Depuis le 5 janvier, les enfants britanniques ne verront plus défiler les spots colorés vantant sodas, céréales sucrées ou nuggets croustillants avant leur coucher. Le Royaume-Uni vient de franchir un cap inédit en interdisant, à la télévision avant 21h et sur tous les canaux en ligne, la publicité pour les produits jugés trop gras, sucrés ou salés. Une mesure forte, portée par le gouvernement travailliste, pour enrayer la flambée de l’obésité infantile dans le pays.
Car les chiffres sont alarmants : près de 36 % des enfants de dix ans y sont en surpoids ou obèses. Un phénomène qui n’épargne aucun milieu social et pèse lourd sur le système de santé. Selon une étude présentée au Congrès européen sur l’obésité, il suffit de cinq minutes d’exposition à ce type de publicité pour provoquer une surconsommation immédiate chez les enfants. Dès lors, les autorités ont tranché : treize grandes catégories de produits, des glaces aux pizzas industrielles en passant par les biscuits et les boissons sucrées, ne peuvent plus être promues sur les écrans.
Le gouvernement espère ainsi inciter les industriels à revoir leurs recettes. Une pression assumée, basée sur un système de notation nutritionnelle, qui classe les aliments selon leur teneur en sucre, sel, graisses et protéines. Et si des marques comme Coca-Cola ou Nestlé, via leur fédération professionnelle, assurent appliquer ces règles depuis octobre, les marges de manœuvre publicitaires restent nombreuses.
En effet, la loi n’interdit pas les publicités dites “institutionnelles”, c’est-à-dire mettant en avant la marque plutôt que le produit. Un flou qui pourrait diluer l’impact de la mesure, comme le craignent certains observateurs. Par ailleurs, les affiches publicitaires, tant qu’elles ne sont pas situées à proximité immédiate d’écoles ou de centres accueillant des enfants, ne sont pas concernées par l’interdiction.
Ce virage réglementaire, inédit en Europe, suscite un intérêt croissant au-delà des frontières britanniques. Car face à la progression de l’obésité infantile, de nombreux pays s’interrogent sur les leviers réellement efficaces pour protéger les plus jeunes du marketing agressif de l’agro-industrie. Le Royaume-Uni, en osant cette rupture, pourrait bien inspirer de nouveaux modèles de régulation.