Song Kang-ho, Près des yeux , loin du coeur !

by La Rédaction

Le tant attendu “The French Dispacht » n’a pas déçu. Après une standing ovation de 9 min, sous le regard bienveillant d’un casting incroyable, le génie du visuel et de la mise en scène chirurgicale, a encore frappé. Critique d’un film exquis esthétiquement mais qui manque cruellement d’émotion.

Et oui. Pourtant il s’agit bien d’un chef d’œuvre visuel. Puisque l’œuvre de Wes Anderson est à regarder comme on admirerait des tableaux. Des tableaux magnifiquement exécutés avec la créativité que l’on connait au réalisateur de The Grand Budapest Hotel. C’est riche, c’est symétrique, c’est rythmé, c’est dense, c’est intense. Le spectateur est pris par ce voyage, ce périple au service d’un effet de style cher au réalisateur avec de nombreuses références d’enfance entre la bande dessinée, la littérature, l’art et le muet, avec un clin d’oeil à Charlie Chaplin. Avec une précision digne d’un chemin de fer, le film se raconte en trois sujets que des journalistes américains proposent pour capter l’âme de la France entre art enragé depuis une cellule, jeunesse en quête de liberté depuis un bar en grève et une aventure culinaire qui vire au film d’action. Le tout depuis une ville imaginaire, baptisée Ennui-sur-Blasé et qui ressemble étrangement à Paris. Commence alors un carnaval de plans minutieux et magnifiques, de scènes improbables, à la fois dans le glamour et le burlesque, dans le splendide et la splendeur où les couleurs parfaites se marient avec un noir et blanc intensément sophistiqué. Le travail est subtile et incroyable. Wes Anderson brille de mille feux et se donne à corps et âme. Des lignes, de la symétrie, tout est dessiné tel un beau Tintin et ou inspirant Spirou. Il y a une musicalité dans les enchainements, une fluidité impressionnante dans le montage qui ne laissent personne de marbre.

Le casting faisait peur pourtant. On s’attendait à trop de strasses et pas assez de paillettes dans les yeux. Ce n’est pas le cas. Les acteurs sont formidables et chacun est à sa place. Des grands jouent le jeu en se contentant d’une scène ou deux comme Edward Norton, Cécile de France, Guillaume Gallienne. Bill Murray en rédacteur en chef blasé, d’une rédaction qui se meurt puisque le papier est dépassé, est entouré d’une équipe de tonnerre : Frances McDormand en reporter solitaire, Tilda Swinton en modératrice acharnée, Elisabeth Moss en rédactrice dévoué que l’on voit à peine. Un hommage à la presse et à l’ennui présenté sur plusieurs sujets, d’un dernier numéro. Benicio Del Toro, Léa Seydoux et Adrian Brody forment un trio succulent, plein de sarcasme, de candeur et de folie. D’ailleurs ce chapitre est surement le plus réussi et le plus marquant, dans le jeu, dans la propositions de segments et de tableaux, dans l’histoire. On est séduits aussi par le duo Timothée Chalamet et Lyna Khoudri en cette jeunesse française fiévreuse, ces soixante huitards qui voulaient changer le monde. Wes Anderson ose tout, les couleurs, le noir et blanc, les plans rapprochés, laisse sa caméra se balader pour nous offrir une des plus belles mise en scène de l’année. Il est ce maestro qui jongle avec la narration. Peut-être même un peu trop. Parce qu’avec cette leçon de style, Wes Anderson oublie une chose essentielle :
l’émotion. Wes Anderson nous en met plein la vue ! On sort du film stupéfait mais pas grandit. Nos yeux ont profité de la beauté du travail, mais l’âme n’a pas été touché. Dilemme entre le cœur et la raison… A qui l’emporte ? Surement pas l’ennui. Sommes-nous blasés ?

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