Chapeau Maître Rahal !

by La Rédaction

Issu du peuple et fils du maître fondateur du concept traiteur au Maroc, Abdelkrim Rahal Essoulami a su reprendre le flambeau du groupe qui porte son nom. Mieux : avec la gastronomie marocaine et le Maroc comme chevaux de bataille, cet homme au chapeau a su faire de cet héritage une contribution directe au développement du Maroc. A l’image se son père, médaillé des mains de plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement pour la qualité de ses prestations, voici venu pour lui le temps de la reconnaissance. En effet, lors du dernier sommet de l’Organisation de la conférence islamique, à Dakar, le 13 mars, il a été décoré des mains de Sa Majesté lui-même. Une première dans l’histoire du Maroc. Cet honneur lui vaut désormais le titre de l’Ordre des Officiers du Trône.

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Par lamia kaghat
photos : mustapha errami

Dans quel milieu avez-vous évolué ?
Au cœur de la couche populaire casablancaise, dans l’ancienne médina, au sein d’une famille modeste.

En quoi cette partie de votre vie vous a-t-elle influencé ?
Elle m’a surtout influencé au niveau social : elle a forgé en moi, l’esprit de challenge et m’a appris à donner le meilleur de moi-même, à évoluer. Grandir au sein d’une couche sociale populaire, dans des conditions difficiles, m’a surtout procuré une forte envie d’aller de l’avant et de militer pour atteindre le meilleur, tout en gardant des liens forts avec mes racines.

Pourquoi avez-vous choisi le domaine de la restauration et de la pâtisserie ?
Ce n’est pas vraiment un choix. Il faut dire que je suis né dedans. J’étais le benjamin et je consacrais autant d’intérêt à la profession familiale qu’à mes études, et feu notre père veillait aussi bien à notre formation académique qu’à la vie active.

Quelle formation avez-vous suivie ?
J’ai suivi une formation électronique, plus particulièrement dans le domaine des télécommunications. Le domaine était très en vogue à l’époque, en Europe et ailleurs. J’ambitionnais de décrocher un doctorat avant de regagner le Maroc, Malheureusement, suite à la maladie de mon père, j’ai dû rentrer. Ma famille avait besoin de moi et mon pays aussi !

Regrettez-vous d’être rentré au pays ?
Ah non ! Il est judicieux de se former dans de grandes écoles de renommée internationale, mais, personnellement, c’est l’école de mon père qui m’a fait comprendre l’essentiel : le devoir de servir mon pays et de perpétuer l’art marocain de recevoir, pour le diffuser à travers le monde.

Regrettez-vous vos études en France ?
Non, je ne regrette pas. Tout ce que j’ai appris en France m’a servi, autant dans ma vie professionnelle que familiale. Tout ce qu’on peut étudier en termes techniques donne une valeur ajoutée à notre vie pratique. Par exemple, c’est à travers mes études que j’ai appris les paramètres du temps et de la température de cuisson. Les plus grands cuisiniers du monde s’imprègnent d’ailleurs de ces éléments électrotechniques et thermiques, ce qui permet une parfaite maîtrise de la gastronomie.

Quels sont les valeurs et les acquis que vous a transmis votre père ?
Vous savez qu’à travers les lettres Rahal, nous avons décodé les principes fondamentaux de notre entreprise qui sont : R/ Résolution, A/ Ambition, H/ Honnêteté, A/ Assiduité et L/ Loyauté. Rien qu’à travers ce nom, nous avons énormément appris. Mais ce que nous retenons avant tout, c’est la profondeur d’un dicton marocain dont le sens est : « l’amour du pays passe avant l’amour de ses enfants ». Notre père nous a toujours assuré que la chance de vivre dans un pays serein et sûr est le meilleur avenir qu’on puisse assurer à ses enfants. Tandis que, si on lègue toutes les richesses et les principes sans inculquer l’amour de son pays, cela partira en vain.

On remarque que vous avez une grande ambition d’agrandir encore et encore votre empire, Pourquoi ?
Je n’aime pas ce mot, « empire » : je préfère dire que c’est une grande famille que nous veillons assidûment à entretenir, une famille qui s’est forgée en plusieurs étapes et qui prend de l’ampleur selon une vision stratégique. Au départ, notre objectif était la perpétuation et la diffusion de la gastronomie marocaine authentique et d’en faire un label de renommée internationale. Et je crois que l’on a déjà fait 80% du chemin. Et que le groupe Rahal, au jour d’aujourd’hui, est à l’origine de ce développement, tant au Maroc que sur le plan international. Il nous reste encore 20%, portant sur l’effort de la présentation. Mais c’est en bonne voie et l’essentiel, c’est de toujours innover.

