« NAZA », le documentaire qui ausculte la guerre à Gaza de l’intérieur

by La Rédaction

Il arrive précédé d’un prix majeur à Venise et d’une violente controverse en Israël. « NAZA », documentaire de 80 minutes réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, s’intéresse aux mécanismes qui président à la sélection des cibles et aux frappes israéliennes dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Présenté en compétition officielle à la 83e Mostra de Venise, le film y a remporté le Prix spécial du jury après une première accompagnée d’une ovation d’environ 25 minutes.

Le dispositif est volontairement dépouillé. Filmés de nuit sur les toits de Tel-Aviv, 24 membres ou anciens membres de l’armée et des services de renseignement israéliens témoignent anonymement, leurs visages et leurs voix étant modifiés. Ils décrivent de l’intérieur les procédures de ciblage, la surveillance et l’utilisation de systèmes reposant sur l’intelligence artificielle. Le titre lui-même renvoie à « nezek agavi », expression hébraïque utilisée pour désigner les dommages collatéraux et, dans le contexte décrit par le film, le nombre de civils susceptibles d’être tués lors d’une frappe. Les réalisateurs s’appuient sur des enquêtes menées ces dernières années par The Guardian, +972 Magazine et Local Call.

   

Certaines affirmations contenues dans « NAZA » sont particulièrement lourdes. Des témoins interrogés dans le documentaire décrivent notamment des systèmes permettant d’identifier rapidement de nombreuses cibles présumées du Hamas et évoquent des seuils de victimes civiles considérés comme acceptables pour certaines opérations. L’un d’eux affirme qu’une frappe aurait pu être autorisée avec une estimation allant jusqu’à 500 victimes civiles pour une cible. Il s’agit ici de témoignages et d’accusations présentés par le film, et non de règles militaires établies indépendamment. L’armée et des responsables israéliens ont rejeté les accusations portées par le documentaire et contesté vivement la manière dont il présente la conduite de la guerre.

La réaction politique en Israël a d’ailleurs été spectaculaire. Le ministre de la Culture, Miki Zohar, a demandé une enquête sur l’origine des informations et documents utilisés par les réalisateurs et appelé à leur retirer la citoyenneté israélienne. Les deux cinéastes ont été publiquement traités de « traîtres », tandis que des rassemblements hostiles ont eu lieu devant le domicile de Rachel Szor. Cette tempête intervient un an après l’Oscar du meilleur documentaire remporté par « No Other Land », que Yuval Abraham et Rachel Szor avaient coréalisé avec les Palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal.

Derrière « NAZA » se trouve également une équipe de cinéma particulièrement remarquée : le film est produit par The Guardian et JW Films, avec Jonathan Glazer, réalisateur oscarisé de « The Zone of Interest », comme producteur exécutif. Après Venise, le documentaire entame désormais son parcours international. Contrairement à une première annonce évoquant le 30 septembre en France, sa sortie française est désormais annoncée sous une forme exceptionnelle les 12 et 13 octobre 2026, avant une mise en ligne gratuite sur le site du Guardian fin novembre. Au-delà des positions que le film ne manquera pas de provoquer, « NAZA » place ainsi au centre de l’écran une question devenue majeure dans les conflits contemporains : jusqu’où la technologie et l’intelligence artificielle peuvent-elles intervenir dans des décisions où des vies humaines sont directement en jeu ?

   

Vous aimerez aussi