Des photos qui disparaissent en quelques secondes, des messages éphémères et des flammes qu’on entretient quotidiennement entre amis. Snapchat a bâti son succès sur une formule devenue incontournable chez les adolescents. Mais ce mercredi 28 octobre, c’est une tout autre histoire qui s’écrit à Los Angeles. Pour la première fois, la célèbre application au fantôme jaune doit se défendre devant un jury populaire américain, aux côtés d’Instagram, propriété de Meta. Au cœur de cette affaire : des accusations selon lesquelles les plateformes auraient été conçues pour favoriser une utilisation compulsive chez les jeunes, avec de possibles conséquences sur leur santé mentale. Une nouvelle épreuve judiciaire pour les géants des réseaux sociaux, dont les fonctionnalités les plus populaires se retrouvent désormais sous le regard des magistrats.
À l’origine du procès, deux jeunes Américaines, âgées de 16 et 18 ans, qui mettent en cause les mécanismes de ces applications. Dépression, anxiété, troubles alimentaires et automutilation figurent parmi les préjudices invoqués par leurs avocats. Les fameuses « flammes » de Snapchat, qui encouragent les utilisateurs à échanger chaque jour pour maintenir une série de messages, font notamment partie des fonctionnalités contestées. La sélection des jurés débute ce 28 octobre, avant l’ouverture des débats prévue le 4 novembre. Les patrons des deux groupes, Evan Spiegel et Mark Zuckerberg, ainsi que le responsable d’Instagram, Adam Mosseri, pourraient être appelés à témoigner à la mi-novembre. Snapchat conteste les accusations et défend une application principalement consacrée à la messagerie, dont la conception serait, selon l’entreprise, mal représentée par les plaignantes.
L’affaire pourrait peser bien au-delà de la Californie. En mars dernier, un premier procès avait déjà abouti à une condamnation de Meta et YouTube, contraints par un jury de verser ensemble 6 millions de dollars à une jeune plaignante, une décision dont les entreprises ont fait appel. Cette fois, les dossiers examinés à Los Angeles pourraient servir de référence à des milliers d’autres plaintes aux États-Unis. Snapchat, qui avait jusqu’ici évité de telles audiences grâce à des accords amiables, se retrouve donc dans une position inédite. Reste à savoir si la justice considérera certaines fonctionnalités comme de simples outils de communication ou comme des mécanismes susceptibles d’entretenir la dépendance. Sur Snapchat, les messages s’effacent. Les questions posées par ce procès, elles, pourraient bien rester.