Ahmed Soultan, l’art de rester maître de sa vague

by La Rédaction

Il y a des carrières qui se construisent dans le bruit et d’autres dans la durée. Invité de Saad Abid dans le cinquième épisode de The Shift by VH, mis en ligne le 29 août 2026, Ahmed Soultan appartient manifestement à la seconde catégorie. Pendant cet entretien au long cours, l’artiste marocain raconte moins une success-story qu’une manière de vivre : avancer sans se laisser happer par la mode, conserver la maîtrise de son travail et savoir attendre la bonne vague. Une philosophie qu’il emprunte volontiers au surf, passion qui accompagne son parcours depuis ses jeunes années dans le Souss.

L’histoire commence loin des grands studios. De ses racines dans la région de Taroudant à la découverte de la culture surf, Soultan raconte un chemin où musique, identité et liberté finissent par se rejoindre. Lorsqu’il entre véritablement dans l’industrie, il choisit très tôt une voie qui n’est pas la plus confortable : l’indépendance. Il observe les rouages du métier, apprend, produit et, surtout, veille à conserver la propriété de ses masters. Ce choix n’est pas une reconstruction a posteriori : il l’expliquait déjà publiquement il y a plus de dix ans, racontant avoir refusé des propositions de labels qui impliquaient de céder son catalogue.

   

Cette obstination prend une autre dimension lorsqu’il invente son propre langage musical : l’Afrobian, contraction d’« Afro » et d’« Arabian ». Un territoire sonore où se rencontrent ses racines amazighes et arabes, les rythmes africains, mais aussi la soul, le funk et le hip-hop. Son premier album, Tolerance, paraît en 2005 et contribue à installer une signature qui ne cessera ensuite de s’élargir. En 2026 encore, Soultan décrit l’Afrobian non plus seulement comme un genre musical, mais comme un espace culturel et identitaire reliant différentes composantes du continent africain.

Puis le Marocain commence à voyager. Les scènes s’agrandissent, les rencontres aussi. Sa trajectoire le mène aux MTV Europe Music Awards : il remporte en 2012 le Best Middle East Act puis s’impose dans la sélection régionale Afrique-Moyen-Orient-Inde, performance qu’il renouvelle en 2013. Son univers croise également celui de musiciens dont les noms racontent à eux seuls plusieurs chapitres de l’histoire de la musique : George Clinton, Femi Kuti ou Fred Wesley figurent parmi les artistes associés à son album MHNB – Music Has No Boundaries. Il a aussi collaboré avec Ne-Yo sur « Amazing You ».

Mais l’un des passages les plus révélateurs de The Shift se situe peut-être ailleurs. Soultan y parle du surf comme on parlerait d’une école de caractère. Sur une planche, impossible de commander à l’océan : il faut observer, patienter, tomber, recommencer et reconnaître la vague lorsqu’elle arrive. Dans l’entretien, il transpose cette logique à sa carrière. Ne pas courir derrière chaque tendance. Accepter l’erreur. Rester ancré dans le réel plutôt que poursuivre la viralité à tout prix. À l’heure où une carrière musicale peut parfois sembler se mesurer à quelques secondes d’attention sur un écran, la position a quelque chose de délicieusement à contre-courant.

Cette fidélité au terrain dépasse la musique. Dans l’émission, Ahmed Soultan évoque également son engagement dans son village d’origine et son désir de participer au développement local, notamment autour de l’éducation et des infrastructures. Il parle aussi du potentiel du Maroc dans les industries créatives et sportives, avec une conviction : les talents existent, mais leur essor suppose de structurer les filières, de développer les infrastructures et de penser sur le temps long. Le surf revient alors dans la conversation, non plus seulement comme passion personnelle, mais comme exemple de ce que les côtes marocaines pourraient permettre de construire.

Au fond, c’est peut-être là que cet épisode de The Shift devient plus intéressant qu’une simple rétrospective musicale. Plus de vingt ans après Tolerance, Ahmed Soultan ne semble pas particulièrement obsédé par l’idée de raconter ce qu’il a réussi. Il préfère expliquer ce qu’il a voulu préserver : ses racines, son indépendance, sa musique et sa liberté de décision. Une carrière menée comme une session de surf : choisir sa vague plutôt que monter sur toutes celles qui passent. Et lorsqu’on regarde le chemin parcouru du Souss aux scènes internationales, la métaphore n’a rien d’artificiel.

   

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