En quoi pensez-vous avoir contribué au succès de la gastronomie marocaine à l’échelle internationale?
En misant sur la création : c’est notre objectif numéro un. Nous créons toutes les semaines et tous les mois un plat, peut être pas nouveau, mais un plat traditionnel avec une touche d’innovation que nous apportons en ajoutant de nouveaux ingrédients ou en osant des mélanges gustatifs spéciaux ! Ces plats revisités permettent d’élargir la variété des plats marocains pour se positionner par rapport à la concurrence dans le monde entier. Et je pense qu’aujourd’hui, grâce à ces créations, nous sommes capables de dresser les meilleurs buffets du monde, avec uniquement de la gastronomie marocaine ! Par exemple, au Mali, on a créé un tagine de mangues ! Ces mangues sont d’un emploi restreint, au point d’être délaissées dans les rues maliennes. Et ce plat a surpris tout le monde, tant par sa nouveauté que par l’utilisation de ce fruit en tant que légume. Le président malien m’a même dit : « on importait des patates, alors qu’on avait un fruit dont on ignorait l’intérêt culinaire ».

Quelle est votre stratégie de fidélisation d’une clientèle marocaine très souvent exigeante ?
Je crois que, pour fidéliser un client, quel que soit le domaine, il n’existe qu’une seule règle : le sérieux. Je peux vous dire qu’on a marié les grands-parents, les parents, les enfants et les petits enfants d’une même famille. Nos clients n’iront jamais voir ailleurs parce qu’ils connaissent le sérieux de la maison et son souci de qualité. Je défie tout concurrent au Maroc qui souhaiterait  se mesurer à notre structure, laquelle répond surtout à des clients exigeants. Pour l’exigence de la qualité, les clients viennent chez Rahal.

Que conseilleriez-vous aux personnes qui souhaiteraient revenir au pays et qui ne savent pas encore quelle décision prendre ?
L’installation des franchises internationales au Maroc est un excellent baromètre de prospérité économique du pays. Il faut en profiter et s’y investir au maximum, d’autant plus que notre pays est très reconnaissant et jouit d’une bienveillance divine qui lui donne cette notion, « al baraka », qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Un pays où, tout ce qu’on fait de bien nous est si généreusement rendu. Il n’y a nulle part ailleurs autant d’amour, autant d’opportunités et autant de reconnaissance quand on veut bien faire.

Comment faites-vous pour gérer les différentes branches de votre groupe ?
Nos activités sont concentrées sur trois domaines : les métiers de bouche, le tourisme et  l’agroalimentaire. Nous avons un effectif de près de 4.000 employés répartis sur les différentes branches. Notre mot d’ordre est le sérieux et nous nous considérons plus comme une famille que comme une entité économique. C’est peut être cela qui explique le grand sentiment d’appartenance au label Rahal.

Déléguez-vous certaines tâches de gestion à des membres de votre famille ?
Je suis l’aîné des sept fils Rahal. Nous sommes six garçons et une fille. Tout le monde met la main à la pâte et les sept s’investissent dans le groupe, chacun dans son domaine de compétence, selon les procédures internes du groupe. Mes frères sont mes conseillers. Nous continuons comme si notre père était toujours là. J’ai pris la relève, mais l’ensemble de la famille continue à s’investir et travailler pour développer cette entreprise pour les vingt petits Rahal qui sont déjà là.

Que pensez-vous de votre légitimité  internationale ?
Vous l’avez si bien dit : légitimité ! En effet, nous avons réussi à franchir les frontières. Où que l’on aille, nous sommes reconnus et ceci, bien entendu, est mérité et nous le devons à  notre sérieux, notre esprit de challenge et à la confiance de ceux qui nous sollicitent. Nous avons, à présent, une notoriété mondiale. Nous avons répondu à des appels d’offres auxquels aucune entreprise au monde n’a pu répondre. C’est donc une fierté de porter haut les couleurs de notre drapeau.

Pensez-vous avoir des concurrents directs au Maroc?
(Sourire) Non. Après 60 ans dans ce domaine, cela risque d’être très difficile de nous concurrencer.

Etant donné tout que vous entreprenez sur le plan du développement de la valeur ajoutée du pays, vous considérez-vous comme un missionnaire ?
Oui, nous avons toujours été missionnaires, comme tout Marocain digne et porteur de valeur. Et je souhaiterais réellement que les chefs d’entreprises aient cette vertu qui consiste à aller au-delà de l’acquis financier et à adopter une philosophie d’altruisme et de partage.

Votre défunt père a reçu plusieurs médailles. Aujourd’hui, c’est votre tour. Qu’avez-vous ressenti en recevant cette décoration par Sa Majesté ? Qui est en plus, à l’étranger…
L’impression de renaître ! Une époque de l’histoire qui se reproduit, le sentiment de revoir mon père qui a reçu le même honneur de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II. Je l’ai vécu comme une très grande marque de confiance et de reconnaissance au sein d’un évènement international auquel ont participé une soixantaine de chefs d’Etat.

