«Aux fils du caftan marocain» à Rabat : Caftan d’amour, Caftan encore et toujours !

by Mohamed Ameskane

Depuis le 9 février 2024, Oudayas, Musée National de la Parure, nous convie à une nouvelle exposition temporaire au titre bien trouvé. « Aux fils du caftan marocain » nous fait voyager dans l’univers chatoyant d’un habillement ô combien emblématique. par Mohamed Ameskane

Inauguré officiellement le 7 janvier 2023 par la Princesse Lalla Hasnaa, Présidente de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat, «Oudayas, Musée National de la Parure», l’un des plus sublimes de l’offre muséale nationale, connait un engouement sans précédent. De par son site, sa résidence palatiale, son jardin andalou, ses collections, avec ce don royal d’une collection unique de bijoux amazighs, l’espace attire depuis, des milliers de visiteurs nationaux et internationaux. Outre son accrochage permanent dans un écrin seigneurial, l’espace concocte des expositions temporaires autour du costume et des bijoux faisant appel à des créateurs d’ici et d’ailleurs. A l’occasion de son inauguration, carte blanche est donnée à trois stylistes qui subliment le caftan : Tamy Tazi, Zhor Raïs et Albert Oiknine. Comment oublier l’éblouissante Diva Italian Glamour Fashion Jewelley (du 24 mai au 23 juillet 2023) ? Une année après, comme pour célébrer sa première bougie, il nous invite à un accrochage didactique nous donnant à voir un survol de l’histoire, les significations, techniques et écoles du caftan national.

Voyage aux fils des étoffes

L’histoire du costume marocain reste à écrire. Il a fallu l’installation du protectorat et la mise en place des premiers musées
« ethnographiques » dont celui des Oudayas pour que des historiens, anthropologues et autres sociologues de l’école dite coloniale collectaient et questionnaient les objets de la vie quotidienne des Marocains. Une grande partie des pièces exposées à l’occasion de cet accrochage sont dénichées d’ailleurs des collections des musées des Oudayas et de Tétouan, enrichie par des caftans de deux généreuses donations de la Fondation Pierre Bergé et de la Maison de Couture Zhor Raïs.

Une trentaine de pièces, aussi sublimes les unes que les autres, portées par des mannequins statiques, l’ensemble placé dans cet espace blanc et aéré avec une lumière adéquate, racontent le Caftan, son histoire, ses significations esthétiques et sociétales. D’une pièce à l’autre, on voyage dans les étoffes, les tissus, les formes, les techniques, les broderies et l’univers des symboles géométriques, floraux et animaliers.

Si l’origine de l’habit se perd dans la nuit des temps, on constate son évolution au fil des époques. Les récits, les images échographiques mais surtout le savoir des artisanes et artisans nous permettent de tracer des jalons historiques et autres hypothèses. Une chose est sûre, le vêtement, devenu l’un des symboles incontournables de notre «marocanité», a subi des influences orientales, andalouses et récemment européennes.
Les analyses historiques et techniques dressent une carte du caftan marocain avec ses cinq lieux ou écoles. A parcourir l’exposition on apprécie les caftans de Fès, de Tétouan, de Rabat Salé, Marrakech et Oujda. En fonction de l’histoire de la cité, de son climat…elle confectionne des caftans à son image. Ici on a des coupes larges, ailleurs plus restreintes. Ici on affectionne le brocart, la soie, ailleurs, le velours. Les Marocains surnomment le brocart «caftan lekhrib»! Robe onéreuse, elle dépouille son acquéreur ! Signe de distinction sociale, on se ruine pour l’avoir ! Quant au Caftan ntaâ, en velours de soie, c’est au fil d’or, le fameux squalli, qu’il est brodé. 

Tout comme la Djellaba, le caftan est au départ porté par les hommes. Seuls les sultans et après les dignitaires le portaient. Au fil des ans, il se démocratise et fut porté par les classes citadines et aisées. Habit des grandes circonstances, notamment les mariages, il finit par être porté par l’ensemble de la population. Chacun selon ses moyens. Aujourd’hui, on peut même le louer. 

Depuis les années soixante, des Marocaines, initiées à la haute couture, Zina Guessous, Naïma Bennis, Zhor Sebti, revisitent la Caftan marocain et le mettent au goût du jour. En 1996, le magazine féminin Femmes du Maroc lance un événement original dédié à cette robe. Rebaptisé Caftan Wek, il fête cette année sa 24e édition à Marrakech du 9 au 12 mai. Dans l’attente de son classement au patrimoine de l’UNESCO en 2025, le Caftan marocain cultive son fabuleux destin. Symbole d’une identité enracinée et d’un art de vivre, il franchit les frontières et a comme fans Elisabeth Taylor, Aretha franklin, Oum Keltoum, Kim Kardashian, Alicia Keys, Catherine Deneuve…

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