Pour Yassine Sellame, photographe né à Marrakech, le skateboard est arrivé avant la photographie. Comme beaucoup de jeunes skateurs de sa génération, il découvre d’abord cette culture en ligne, à travers des heures passées à regarder des vidéos et à chercher les signes d’une scène locale au Maroc. Cette curiosité le mène peu à peu à Guéliz, quartier moderniste de Marrakech, où il trouve non seulement des spots, mais surtout une communauté.
C’est cette histoire que met en lumière AD Middle East, l’édition régionale d’Architectural Digest, média de référence consacré au design, à l’architecture, à l’art de vivre et aux cultures visuelles. À travers le parcours de Sellame, le magazine raconte une autre manière de regarder le Maroc : non pas seulement par ses monuments ou ses cartes postales, mais par ses rues, ses trottoirs, ses places et les trajectoires de ceux qui les habitent autrement.
Faute de moyens pour s’équiper en numérique, Yassine Sellame commence avec des appareils argentiques de seconde main, achetés dans les marchés aux puces. Il apprend seul à développer et scanner ses négatifs, construisant une pratique patiente, instinctive et profondément analogique. Ce choix donne à ses images une texture singulière : un grain, une attente, une fragilité qui correspondent parfaitement à l’esprit du skate, fait de mouvement, d’essais, de chutes et de recommencements.
Entre 2016 et 2021, il parcourt plusieurs villes du Royaume, de Casablanca à Tanger, Rabat, Agadir, Fès et El Jadida, pour documenter les skateurs, les skateparks et les paysages urbains qui les entourent. Son objectif ne cherche pas seulement la figure spectaculaire ou le geste réussi. Il capte aussi les amitiés, les temps morts, les lieux de rendez-vous, cette façon très particulière qu’a le skateboard de transformer un banc, une dalle ou une place publique en terrain de possibilités.
À travers son travail, le Maroc apparaît comme un espace en mouvement, porté par une jeunesse qui invente ses propres codes dans les marges de la ville. Yassine Sellame ne photographie donc pas seulement une scène sportive : il archive une culture urbaine, ses visages, ses liens et sa manière de redessiner le paysage quotidien. Une mémoire en pellicule, entre béton, communauté et liberté.