Saâd Hassani, le peintre de l’effacement et de la mémoire s’est éteint

by La Rédaction

L’annonce récente de la disparition de Saâd Hassani a suscité une vive émotion dans les milieux artistiques marocains. Figure majeure de la peinture contemporaine marocaine, l’artiste laisse derrière lui une œuvre profondément personnelle qui a traversé plusieurs décennies de création. Né à Rabat en 1948, il s’est imposé comme l’une des voix les plus singulières de sa génération, développant un langage pictural reconnaissable entre tous. Proche des artistes qui ont contribué au renouvellement de l’art moderne marocain, il a construit une trajectoire marquée par une recherche constante autour de la matière, de la couleur et du geste pictural.

L’originalité de son travail repose notamment sur ce que les critiques ont souvent décrit comme une « technique de l’effacement ». Par superpositions successives de couches de peinture, l’artiste faisait apparaître puis disparaître les formes, laissant émerger de nouveaux motifs au fil du processus créatif. Cette approche a donné naissance à des séries devenues emblématiques de son parcours, parmi lesquelles « L’Échiquier » et « Corps singuliers ». Nourrie par l’expressionnisme abstrait, sa peinture s’est progressivement éloignée de la représentation pour explorer des territoires où la couleur et la matière deviennent les véritables sujets de l’œuvre.

   

Parmi les expositions qui ont marqué sa carrière récente, « Chants de nuit » occupe une place particulière. Présentée en 2018 à Artorium à Casablanca, cette exposition réunissait plusieurs périodes importantes de son travail et révélait de grands monochromes où dominaient les nuances de bleu, d’ocre et de blanc. À travers ces toiles monumentales, Saâd Hassani explorait les thèmes du silence, du temps qui passe et de la mémoire. Les critiques y ont vu l’aboutissement d’une recherche picturale où toute trace narrative s’efface au profit de l’émotion pure.

L’artiste a également été mis à l’honneur lors d’une importante exposition personnelle organisée par Loft Art Gallery à Casablanca entre 2019 et 2020. Cette rétrospective a permis de mesurer l’évolution de son œuvre, depuis les compositions structurées de ses débuts jusqu’aux créations plus abstraites de sa maturité. En 2022, l’exposition monographique « Éloge de l’ombre », accueillie à Casablanca, a offert un nouvel éclairage sur son univers et sur son rapport intime aux espaces de création qui ont jalonné sa carrière.

Au fil des années, Saâd Hassani a développé une peinture où la vibration de la couleur prend le pas sur la forme. Ses œuvres les plus récentes témoignent d’une quête presque méditative, cherchant moins à représenter le monde qu’à en traduire les émotions et les traces invisibles. Cette démarche exigeante lui a valu la reconnaissance de nombreux collectionneurs et institutions, faisant de lui l’une des figures majeures de la modernité artistique marocaine.

Avec sa disparition, le Maroc perd un artiste dont l’œuvre n’a cessé de questionner le regard et la mémoire. Mais ses toiles, où l’effacement devient paradoxalement une manière de faire surgir la présence, continueront d’occuper une place importante dans le patrimoine artistique national.

   

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