À Casablanca, la CMOOA (Compagnie Marocaine des Œuvres et Objets d’Art) célèbre l’intensité du regard européen porté sur le Maroc du début du XXe siècle, avec une vente aux enchères exceptionnelle intitulée Modernités plurielles au Maroc. L’exposition publique, visible jusqu’au 10 février à l’hôtel des ventes de la CMOOA, dévoile une sélection rare d’œuvres signées Bernard Boutet de Monvel, José Cruz Herrera, Étienne Dinet ou encore Édouard Édy-Legrand. La vacation aura lieu le 11 février à 17h, réunissant des pièces qui ont su capturer la richesse humaine, sociale et sensorielle du Maroc à travers le prisme de l’art moderne occidental.
Il ne s’agit pas ici d’un simple exotisme pictural, mais d’un regard attentif, précis, souvent empathique, posé sur les scènes de vie marocaines. Dans Femmes aux tapis (Soleil), peinte à Marrakech en 1919, Boutet de Monvel déploie une rigueur formelle quasi architecturale pour rendre hommage aux silhouettes voilées et aux textures des tapis, entre lumière et silence. Chez José Cruz Herrera, c’est le portrait qui s’impose avec Jamila, la mora blanca, un face-à-face troublant où le réalisme sert l’élégance et la dignité du sujet. Ces artistes, étrangers au pays, n’en offrent pas moins une lecture précise de son intimité quotidienne.
Cette approche artistique, loin des clichés orientalistes, révèle notamment une modernité assumée, souvent nourrie par l’observation directe des coutumes et des personnes. Édouard Édy-Legrand, trente ans après Boutet de Monvel, adopte une posture résolument expressionniste mais tout aussi respectueuse. Dans Femmes de Goulimine, sa palette éclatante et gestuelle magnifie la vitalité du sud marocain, sans jamais trahir la justesse des attitudes. Même Étienne Dinet, dans Mère et enfant à Bou Saâda, saisit une tendresse universelle dans un cadre désertique, rendant hommage à l’humain avant tout.
Plus qu’une simple vacation, cet événement de la CMOOA s’impose donc comme un moment de transmission artistique et historique. Les œuvres mises aux enchères racontent un Maroc vu par des yeux venus d’ailleurs, mais profondément ancrés dans l’expérience du territoire. C’est cette pluralité des regards – respectueux, modernes, souvent admiratifs – que célèbre Modernités plurielles au Maroc. Et c’est aussi ce qui rend cette vente du 11 février si précieuse : une occasion rare d’acquérir une mémoire artistique partagée.