Avant que la climatisation ne devienne un réflexe, le Maroc avait déjà une réponse à la chaleur : la terre. Dans le Sud et les régions présahariennes, le pisé, le toub et la terre crue ont façonné des maisons, des kasbahs, des remparts et des ksour entiers. Aït Ben Haddou en reste l’image la plus célèbre, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et reconnue comme l’un des grands exemples de l’architecture en terre du Sud marocain.
Ce choix n’était pas seulement dicté par les matériaux disponibles. Épais, massifs, adaptés au climat, les murs en terre possèdent une forte inertie thermique : ils emmagasinent la chaleur et en ralentissent la transmission vers l’intérieur. Une manière de composer avec les températures bien avant l’arrivée des climatiseurs. Au XXe siècle, le béton, la brique et le parpaing se sont progressivement imposés, portés par de nouvelles normes, des chantiers plus standardisés et une certaine idée de la modernité. La terre a reculé, tout comme certains savoir-faire qui l’accompagnaient.
Mais elle n’a jamais complètement disparu. Depuis plusieurs décennies, des architectes marocains la réinterprètent. Élie Mouyal l’a largement intégrée à son architecture contemporaine autour de Marrakech, tandis que Salima Naji poursuit un travail de restauration et de création autour des matériaux naturels, notamment la terre et la pierre. Son Centre du patrimoine vivant de Tiznit a d’ailleurs été distingué aux Terra Landscape Architectural Awards 2026, une reconnaissance internationale qui confirme la pertinence de ces approches sobres et enracinées.
À Ouirgane, Khalil Morad El Ghilali porte également un projet de logements en pisé ; avec El Mehdi Belyasmine, il a consacré le pavillon marocain de la Biennale d’architecture de Venise 2025 aux matériaux locaux et aux savoir-faire constructifs. Le projet, intitulé Materiae Palimpsest, met en avant les techniques de construction en terre et les cultures constructives marocaines, non comme un folklore figé, mais comme une matière d’avenir.
Il ne s’agit pas de prétendre que la terre remplacera le béton partout. Mais face à des étés toujours plus chauds, son retour pose une question essentielle : et si construire demain consistait aussi à retrouver une intelligence climatique que le Maroc possédait déjà ?