y ait un problème d’intégration, mais un problème d’acceptation. Le mot a son importance. On a du mal à accepter en France que le fils du gars qui balayait mon palier se mette au même niveau que mon fils à moi. Ce n’est que ça. Et si tout le monde parle autant de différence ; c’est parce qu’en fait on se ressemble beaucoup. Et que cette ressemblance est insupportable pour certains.
Le plus terrible dans cette situation, c’est l’étendue du mensonge, de l’hypocrisie. Au moins, Le Pen, il a le mérite d’avouer ce qu’il est. Un skinhead qui marche dans la rue en Bombers avec la tête rasée a le mérite de l’être pleinement. Bien sûr, je ne suis pas pro-Le Pen, ni pro-skin. Mais au moins, cet ennemi me donne la possibilité de le reconnaître. Il est en cela plus respectable qu’un ennemi qui se déguise.

Honnêtement, on ne s’attendait pas à rencontrer un acteur militant…
Bof. C’est du militantisme presque mondain. Le militant, le vrai, il est sur le terrain. Quoique. Je n’ai pas la prétention de changer la vie avec des films. Mais ils peuvent sensibiliser, pousser à réfléchir, donner envie de poser des questions. Je me sers de mon métier pour parler de ce que je connais le mieux. Et ce que je connais, c’est cette souffrance, ces joies, cette culture. C’est en moi. Et je veux user de mes dons d’acteur pour cette cause utopique qu’est la sensibilité humaine universelle. Dire qu’il y a aussi cette vibration qui existe, qu’il y a aussi cette couleur. Et même en étant parfois convaincu que ça ne changera pas grand-chose, je continue, égoïstement, parce que ça m’aide à mieux m’endormir la nuit et à mieux me lever chaque matin.

Revenons au cinéma (décidément). Après le succès de La Haine, Palme ST d’or à Cannes, tu as pourtant donné à ta carrière une orientation inattendue…
Inattendue ? Il était clair pour moi que si je suis devenu acteur, ce n’est pas pour reproduire le même schéma et desservir entre guillemets (je n’aime pas ce mot) la communauté maghrébine en France. Devenir un stéréotype supplémentaire, un cliché de plus, réussir ma vie et faire du mal aux autres. Ce n’est pas très intéressant. Je me suis donné le challenge de m’ouvrir sur l’international, de me positionner en tant qu’artiste à part entière.

C’est-à-dire de t’affranchir de l’étiquette «d’Arabe de service» à l’écran ?
De toute manière, je ne pouvais pas faire autrement. Je n’y croyais tout simplement pas. Et un acteur doit croire pour jouer. Après la période Assassins, j’avais déjà les armes pour comprendre que tout cela n’était qu’une gigantesque supercherie. Vu le passé que nous avons, que les Arabes de manière générale ont, je ne pouvais pas réduire mon identité à si peu. Dès le début, mon ambition était d’aller beaucoup plus loin, avoir une véritable carrière internationale. Personne ne l’avait fait avant, à part Omar Sharif, même s’il n’est pas allé au bout…

C’est plutôt ambitieux
C’est le but du jeu. Sinon à quoi bon. On prend un ticket et on fait la queue comme tout le monde ? Qu’est ce qu’on aura amené alors de plus. Nous avons besoin de fulgurance, d’ambition et de prises de risque. C’est pour cela que les artistes que j’admire sont des artistes à part entière, et que les boxeurs que j’admire sont des hommes de défis. Lorsqu’un boxeur essaie de réunir les 5 titres, ce n’est pas pour l’argent. C’est pour la légende, pour faire des choses que personne n’a fait avant lui. Sinon, c’est trop facile. D’autant plus qu’aujourd’hui, il y a trop de gens qui ont du talent et encore plus qui ont des talons.

On décèle encore quelques séquelles de la culture Hip Hop…
J’adore les mots. La culture est plus essentielle que la médiatisation. Lire Diderot m’apporte tellement plus que de participer à une émission de télévision. C’est quoi en fait le drame de l’humanité ? C’est l’ignorance, pas l’image.

Pourtant, aujourd’hui, c’est l’image qui véhicule de plus en plus d’ignorance…
C’est cela le drame. Et vous voulez qu’on saute à pieds joints dans ce cirque ? Non. Sinon, on retourne tout droit vers la barbarie. Greg le millionnaire, c’est déjà de la barbarie. Et Rimbaud et tous les grands poètes qui ont écrit sur l’amour, comment ils sont dans leur tombe après avoir vu cela ?
Le plus drôle dans l’histoire, c’est que c’est une imposture absolue. La nana avide qui voulait gagner de l’argent n’aura finalement gagné qu’un Chippendale. Et elle s’est affichée devant 50 millions de personnes durant 5 semaines pour ça. Elle avait qu’à aller à Saint-Tropez : elle l’aurait gagné en une soirée.
Tout cela enfante toute une génération de débiles. La télé française, au niveau culturel, c’est devenu effrayant. Après on passera au snuff-movies ? On va tuer des gens en direct parce que ça fait de l’audimat ?

