À partir du 9 mai 2026, le Royaume du Maroc investit pour la première fois la Biennale de Venise — Biennale Arte 2026 — avec un pavillon national installé à l’Arsenale. Un moment fondateur pour la scène artistique marocaine, qui s’inscrit d’emblée dans une proposition à la fois sensible et structurée. Intitulée “Asǝṭṭa”, l’installation monumentale imaginée par Amina Agueznay et portée par la curatrice Meriem Berrada s’annonce comme une immersion dans l’univers des savoir-faire ancestraux.
Derrière ce projet, il y a une trajectoire singulière. Architecte de formation, Amina Agueznay explore depuis plus de vingt ans les frontières entre artisanat et création contemporaine, collaborant avec des artisans aux quatre coins du Maroc, de Casablanca aux villages les plus reculés de l’Atlas. Son travail ne se contente pas de préserver : il transforme, questionne et réactive des gestes parfois millénaires. Avec “Asǝṭṭa” — un mot amazigh évoquant le tissage rituel — elle pousse encore plus loin cette réflexion, en proposant une œuvre qui ne se regarde pas seulement, mais se traverse presque comme un passage.
Car c’est bien de seuil qu’il s’agit ici. Pensée spécifiquement pour la Salle des Artiglierie, au cœur de l’Arsenale, l’installation dialogue avec le thème de cette édition, “In Minor Keys”, imaginé par Koyo Kouoh. Entre architecture, textile et symbolisme, le pavillon marocain s’articule autour de cette idée de transition : entre passé et présent, entre geste artisanal et langage artistique, entre mémoire collective et création vivante. Le visiteur est invité à entrer dans un espace où la matière raconte autant que la forme, où chaque fibre semble porter une histoire.
Mais au-delà de l’esthétique, le projet pose une question essentielle : quelle place accorde-t-on aujourd’hui à celles et ceux qui perpétuent ces savoirs ? “Asǝṭṭa” rend hommage à ces artisans souvent invisibles, en les repositionnant au cœur du processus créatif. Ils ne sont plus de simples exécutants, mais des acteurs essentiels d’un récit en mouvement. Comme le souligne Meriem Berrada, il s’agit ici d’une “transmission vivante”, où l’artisanat devient un langage, une pensée en action.
Avec ce pavillon, le Maroc ne se contente pas de participer à un événement majeur de l’art contemporain. Il y affirme une vision : celle d’un patrimoine considéré comme une matière vivante, capable d’évoluer sans se renier. Une entrée remarquée, qui pourrait bien redéfinir les contours du dialogue entre tradition et modernité sur la scène internationale.