Le monde de la culture marocaine perd l’une de ses figures les plus singulières. Le cinéaste, acteur et dramaturge Nabil Lahlou est décédé jeudi à Rabat à l’âge de 81 ans, selon les informations communiquées par sa famille. Sa disparition marque la fin d’un parcours artistique atypique, libre et profondément engagé, qui aura accompagné plusieurs générations de cinéphiles et de passionnés de théâtre au Maroc.
Figure majeure du cinéma d’auteur marocain, Nabil Lahlou s’était imposé dès les années 1970 avec des œuvres audacieuses et souvent avant-gardistes. Son film Kanfoudi, considéré comme son premier grand succès, avait marqué les esprits par son ton satirique et son approche décalée. Il enchaînera ensuite avec des productions devenues cultes dans le paysage cinématographique national, parmi lesquelles Le Gouverneur général de l’île de Chakerbakerbane, Ibrahim Yash ou encore L’Âme qui brait. Des œuvres souvent teintées d’absurde, de critique sociale et d’une liberté de ton rare dans le cinéma marocain de l’époque.

Mais Nabil Lahlou n’avait jamais limité sa provocation au seul écran. En décembre 2003, il avait créé un véritable choc médiatique en posant entièrement nu en couverture du magazine VH. Une première au Maroc à l’époque, qui avait suscité autant de débats que de fascination. Fidèle à son image d’artiste irrévérencieux, il revendiquait alors une démarche artistique et intellectuelle destinée à questionner les normes sociales et culturelles, dans un Maroc encore peu habitué à ce type de prise de position publique.
Passionné par le théâtre, il avait également revisité l’univers de Shakespeare à travers plusieurs adaptations marquantes. Sa pièce Ophélie n’est pas morte, inspirée du personnage de Hamlet, reste l’un des exemples les plus connus de cette démarche mêlant modernité, poésie et contestation. Son œuvre Salahef (Les Tortues) avait également été considérée comme une véritable rupture dans le paysage théâtral marocain.
Jusqu’à ses derniers mois, l’artiste continuait de créer et de défendre une vision exigeante de la culture. Sa dernière œuvre, Macha Machmacha veut un rôle dans le film Le Procès de Socrate, avait été présentée en mars dernier au Théâtre national Mohammed V, preuve d’une liberté artistique restée intacte au fil des décennies.
Le cinéaste a été inhumé jeudi après la prière d’Al Asr au cimetière Chouhada de Rabat. Avec sa disparition, le Maroc perd un créateur iconoclaste qui n’aura cessé, toute sa vie, de provoquer, d’interroger et de repousser les frontières de l’expression artistique.