Entre fusions légendaires, ferveur populaire record et dialogue académique , la cité des Alizés s’est affirmée, trois jours durant, comme la capitale vibrante des musiques du monde. Retour sur un cru 2026 exceptionnel.
Le vent de Mogador a une nouvelle fois propagé les vibrations envoûtantes des qraqeb et du guembri. Clôturant sa 27ème édition ce samedi 27 juin 2026, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira a non seulement tenu ses promesses, mais a établi de nouveaux standards en matière de célébration culturelle et de dialogue intercontinental.
Pendant trois jours, Essaouira s’est transformée en un gigantesque théâtre à ciel ouvert. L’ampleur de l’événement donne le tournis : plus de 300 musiciens ont convergé vers la ville, menés par une garde rapprochée de 43 maâlems gnaoua venus de toutes les régions du Maroc pour perpétuer ce patrimoine immatériel de l’UNESCO.
Déployé sur sept scènes stratégiques, le festival a su alterner les ambiances. Si la monumentale Scène Moulay Hassan a vibré au rythme des foules massives, les espaces plus intimistes comme les zaouïas historiques et Dar Souiri ont offert des moments de pure communion spirituelle. Le public, quant à lui, a répondu présent en masse. Après avoir franchi le cap historique des 300 000 festivaliers l’année dernière, l’édition 2026 confirme et consolide une affluence record, s’imposant définitivement comme le poumon touristique et culturel de la région en ce début d’été.
L’ADN du festival repose sur l’altérité et le métissage musical, et la programmation de cette année a offert des moments d’anthologie. Dès l’ouverture, le ton était donné : la traditionnelle et colorée parade des maâlems s’est conclue par un concert d’une rare puissance, unissant le virtuose Mehdi Nassouli à un ensemble d’artistes rwandais. Une célébration viscérale des racines africaines communes qui a ému le public.
Les jours suivants ont vu naître des dialogues musicaux inédits . La rencontre tellurique entre le grand Maâlem Hamid El Kasri et le roi du carnaval brésilien, Carlinhos Brown, a créé un pont rythmique et atlantique d’une énergie folle. Dans un registre plus feutré mais tout aussi virtuose, la diva marocaine Asma Lmnawar et le légendaire bassiste camerounais Richard Bona ont croisé leurs univers avec une justesse saluée par toute la critique. Du côté de la scène nationale, les indéboulonnables Hoba Hoba Spirit ont prouvé dès le premier soir que leur rock-gnaoua n’avait rien perdu de sa superbe, embrasant littéralement la foule.
Le Festival d’Essaouira s’affirme d’année en année comme un laboratoire d’idées. La 13ème édition du forum de la Chaire des Transitions s’est emparée d’une thématique cruciale : « Jeunesses du Monde : Liberté, Identité, Avenir ». Intellectuels, artistes et anthropologues y ont mené des débats passionnés sur le rôle de la culture face aux défis contemporains des nouvelles générations.
La transmission s’est également matérialisée par des accords d’apprentissage concrets. Pour la troisième année consécutive, le prestigieux Berklee College of Music de Boston a posé ses valises à Essaouira. Son programme de formation dédié a permis à de jeunes musiciens de jeter un pont unique entre la rigueur académique occidentale et la tradition orale, mystique et séculaire de l’art Gnaoua.
En réussissant à marier l’exigence d’une immersion spirituelle ancestrale à l’ouverture d’une fête universelle, Essaouira démontre qu’elle reste, contre vents et marées, le plus beau carrefour des civilisations.






























