Il est de ces objets si familiers qu’on finit presque par ne plus les regarder. Entre les mains de Mustapha Boujemaoui, le verre de thé marocain a pourtant quitté depuis longtemps la table familiale pour devenir un langage pictural. Répété, fragmenté, agrandi, parfois presque dissous dans la matière, il traverse l’œuvre de l’artiste comme un fil rouge. C’est cette histoire, construite au fil de cinq décennies de création, que l’exposition « Œuvres choisies » s’apprête à raconter à Casablanca.
Présentée du 13 octobre au 10 novembre à l’American Arts Center de Casablanca, sous le commissariat de Youssef Bennani, l’exposition rassemble des œuvres couvrant quelque cinquante années du parcours de Boujemaoui. Elle prolonge une année particulièrement casablancaise pour l’artiste : depuis juin, la Villa Carl Ficke – Musée de la Mémoire de Casablanca lui consacre également « La poétique des formes », une exposition de la Fondation Nationale des Musées visible jusqu’au 30 novembre.
Né en 1952 et passé par les Beaux-Arts de Tétouan avant de poursuivre sa formation à Bruxelles et à Paris, Mustapha Boujemaoui a fait de la répétition et de la transparence deux éléments essentiels de son vocabulaire. Toile, papier, bois, peinture, collage ou gravure : les techniques changent, mais certains signes demeurent. Parmi eux, ce fameux verre à thé, débarrassé de sa simple fonction quotidienne pour devenir tour à tour géométrie, souvenir, rythme et abstraction. Derrière sa simplicité affleurent aussi l’hospitalité, la convivialité et une certaine mémoire collective marocaine.
C’est peut-être là que réside toute la singularité de son travail : prendre ce que chacun connaît et parvenir à le faire regarder autrement. Après cinquante ans de recherches, le petit verre marocain est toujours là. Mais chez Boujemaoui, à force d’être peint, répété et réinventé, il ne contient plus seulement du thé : il contient un peu de temps.