CHRONIQUE : VITOLES & VOLUTES #1

by La Rédaction

Amis amateurs, qui ces derniers mois, n’a pas en soulevant avec tendresse le couvercle de sa cave à cigares, élevé secrètement ces belles vitoles au rang de 1er compagnon du confinement 2020. Devenu au fil des années symbole incontestable d’une appartenance à la grande famille d’Epicure, le cigare a gagné, mieux que ses lettres de noblesse, sa place auprès des amateurs du bon vivre. Bien sûr, il convient de garder à l’esprit qu’il doit être consommé avec modération.

Ce qui rassemble les fumeurs de cigare, c’est le plaisir du partage d’un bon moment. Certains diront même un bon et long moment, sachant qu’au-delà d’un certain module, le temps de fumage peut allègrement dépasser une à deux heures…soyons honnêtes, c’est quand même moins long qu’un parcours de golf, quoique l’un pouvant parfaitement accompagner l’autre.

Toujours dans l’esprit d’Epicure, à l’instar de la gastronomie, on peut savourer la qualité d’un plat, sans être obligé d’être cuisinier, ni d’en maitriser la recette. Comme en cuisine, ou en œnologie, le cigare a ses standards, son histoire, ses anecdotes, ses rituels et son vocabulaire. C’est tout cela que nous allons essayer de partager au fil du temps dans cette modeste rubrique, en découvrant ensemble les plus belles vitoles à notre disposition sous le soleil du Maroc.

Le choix sera difficile et nous alternerons au fil du temps découverte, dégustation, accessoires, avec histoires et anecdotes.

Ce qu’il faut garder à l’esprit lorsqu’on entre dans l’univers du cigare, c’est que le meilleur n’est pas fonction de la bague ou du prix. Le meilleur cigare du monde, reste que celui que vous aimez.

Si le cigare existe depuis la nuit des temps, voire plus longtemps, l’arrivée des vitoles commerciales est beaucoup plus récente. Il vous faudra toutefois payer un généalogiste pour identifier un aïeul qui aurait allumé le tout premier Partagas, puisque ce dernier serait né sous cette appellation vers 1845. Vous l’aurez compris, évoquer avec vous l’univers du cigare sans succomber à la tentation était mission impossible, alors pour allier le plaisir à l’agréable, c’est donc en allumant un Partagas que m’est venue l’idée d’en faire l’objet de toute nos attentions aujourd’hui. Oui mais lequel ? 

Le choix est difficile, il m’a donc fallu m’appuyer sur des critères d’objectivité et de neutralité totalement égoïstes, pour finalement décider que le support du jour serait un très beau Partagas Maduro Numero 1.

Cet usurpateur de Module se laisse appeler Robusto, alors qu’en réalité il n’en a pas exactement les dimensions en étant un chouya plus grand (on chipote, mais presque 6mm d’écart). Immédiatement ce Puros, plus précisément cet Habano séduit par la beauté de sa Cape Maduro qui affiche une bague doublée du nom de sa Vitole, premier d’une nouvelle Linea née en 2015. Il est la promesse d’un plaisir à venir, et dès le toucher on réalise la qualité du travail du Torcedor. Le lecteur attentif aura remarqué ce jargon spécifique incompréhensible qu’il conviendrait de définir pour les non-initiés. Effectivement, le monde du cigare a son vocabulaire et nous ferons en sorte, de devenir bilingues dans nos prochaines chroniques, mais pour le moment, place au rituel et à l’essentiel. 

S’il a été bien conservé dans une cave avec une humidité saturée aux environs de 70%, la cape offre un aspect un peu gras tandis qu’entre vos doigts ce module affiche une consistance souple et moelleuse. Votre cigare ne doit en aucun cas être dur et sec, et encore moins croustillant. A choisir du croustillant, régalez-vous plutôt d’un cigare aux amandes. Donc si votre cigare est trop sec, remettez-le en cave et allumez une botte de paille, l’effet sera le même, mais vous coûtera beaucoup moins cher. Car, oui, si le plaisir n’a pas de prix, le cigare a tout de même un coût.

Coté équipement, avant de vous laisser choir au fond de votre fauteuil club, pensez à vous munir d’un cendrier digne de ce nom, d’un coupe cigare et de feu. Bien entendu, prévoir un petit verre de quelque chose en accompagnement n’est pas du tout interdit. Avant de relâcher les premières volutes de cette vitole, nous avons deux étapes à franchir dans l’ordre, car l’inverse ne fonctionne pas : couper la tête, allumer le pied ! La coupe doit être franche, nette et dans l’idéal libérer tout le Cepo (diamètre) pour un tirage optimal. Attention toutefois de ne pas laisser un quart de votre cigare dans cette opération, restons modestes sur la décapitation, pas plus de 2mm. L’allumage quant à lui se fera avec douceur et tendresse. Cela ne vous rappelle rien ?