 

Pêle Mêle

Tourisme au Maroc
Développer toutes les régions, et pas seulement Marrakech et Agadir. Il existe des régions très riches auxquelles on n’a pas donné l’occasion de se développer. Tout ceci en raison de cette main mise par des investisseurs sur le tourisme et sur les villes comme Marrakech. Utiliser les différentes sortes de tourisme, comme celui d’évasion ou encore de découverte.

Terrorisme
Si on veut écarter le terrorisme, il faut d’abord penser à d’autres régions : on ne peut pas penser à une région sans en développer une autre. Penser à un tourisme durable et solidaire.

Le Marocain
Il faut savoir lui parler. S’il se sent en confiance, jamais il ne vous volera, jamais il ne vous trahira, jamais il ne vous quittera.

Le racisme entre Marocains
Il n’y a pas de racisme entre les Marocains, c’est plus de la jalousie.

L’Afrique
Il faut que les Marocains pensent à conquérir l’Afrique. L’avenir est dans l’Afrique. L’Afrique, c’est plus de 700 millions de consommateurs. La Chine et d’autres pays sont en train de le faire. Et les chefs des entreprises marocains doivent développer le plus tôt possible leurs activités et la vente de leurs produits en Afrique. Il faut répartir équitablement ces activités : 50% en Europe et 50% en Afrique.

Promotion des produits marocains
On doit mettre la main dans la main tous les Marocains et se serrer les coudes pour l’avenir des entreprises marocaines. Parce qu’à partir de 2012, avec l’ouverture des frontières, on risque d’être envahis par les produits étrangers. Il n’y aura plus de frontières et cela signifiera la fin pour les entreprises marocaines. Le Marocain doit consommer marocain.

Le facteur humain
Aider son prochain, c’est important. Mais aujourd’hui, vous avez des personnes qui sont individualistes. Certains dépenses plusieurs salaires en un week-end à Marrakech. Je ne dis pas qu’ils ne peuvent pas le faire, mais ils doivent avoir le sens de la mesure. Les chefs d’entreprises doivent par exemple créer un emploi qui pourra à lui seul nourrir plusieurs membres d’une même famille. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. Et ceci n’est pas vraiment une sécurité pour l’avenir de chacun.

Les valeurs auxquelles on doit revenir
La générosité du cœur, c’est la plus belle des richesses. Et l’esprit de partage et plus de solidarité. Par exemple, auparavant, les voisins étaient comme une grande famille.

Questionnaire de Proust

La qualité que je préfère chez un homme
La générosité.

La qualité que je préfère chez une femme
La prestance.

La qualité que j’apprécie chez mes amis
Leur dévouement et leur sincérité.

Mon principal défaut
Je suis dur avec moi-même.

Ma principale qualité
La générosité.

Mon occupation préférée
Le travail.

Mon rêve de bonheur
Avoir des enfants qui portent le nom de Rahal, comme il se doit.

Quel serait mon plus grand malheur
Que quelque chose touche mon pays.

Le pays où je désirerais vivre
Le Maroc.

La couleur que je préfère
Le bleu nuit.

Ma fleur préférée
La rose.

Mes poètes préférés
Najib Mafoud, Chawki.

Mes héros et héroïnes dans la fiction
Zorro.

Mes héros et héroïne dans la vie réelle
Mon père.

Le don de la nature que je voudrais avoir
La clémence.

Comment j’aimerai mourir
En dormant.

L’état présent de mon esprit.
Serein.

 

En aparté

Depuis quand n’avez-vous pas pris de vacances ?
(Rire) Ça fait très longtemps. Vous n’allez pas me croire : depuis mes 30 ans, environ.

Votre cuisine préférée ?
La cuisine méditerranéenne, notamment l’italienne. Et je suis un grand amateur de poissons.

Votre plat préféré ?
Le couscous.

Votre femme est-elle bonne cuisinière ?
Bien sûr, c’est un cordon bleu.

Tout le monde se pose la même question en vous voyant avec votre chapeau : pourquoi avez-vous choisi ce style particulier ?
En fait, mon frère m’a un jour offert un chapeau  Je l’ai porté et depuis, j’ai adhéré à ce look.

Et cela dure depuis combien de temps maintenant ?
Voilà deux ans que je porte le chapeau quotidiennement.

Djellaba ou jeans ?
Ça dépend des circonstances.

Que signifie la réussite pour vous ?
C’est la pérennité et l’épanouissement familial.

Que pensez vous du patriotisme ?
C’est une éducation, un état d’esprit. L’amour du pays.

Que pensez-vous de la femme marocaine ?
C’est la plus femme du monde.

Que pensez-vous de la mode ?
La mode doit s’adapter aux traditions sans les vulgariser.

Quel regard portez-vous sur ces jeunes qui veulent revenir au pays et contribuer au développement du Maroc ?
Il y a encore beaucoup à faire au Maroc, surtout au niveau de la restauration

Quels conseils leur donneriez-vous ?
Je ne m’adresserais pas uniquement à ceux-là, mais également aux jeunes qui sont déjà au Maroc : il y a énormément à faire dans le développement des produits en termes de restauration.

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