Le vernissage de l’exposition individuelle de l’artiste tétouanaise s’est tenu à Casablanca. Une œuvre en blanc où la douceur du papier affronte le tranchant du métal.
C’est ce mardi 29 septembre que la Galerie L’Atelier 21, à Casablanca, a ouvert ses portes à « Habiter l’interstice », nouvelle exposition personnelle de Safaa Erruas. Visible jusqu’au 7 novembre 2026, elle plonge le visiteur dans un univers entièrement dominé par le blanc, où chaque geste semble peser sur la lumière.
Née en 1976 à Tétouan, ville où elle vit et travaille toujours, diplômée de l’Institut national des beaux-arts en 1998, l’artiste poursuit une pratique singulière, centrée sur les propriétés physiques des matériaux. Chez elle, le blanc n’est jamais silencieux : il révèle les ombres, dessine les volumes et fait affleurer les textures.
La force de ses pièces tient à la rencontre des contraires. Papier coton, papier japonais et gaze de coton y côtoient épingles, aiguilles, lames de rasoir, fils métalliques et fibre de verre. Perforées, superposées, ces surfaces fragiles deviennent des reliefs sur lesquels la lumière court le long des lignes. De cette tension entre délicatesse et violence naît une présence physique, presque palpable.
Ce projet prolonge la réflexion de l’artiste sur les traversées et les frontières. Safaa Erruas s’empare ici de l’image du détroit, à la fois passage géographique et territoire intérieur, tantôt hostile, tantôt accueillant. L’interstice qu’elle met en scène tient dans un équilibre précaire entre le vide et le plein, l’ombre et la lumière.
D’une minutie qui évoque la broderie, ses interventions creusent des failles dans la trame du papier et dessinent de véritables « cartographies de l’intime ». Le fil, omniprésent, relie continents et bras de mer par des lignes invisibles qui, selon le catalogue, « façonnent et désarçonnent à la fois nos êtres ».
Présentes dans de prestigieuses collections, dont celles du Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden, du Centre for Contemporary Art de Lagos, de la Fondation Jean-Paul Blachère, de la Fondation ONA et de Bank Al-Maghrib, les œuvres de Safaa Erruas confirment ici toute leur portée : des territoires poétiques suspendus entre fragilité et résilience.














