À Rabat, les murs n’ont décidément plus vocation à se taire. D’aujourd’hui au 26 avril courant, la capitale accueille la 11e édition de Jidar – Rabat Street Art Festival, un rendez-vous désormais solidement installé dans le paysage culturel marocain. Lancé en 2015 par l’association EAC-L’Boulvart, le festival a accompagné, année après année, l’entrée du street art dans l’espace public avec une ambition claire : faire de la ville un territoire de création accessible à tous. En un peu plus d’une décennie, Jidar a déjà permis la réalisation de plus d’une centaine de fresques à Rabat, au point de transformer durablement le regard porté sur ses façades.
Cette édition 2026 poursuit ce travail de fond avec 15 nouvelles fresques murales réparties dans plusieurs quartiers de la ville. À Hassan, Marat Morik, Vesod, Nassim Azarzar et Iramo promettent des interventions où se croisent abstraction, narration visuelle et écritures contemporaines. À Yacoub El Mansour, le duo portugais Ruído et le Sud-Africain Keya Tama apporteront des univers plus identitaires, tandis qu’El Youssoufia et Agdal-Riad accueilleront notamment Marina Capdevila, Guillem Font, Jumu Monster, Azpeger, mais aussi les Marocains Rosh, Ritanosko, Mizmiz et RDS. Le choix des artistes dit beaucoup de l’ADN de Jidar : rester ouvert au monde sans perdre de vue l’essor d’une scène marocaine qui prend, d’année en année, une place de plus en plus affirmée.
Mais Jidar ne se contente pas d’aligner de grands noms sur des murs spectaculaires. Le festival insiste aussi sur la transmission, et c’est sans doute là qu’il gagne en profondeur. Le Mur collectif, programmé du 20 au 26 avril, réunira douze jeunes artistes et étudiants en écoles d’art sous la direction de Bakr, lui-même ancien participant du dispositif. Dans un univers où l’on valorise souvent l’œuvre finie, cette démarche rappelle que le street art est aussi une affaire d’apprentissage, de compagnonnage et de circulation des gestes. Cette attention portée à l’émergence permet au festival de ne pas seulement célébrer la création urbaine, mais de contribuer concrètement à son avenir.
Ce qui fait enfin la singularité de Jidar, c’est sa manière d’associer le public à cette métamorphose. Avec les visites guidées Rabat Art Explore et le Jidar Podcast, le festival propose plus qu’un parcours esthétique : une lecture vivante de la ville, de ses quartiers et des récits qui s’y inscrivent. Rabat ne devient pas seulement une galerie à ciel ouvert pour quelques jours ; elle confirme, au fil des éditions, sa capacité à faire dialoguer création contemporaine, espace public et appropriation citoyenne. Et dans une époque où tant de villes cherchent à raconter une identité culturelle forte, la capitale marocaine semble avoir trouvé une réponse simple, directe et terriblement efficace : laisser parler ses murs.