Pourquoi l’exigence est-elle devenue admirable dans le sport, mais suspecte ailleurs ?

by La Rédaction

Dans les stades, l’effort suscite l’enthousiasme. On applaudit les heures d’entraînement, la discipline, la volonté de progresser et l’ambition de gagner. Rien ne choque dans l’idée qu’un athlète cherche à dépasser ses limites. Pourtant, dès que ces mêmes valeurs s’invitent dans le monde du travail, à l’école ou dans la vie publique, elles deviennent parfois embarrassantes. L’exigence serait trop dure, l’ambition trop voyante et la recherche de l’excellence presque culpabilisante. C’est ce paradoxe que Julia de Funès interroge dans une chronique publiée par L’Express.

La philosophe pointe un phénomène plus profond qu’une simple baisse de niveau. Le danger, selon elle, apparaît lorsque la médiocrité cesse d’être perçue comme une faiblesse passagère pour devenir une posture valorisée. Renoncer à l’exigence peut alors être présenté comme une forme de bienveillance, tandis que l’effort soutenu ou la volonté de se distinguer sont regardés avec méfiance. Dans ce renversement des valeurs, la société ne se contente plus de tolérer l’insuffisance : elle finit par la justifier.

   

Le sport offre pourtant une démonstration quotidienne du contraire. Une performance exceptionnelle ne naît ni du hasard ni du confort permanent. Elle repose sur la répétition, l’échec, la patience, la rigueur et l’acceptation de standards élevés. Ces principes, largement admirés lorsqu’ils conduisent à une médaille, devraient-ils devenir condamnables lorsqu’ils permettent à un élève de progresser, à une entreprise de se transformer ou à une institution de mieux fonctionner ? La question est d’autant plus importante que l’égalité des chances ne signifie pas l’abandon des critères, mais la possibilité donnée à chacun de les atteindre.

L’analyse de Julia de Funès invite ainsi à distinguer l’exigence de la brutalité. Demander davantage n’implique pas d’humilier, pas plus que valoriser l’excellence ne signifie mépriser ceux qui rencontrent des difficultés. Une société peut être attentive aux fragilités tout en maintenant une ambition collective. Elle peut accompagner sans niveler, encourager sans mentir et reconnaître le mérite sans transformer la réussite en faute morale.

À force de redouter toute forme de sélection, d’effort ou de hiérarchie, le risque est de créer exactement ce que l’on prétend combattre : une société moins mobile, moins audacieuse et finalement moins juste. Car lorsque l’excellence n’est plus encouragée par les institutions, elle ne disparaît pas. Elle devient simplement plus difficile d’accès pour ceux qui ne disposent ni des ressources ni des réseaux permettant de la cultiver seuls.

   

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