Théière, zellige, pouf, zerbiya, khayma, cherouite ou tebsil : autant d’objets familiers qui appartiennent à la maison, au quotidien, aux fêtes ou à la mémoire collective. Dans une publication de Cultiq Studio, douze créateurs marocains ou liés à l’imaginaire marocain sont mis en lumière pour une même idée : montrer que le patrimoine ne reste vivant que lorsqu’il circule, se transforme et accepte de changer de forme.
Ce qui frappe dans cette sélection, c’est la manière dont chaque objet quitte son usage premier pour devenir un langage visuel contemporain. Le berrad devient « sacred hearth » chez Jihad Eliassa, la poufa se transforme en chaise avec Younes Design, le tlamet prend l’allure d’un ensemble urbain signé Anouri Original, tandis que la brecha est réinterprétée par Safaa Kotbi comme un symbole de mémoire. Plus loin, la khayma devient une veste, la cherouite s’invite dans le style du quotidien, et le zellige se décline en accessoires, en design ou en pièces décoratives.
Cette approche ne cherche pas à effacer le passé, ni à enfermer la culture marocaine dans une image figée. Elle raconte plutôt une génération qui hérite, questionne et réinvente. Hassan Hajjaj, avec ses objets populaires utilisés comme cadres visuels, ou Amina Agueznay, avec la zerbiya pensée comme mémoire contemporaine, incarnent cette capacité à faire dialoguer l’art, l’artisanat, la mode et l’installation sans perdre le lien avec la matière d’origine.
Au fond, cette sélection dit quelque chose de très juste sur le Maroc d’aujourd’hui : un pays où les objets ne sont jamais seulement décoratifs. Ils portent des gestes, des histoires, des régions, des usages et des émotions. En les déplaçant vers la mode, le design, la joaillerie ou l’art contemporain, ces créateurs ne trahissent pas l’héritage marocain ; ils lui offrent de nouveaux terrains d’expression. Et c’est peut-être là que réside la vraie modernité : non pas tourner le dos à ce que l’on a reçu, mais lui donner une nouvelle manière d’exister.