Le souffle du jazz s’est éteint : Sonny Rollins est mort à 95 ans

by La Rédaction

Une page majeure de l’histoire du jazz vient de se tourner. Sonny Rollins, figure monumentale du saxophone ténor et dernier géant vivant de l’âge d’or du bebop, est décédé lundi à l’âge de 95 ans dans sa maison de Woodstock, dans l’État de New York. L’annonce a été faite par son entourage via ses réseaux officiels, sans précision sur les causes exactes du décès.

Surnommé le “Saxophone Colossus” après la sortie de son album culte de 1956, Rollins incarnait une certaine idée du jazz : libre, exigeante et profondément spirituelle. Né à Harlem en 1930, il avait traversé toutes les époques, jouant aux côtés des plus grands comme Miles Davis, Thelonious Monk ou encore John Coltrane. Son jeu, immédiatement reconnaissable, mêlait puissance brute, improvisation vertigineuse et une étonnante capacité à faire respirer chaque note.

   

Contrairement à beaucoup de musiciens de sa génération, souvent emportés trop tôt par les excès ou les drames de l’époque, Sonny Rollins aura connu une carrière exceptionnellement longue. Même affaibli ces dernières années par des problèmes respiratoires, il est resté une référence absolue pour des générations de saxophonistes. Son retrait progressif de la scène à partir de 2012 n’avait en rien diminué son aura. Jusqu’au bout, il demeurait cette silhouette imposante à la barbe blanche, presque mythologique, dont chaque prise de parole sur la musique ou la spiritualité était écoutée avec respect.

L’histoire retiendra aussi son célèbre retrait artistique à la fin des années 1950. En quête de perfection et de sens, Rollins s’était éloigné des studios pour travailler seul pendant des mois sur le pont de Williamsburg, à New York. Une parenthèse devenue légendaire dans le monde du jazz, symbole d’un artiste refusant la facilité et préférant le silence au compromis. Cette quête intérieure nourrira ensuite des œuvres majeures comme “The Bridge” ou “Freedom Suite”, albums qui ont contribué à faire du jazz un territoire d’expression aussi politique qu’intime.

Avec la disparition de Sonny Rollins, c’est un lien direct avec l’âge d’or du jazz américain qui disparaît. Mais son héritage, lui, reste intact : une discographie monumentale, des improvisations devenues des leçons de liberté, et cette conviction rare que la musique pouvait encore élever l’âme.

   

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