Et Hollywood, c’est mieux au niveau culturel ?
Hollywood, c’est tout sauf un rêve. C’est une industrie, au même titre que l’industrie automobile. Les gens sont là pour faire du profit. À la différence près qu’on travaille avec des artistes. Mais c’est à toi de gérer tes merdes d’artistes. Tu gagnes assez d’argent comme ça et personne n’a envie de subir tes états d’âme. Il n’y a aucune complaisance. En France, c’est un cinéma d’art et d’essai, alors qu’aux USA, c’est un cinéma de dollars. Et le producteur américain te répondra que dans Dollar, il y a le mot «art». Pour autant, ils arrivent à faire des films que les Européens ne font plus. Ce n’est pas un hasard. C’est parce que les meilleurs artistes sont à Hollywood, là où ils ont tous les moyens et le confort pour travailler. Et le cinéma, ca coûte cher ! Ce n’est pas de la peinture, où tu te contentes d’une toile, d’un tabouret et d’un joint dans la bouche. Là tu as besoin d’une équipe, de plateaux, d’équipements… Et n’oubliez pas qu’il y a plusieurs cinémas à Hollywood. Le cinéma indépendant y produit des films d’une excellente qualité.
Ce n’est pas par hasard qu’on atterrit là-bas. C’est le résultat d’une somme de travail et mon expérience internationale m’a beaucoup aidé. Je me suis justement fait remarquer parce que j’ai montré, en peu de temps, que je pouvais jouer des rôles diamétralement opposés… et en anglais en plus. On me fait venir d’abord pour Les Rois du Désert, sur lequel je montre mes capacités et mon sérieux. Alors, au moment de préparer un autre film, ils se sont rappelés de cet acteur, parce qu’ils savent qu’ils peuvent compter sur lui pour tel rôle. Vous savez, à Hollywood, ils ne fonctionnent que par des faits. Pour un projet, ils y vont de manière très méthodique. La star est bien sûr là pour monter le film, ne serait-ce que financièrement. Ensuite, ils vont s’appuyer sur des critères qualitatifs pour réunir les acteurs. Et là commencent les sélections : ils vont voir ce que chacun a fait, son utilité dans le casting, ce qu’il peut apporter au rôle. C’est comme une gigantesque étude de marché. Et après ils décident de te donner le rôle ou pas.

Et c’est comment de travailler dans la plus grosse industrie mondiale du cinéma ?
Ce sont des gens très exigeants. Tant mieux, puisque je le suis également avec moi-même. Mais s’imposer dans la première puissance cinématographique, cela a aussi ses avantages. Je ne m’en sers pas pour m’acheter une Ferrari, mais pour faire passer mes idées et faire les films que j’ai envie de faire. C’est déjà un énorme privilège pour un acteur que d’avoir une liberté de choix. Et cette liberté, je veux en profiter pour atteindre l’ambition que je me suis fixée, une ambition prestigieuse, mais risquée. Si je peux devenir un modèle, ce qui est prétentieux, mais une idée, juste une idée, ce serait un aboutissement pour moi. Que tous les autres se disent que si Saïd Taghmaoui l’a fait, moi aussi je peux le faire sans baisser mon pantalon, sans dénigrer notre culture, sans jouer aux clichés, sans faire trop de concessions… Alors, dans ce cas, ça vaut le coup de tout faire pour y arriver. Parce qu’après, comme Omar Sharif, je peux devenir une légende. Et une légende, ça dure beaucoup plus qu’un nom à la mode.

Saïd, bientôt dans vos salles…

Pour les mois à venir, Vous aurez l’occasion de voir Saïd dans plusieurs films. Il y a d’abord Wanted, de Brad Mirman, dans lequel il partage la vedette avec un casting de choix : Gérard Depardieu, Johnny Hallyday, Renaud et Harvey Keitel. Suivra à la rentrée L’Homme De La Riviera (The Good Thief), mis en scène par Neil Jordan. Saïd y joue l’un des premiers rôles aux côtés, tenez vous bien, de : Nick Nolte, Tchéky Karyo, Emir Kusturica et  Ralph Fiennes… excusez du peu.
L’année 2004 commencera avec Hidalgo, de Joe Johnston. Une super-production tournée en partie au Maroc, et dont le  casting aligne Viggo Mortensen (le Seigneur des Anneaux), Omar Sharif et Saïd Taghmaoui.
Et ce n’est pas fini. Saïd vient juste de terminer le tournage de Spartan, long-métrage réalisé par David Mamet et dans lequel Val Kilmer joue le rôle principal. Nous avons gardé le meilleur pour la fin. Fin septembre, Saïd Taghmaoui débutera le tournage de l’adaptation du Pain Nu de Mohammed Choukri. «Un projet qui me tient particulièrement à cœur. C’est pour faire ce genre de films que je veux utiliser mes relations à Hollywwod», explique Saïd. C’est en effet l’acteur qui a convaincu Dino De Laurentiis de produire le film, dont les scènes seront tournées au Maroc et dans les studios de Cinecitta à Rome. Son seul regret ? «Qu’il n’y ait pas un seul sou Arabe dans cette aventure !»

 

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