La vie tue… mourir est très mauvais pour la santé

by Abdelhak Najib

Avez-vous remarqué comme tout le monde est devenu hypersensible ? Une sensiblerie qui frise le ridicule se propage comme une contagion. Et ce, depuis de nombreuses années. Mais là, cela atteint des pics incroyables.  Pour mon ami, qui ne rit pas, parce qu’il est profondément révolté, cela porte un nom : l’égosystème. Cela consiste à développer, dès son très jeune âge, un égo surdimensionné, hypertrophié, qui refuse toute remarque, toute tentative ou velléité de remise en cause du fondement basique de ce qui fait grossir l’égo. Pour vous en convaincre, faites un test, là, séance tenante. Parlez à votre ami, faites une remarque saine et innocente à votre conjoint, donnez une directive à votre collaborateur, faites une critique à votre employé, émettez un jugement sur telle ou telle manière d’agir ou de se comporter d’un proche… et vous êtes dans la mouise. Premier réflexe de l’adepte de l’égosystème : il fronce les sourcils, il change de mine, il fait un rictus, il se passe la main dans les cheveux, il croise les bras, se prend de bougeotte subite ou d’immobilisme suspect… Et il ne vous regarde plus droit dans les yeux. Signe suprême du rejet, du refus de réfléchir à la justesse du propos. Dès que ça touche l’égo, on se rebiffe. Plus rien ne passe. Le masque tombe, mais la cuirasse se fait impénétrable. On sort son bouclier anti-remise en question.
Bref, pour parler à quelqu’un aujourd’hui, il faut prendre des gants, faire attention à ce qui va sortir de sa bouche et veiller à ne rien dire de vrai. Oui, c’est le fin mot de toute cette histoire. Il faut mentir, il faut lui servir ce qu’il veut entendre, il faut abonder dans son sens… Sinon, les relations sont ruinées et les rapports prennent une tournure plutôt hostile.

   

Moi, je dis que pour avoir des rapports avec les autres aujourd’hui, il faut les traiter comme dans une garderie pour enfants. Et il faut aussi se munir du manuel psychiatrique pour le bon usage du vivre-ensemble. Ce qui veut dire, apprendre par cœur l’hypocrisie, ne jamais dire ce que  l’on pense, déguiser les pensées, masquer les réelles intentions, rester à la surface dans tout ce qui lie un humain à un autre. Encore une fois, faites le test. Vous allez voir que ça fonctionne. Tu dis la vérité, tu es banni et stigmatisé. Tu racontes des bobards, tu remplis ton rôle du parfait hypocrite, tu es l’ami.  C’est valable dans tous les types de rapport et pour toutes les classes sociales.
Mon ami qui refuse de rire ne se fait plus d’illusions sur les autres, tous les autres. Après m’avoir expliqué ce concept sur l’égosystème à la Marocaine, il me dit que nous sommes tous des patients, mais «que le problème avec les patients, c’est qu’ils s’impatientent».  Je me révolte à mon tour et je risque : «Mais qu’est-ce que c’est que cette société de dingues !». Il me rassure : «c’est mal barré et c’est de pire en pire. Il faut juste ne pas perdre de vue que c’est le printemps et que la sève monte, mon frère.» Ce qui est censé me rappeler qu’il est plus facile de céder du terrain que de résister et qu’après tout,  c’est le système qui a toujours raison  sur les particules libres. Il me regarde comme on toise un demeuré et me sort : «Les gens savent d’instinct que vivre tue et que mourir n’est jamais bon pour la santé ni pour les affaires. Alors, s’ils ont envie de se rebeller en rejetant la maturité, c’est un droit naturel. Tout le monde n’a pas accès à la garderie d’enfants, si tu vois ce que je veux dire».  Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n’y ai vu que du feu et je m’impatiente toujours…

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