À Dubaï, entre dunes et gratte-ciels, l’art marocain a imposé son souffle. Lors de la 18e édition d’Art Dubai, du 18 au 20 avril 2025 au Madinat Jumeirah, le royaume a brillé à travers la présence remarquée de onze artistes marocains, venus chacun avec leur sensibilité, leurs blessures, leur mémoire. Un retour tout en nuances sur une contribution marocaine aussi puissante que variée.
Au cœur de l’hommage, la mémoire du feu Mohamed Kacimi, disparu en 2003, planait comme une présence tutélaire. Des œuvres de sa période humaniste, engagée, ont été exposées dans la section Art Dubai Modern. Kacimi, peintre de la douleur muette et des espérances silencieuses, a rappelé combien l’art marocain moderne avait déjà ses monuments.
Khadija Jayi, l’une des voix féminines les plus subtiles de la scène contemporaine, a proposé un travail entre abstraction fluide et symbolique méditative. Ses toiles, presque murmurées, parlaient d’intimité et d’identité.
L’univers de Mustapha Akrim, toujours aussi radical, a frappé par ses installations évoquant les chantiers, le béton, le métal. Fidèle à sa ligne, il continue d’interroger le rapport au travail, à la politique, au pouvoir – non pas de manière frontale, mais avec une poésie brute.
Fatiha Zemmouri, elle, a captivé avec ses sculptures telluriques, composées de terre, de feu, de charbon. L’organique est son terrain d’exploration ; ses œuvres, vibrantes et méditatives, ont offert une respiration au sein du salon.
Mohamed Arejdal, connu pour ses performances et installations engagées, a présenté des œuvres interrogeant les dynamiques sociales et culturelles du Maroc contemporain. Son approche multidisciplinaire a offert une réflexion profonde sur l’identité et la mémoire collective.
Ghizlane Agzenaï, avec ses totems géométriques colorés, a fusionné art urbain et spiritualité. Ses installations ont offert une immersion visuelle dynamique, reflétant la richesse de la culture marocaine.
Farid Belkahia, figure emblématique de l’art moderne marocain, a été honoré à travers une sélection d’œuvres majeures, rappelant son engagement pour la préservation des traditions artisanales et sa maîtrise des formes abstraites.
Yaakout Kabbaj, explorant les frontières entre abstraction et figuration, a présenté des œuvres questionnant les perceptions de la réalité et les interactions humaines à l’ère numérique.
Mehdi Melhaoui, avec ses sculptures et installations, a traité des phénomènes migratoires et des enjeux sociopolitiques contemporains, offrant une perspective critique sur les mouvements de population.
Soufiane Idrissi, à travers ses compositions chromatiques, a exploré les interactions entre couleur, forme et espace, créant des œuvres immersives invitant à la contemplation.
Hassan Mannana, avec ses œuvres sculpturales, a interrogé les notions de corps et d’identité, proposant une réflexion sur la condition humaine et les transformations sociales.
En onze artistes, le Maroc a donc raconté onze façons de voir, de sentir, de penser le monde. Onze gestes, parfois opposés, toujours sincères. À Art Dubai 2025, la scène marocaine n’a pas seulement exposé : elle a dialogué, interpellé, et surtout, marqué les esprits.