Le cinéma franco-marocain s’enrichit d’une œuvre rare, viscérale et lumineuse. Avec son nouveau long-métrage intitulé Autisto, le réalisateur Jérôme Cohen-Olivar (à qui l’on doit déjà Kandisha et L’Orchestre de minuit) livre son projet le plus intime, né de son propre combat de père face à l’autisme sévère de son fils. Produit avec conviction par Zhor Fassi-Fihri (Z Films), ce drame humain explore sans artifice un univers souvent incompris, mais habité d’une profonde poésie.
Une histoire d’amour, de chaos et de rencontres inattendues
Au cœur du récit se trouve Malika (interprétée par Loubna Abidar), une mère courage dont le quotidien est une tempête permanente. Son fils Adam (incarné par Youssef Bouguerra) est plongé dans le silence d’un autisme profond, où les sensations et les rituels remplacent les mots. Rongée par des nuits sans sommeil et par l’angoisse lancinante de ce qu’il adviendra de lui lorsqu’elle ne sera plus là, Malika se retrouve confrontée au déchirement de devoir envisager le placement d’Adam dans un centre spécialisé.
C’est au bord de ce gouffre qu’apparaît Mahmoud (joué par Ismail Kanater). Ce gardien de cimetière marginal, véritable poète des ombres qui murmure aux morts la nuit et danse sous le soleil le jour, va bouleverser leur fragile équilibre. Entre cet homme au regard hanté et l’adolescent naît immédiatement une connexion presque mystique, une amitié silencieuse bâtie sur une même vibration. Si ces escapades offrent à Adam un espace de liberté inédit, elles éveillent chez Malika un vertige nouveau : l’espoir mêlé à la peur viscérale de perdre sa place centrale dans le monde intérieur de son enfant.
Le regard sincère d’un père et d’une équipe engagée
Loin du misérabilisme, Jérôme Cohen-Olivar filme cette « guerre silencieuse » avec l’intuition que, derrière l’épuisement et la douleur, réside une forme de magie. « Certaines batailles ne sont pas faites pour être gagnées, mais pour être vécues pleinement, avec grâce et courage », confie le cinéaste dans sa note d’intention.
Cet engagement trouve un écho puissant chez sa productrice, Zhor Fassi-Fihri. Touchée par l’histoire personnelle du réalisateur, elle a fait de ce film une véritable mission de vie afin de soutenir et visibiliser les familles confrontées aux mêmes épreuves.
Un parcours déjà salué à l’international
Avant même de conquérir le grand public, Autisto a su émouvoir les jurys et les festivaliers à travers le monde, accumulant les distinctions prestigieuses :
Prix du Meilleur Long-Métrage (Best Feature Film Award) à l’Amsterdam New Cinema Film Festival (novembre 2024).
Prix de l’Interprétation Exceptionnelle au Festival International du Film de Fort Lauderdale (2026).
Sélections remarquées au Festival du Film Francophone d’Angoulême (août 2025), au Festival National du Film de Tanger (octobre 2025), au Festival International du Film de Marrakech en section Panorama (2025), ainsi qu’au Luleå International Film Festival en Suède (août 2026).
Porté par un trio d’acteurs habités, Autisto s’impose comme une œuvre nécessaire qui rapproche les cœurs et rappelle que la différence est avant tout un autre langage de l’âme.




