Récits judiciaires, thrillers tendus, films politiques ancrés dans le réel : dès les premières annonces, la Berlinale 2026 affirme une orientation claire. La sélection de cette année privilégie un cinéma sérieux, souvent inconfortable, qui explore la justice, la responsabilité individuelle et les zones grises du pouvoir. Avant-premières et projections presse donnent le ton : ici, le suspense sert le fond, pas l’inverse.
Cette ligne se lit dans les films en compétition. À voix basse de Leyla Bouzid interroge les silences familiaux et le poids du retour au pays, portée par Hiam Abbass. Josephine de Beth de Araújo, avec Channing Tatum, aborde frontalement les conséquences d’un traumatisme sur une enfant et son entourage. At the Sea de Kornél Mundruczó, avec Amy Adams, s’annonce comme un drame psychologique sur la reconstruction, tandis que Rose de Markus Schleinzer, porté par Sandra Hüller, plonge dans un XVIIᵉ siècle austère et troublant. Rosebush Pruning de Karim Aïnouz, avec Elle Fanning et Riley Keough, revisite quant à lui un classique du cinéma italien à travers une lecture contemporaine de la violence familiale.
La présence de figures majeures du cinéma international renforce cette orientation d’auteur. Juliette Binoche est attendue en compétition avec Queen at Sea de Lance Hammer, fidèle à des projets exigeants. Pamela Anderson, présente dans Rosebush Pruning, poursuit une trajectoire remarquée vers des rôles plus sombres et plus complexes, loin de toute image décorative. À Berlin, le casting ne sert pas l’effet d’annonce, mais le propos des films.
Film d’ouverture de cette 76ᵉ édition, No Good Men de Shahrbanoo Sadat confirme ce choix éditorial. Sans l’afficher comme un manifeste, la Berlinale cultive une forme d’anti-Hollywood chic : élégance sobre, récits exigeants, films qui acceptent de diviser plutôt que de rassurer. À Berlin, le cinéma n’est pas un exercice de séduction. Il reste un espace de confrontation avec le réel.