Il convient d’allumer la tripe sans carboniser la cape afin d’avoir un tirage agréable et une combustion régulière. Aujourd’hui le briquet type chalumeau est devenu une référence, mais pour l’élégance du geste, une grande allumette, voire une feuille de cèdre confirmeront votre expertise aux yeux du public. Evitez de passer pour un Cowboy, laissez le Zippo au tiroir. 

Ce cigare mérite qu’on lui accorde du temps, et qu’on le fume lentement, sinon sa puissance vous rappellera vite à l’ordre ! Donc si vous avez cinq rendez-vous dans l’heure qui suit ou si vous votre vie dépend des douze prochains coups de téléphone dans cette même heure, remettez délicatement votre Partagas dans sa cave, ce sera pour une prochaine fois. 

Première aspiration, premières sensations. Il est d’usage de dire que le cigare se fume en trois parties, le foin, le divin, et le purin. Vous entendrez souvent parler des 3 tiers. Mon prof de math va faire des bons dans sa maison de retraite, mais le cigare idéal se compose en fait de 4 tiers inégaux. Un petit tiers de foin, deux gros tiers de Divin et un petit tiers de Purin. Ici, dès l’allumage, le foin, annonce très vite la couleur, la bête est puissante et les arômes qui montent en température sont prometteurs. De toute évidence nous sommes face à un cigare pour amateur confirmé, certains diront même « un cigare pour les hommes » ! Laissez le temps au temps, laissez le foin s’échauffer et venir doucement allumer le divin.

Ce qui marque tout de suite, c’est la qualité du tirage qui tutoie l’absolu. La fumée épaisse, ronde et légèrement grasse vous envahit dans un sentiment immédiat de plénitude confrontée à l’impatience de découvrir le divin. La combustion est si parfaite que la cendre, telle la lave d’un volcan, se solidarise sur son pied. Mais soyons réalistes, elle ne va pas tarder à vous tomber sur la chemise, alors on approche du divin, séparez-vous de cette première cendre par une petite tape au-dessus du cendrier, cela vous évitera un drame avec madame. La température s’équilibre, vous sentez ces épices boisées, ce petit arrière-goût d’une célèbre pâte à tartiner, un peu noisette, un peu chocolat ? Le divin s’ouvre à vous pour les 40 prochaines minutes. Là aussi, patience et sérénité dans le tirage. Si le purin est inévitable, évitons de le faire venir trop tôt. Toutes les bonnes choses ont une fin, le rôle du purin est de vous faire accepter l’idée que la séparation avec cet être cher n’est plus très loin, et accessoirement au regard du peu de cigare qu’il vous reste, de faire attention à ne pas vous brûler les doigts. Ce dernier petit tiers concentre tous les gaz résiduels de la combustion et de la nicotine, d’où cette petite sensation d’amertume. C’est à ce moment que l’expert que vous êtes va une fois encore épater le public par sa maitrise du fumage, en procédant à un petit dégazage. En plus d’être utile, le visuel est plaisant. Toujours avec tendresse, faites tomber le trop de cendre, sinon l’opération de dégazage va vous emmener directement au pressing. Allumez votre chalumeau, ou votre allumette, bref approchez le pied (du cigare, pas le vôtre) d’une flamme et doucement mais décidé, soufflez dans votre module 2 ou 3 fois. Les gaz concentrés viendront tels des feux follets s’enflammer, danser devant votre cigare, et redonner ainsi quelques instants de divin à votre purin. Maintenant, soyons conscients, le principe d’une combustion c’est que sa progression a pour conséquence automatique, la diminution du combustible. Le moment est venu de vous séparer de ce qu’il reste de votre cigare, alors soyez respectueux et reconnaissants envers un module qui vient de vous offrir un si bon moment de plénitude. Posez-le à plat dans le cendrier, sur sa propre cendre et laissez-le mourir dignement tout seul, il s’éteindra en quelques secondes. Evitez de l’écraser tel un mégot de cigarette, toute l’élégance affichée précédemment n’aurait alors servi à rien. Je viens de poser mon cigare sur son lit de cendres. Vous allez sans doute allumer le vôtre, alors bonne dégustation, et à bientôt, pour un nouvel épisode sur le cigare, ses vérités et ses légendes.

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