Le Maroc sort du décor et entre en scène

by La Rédaction

C’est un coup de projecteur remarqué que consacre cette semaine le magazine américain Variety au cinéma marocain. Référence historique de la presse professionnelle à Hollywood, le titre consacre un large zoom à la montée en puissance du royaume sur la scène internationale. Un signal fort : lorsque Variety s’intéresse à un territoire, c’est que l’industrie mondiale commence à le considérer comme un acteur stratégique.

Longtemps, le Maroc a été le théâtre silencieux des grandes épopées internationales. Ses dunes ont incarné des déserts mythiques, ses kasbahs ont prêté leurs silhouettes à d’innombrables fresques historiques et ses studios ont accueilli les équipes les plus prestigieuses. Aujourd’hui, alors que des productions comme “The Odyssey” de Christopher Nolan ou “Sirāt” d’Oliver Laxe viennent une nouvelle fois exploiter la puissance visuelle du territoire, le royaume ne se contente plus d’être un simple décor. Il revendique sa place dans le générique créatif.

   

Ce basculement s’est accéléré en 2018 avec l’introduction d’un crédit d’impôt plafonné à 30 %, un levier structurant piloté par le Centre cinématographique marocain. En 2025, 23 longs-métrages étrangers ont bénéficié de ce dispositif, générant plus de 165 millions de dollars d’investissement local. Dans le même temps, la production nationale a connu une progression spectaculaire : 54 films marocains produits l’an dernier, contre seulement quatre au début des années 2000. Une croissance qui traduit une mutation profonde, portée par une professionnalisation accrue des équipes et des producteurs.

Le Marrakech Film Festival joue un rôle clé dans cette dynamique. À travers ses Atlas Workshops, lancés également en 2018, plus de 150 projets ont été accompagnés, permettant à une nouvelle génération de cinéastes d’accéder aux marchés internationaux. Des talents comme Asmae El Moudir, saluée en 2023 pour “The Mother of All Lies”, incarnent cette ambition renouvelée : raconter des histoires profondément marocaines tout en visant une résonance universelle.

Aujourd’hui, la stratégie est claire. À Berlin, dix producteurs marocains défendent leurs projets face aux partenaires européens et internationaux. La réalisatrice Laila Marrakchi y présente notamment “Strawberries”, tandis que la productrice Khadija Alami porte la série “K-1”, pensée selon les standards internationaux du showrunner. Le Maroc ne cherche plus seulement à accueillir les tournages étrangers ; il entend exporter ses récits, structurer son industrie et affirmer sa souveraineté narrative.

Le regard de Variety agit ici comme un révélateur. Ce n’est plus uniquement une terre de décors spectaculaires, mais un pays d’auteurs, de producteurs et de visions. Le Maroc entre dans une nouvelle phase : celle où l’on ne vient plus seulement y tourner, mais y collaborer.

   

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