C’est une distinction qui dépasse le seul geste architectural. L’architecte marocaine Salima Naji vient de remporter le Grand Prix du Prix du design 2026 de l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris. Le palmarès de cette quatrième édition a été dévoilé le 9 septembre, consacrant une démarche menée depuis deux décennies autour d’une conviction : le patrimoine n’est pas seulement quelque chose que l’on conserve, il peut aussi devenir la matière d’une architecture contemporaine.
Le projet récompensé est le Centre d’interprétation du patrimoine de Tiznit, également présenté par l’IMA sous son appellation anglaise « Tiznit Living Heritage Centre ». Édifié entièrement en pisé à l’intérieur des anciens remparts de Tiznit, datant de 1810, le bâtiment établit un dialogue entre architecture nouvelle et héritage local. Le musée entend faire vivre à la fois le patrimoine matériel et immatériel de la ville, notamment à travers une collection consacrée à l’architecture vernaculaire, avec des fragments et des éléments réalisés sur place par des maîtres artisans.
Cette récompense prend tout son sens lorsqu’on regarde le parcours de Salima Naji. Architecte diplômée de l’École d’architecture de Paris-La Villette et docteure en anthropologie sociale de l’École des hautes études en sciences sociales, elle a fondé son agence au Maroc en 2004. Installée dans le Sud marocain depuis 2008, elle travaille notamment sur la sauvegarde des architectures oasiennes, des ksour et des greniers collectifs. Sa pratique privilégie depuis longtemps la terre, la pierre et les matériaux biosourcés, tout en réinterprétant des techniques vernaculaires pour des réalisations contemporaines, notamment à vocation sociale et culturelle.
À Paris, l’architecte n’a d’ailleurs pas présenté ce Grand Prix comme une récompense isolée. Interrogée par la MAP lors de la cérémonie organisée à l’IMA en présence de sa présidente Anne-Claire Legendre, Salima Naji s’est dite « très émue » par une distinction qui, selon ses mots, « récompense 20 ans d’efforts ». Elle y voit surtout la reconnaissance d’un travail consacré à « l’héritage tourné vers l’avenir ». Une formule qui résume assez justement sa démarche : préserver sans figer, transmettre sans reproduire à l’identique.
Le Grand Prix possède aussi une portée particulière dans un concours créé par l’Institut du monde arabe en 2023 pour mettre en lumière la création et les savoir-faire contemporains du monde arabe. Cette année, la catégorie Grand Prix était réservée aux architectes ou designers confirmés, au sein d’un palmarès déterminé par un jury présidé par l’architecte égyptienne Shahira Fahmy. Les travaux des finalistes de cette quatrième édition sont par ailleurs présentés à l’Institut du monde arabe à Paris en septembre.
Déjà Chevalier des Arts et des Lettres depuis 2017 et lauréate de plusieurs distinctions nationales et internationales, Salima Naji ajoute ainsi une nouvelle reconnaissance à un parcours singulier. Mais derrière le trophée parisien, c’est peut-être Tiznit qui occupe finalement le premier rôle : ses remparts, sa terre, ses savoir-faire et cette architecture marocaine que Salima Naji défend non comme un vestige du passé, mais comme une ressource pour construire l’avenir.