L’hymne national marocain, connu aujourd’hui sous le nom de An-našid al-waṭani, n’est pas seulement un symbole patriotique entonné lors des cérémonies officielles. Il est aussi, et c’est plus surprenant, le fruit d’un tournant historique… footballistique. Peu de nations peuvent se targuer d’avoir vu naître les paroles de leur hymne à la veille d’un Mondial. Le Maroc, lui, a chanté pour la première fois son hymne complet en 1970, au Mexique, à l’occasion de sa toute première participation à la Coupe du monde de football.
L’histoire commence en 1969. Cette année-là, les Lions de l’Atlas réalisent l’exploit de se qualifier pour la Coupe du monde, devenant le deuxième pays africain de l’histoire à atteindre ce niveau, et le seul représentant du continent pour cette édition mexicaine de 1970. Le pays est en liesse, mais un détail vient ternir l’euphorie : si le Maroc dispose bien d’un hymne national — une mélodie composée par Léo Morgan, chef de musique français affecté à la garde royale sous le protectorat — il n’a aucune parole à scander. Or, une Coupe du monde, c’est une vitrine mondiale. Le roi Hassan II, fervent amateur de football et visionnaire en matière d’image nationale, comprend l’enjeu.
Il lance alors un concours de poésie pour doter le pays d’un hymne chanté. C’est Ali Squalli Houssaini, professeur, écrivain et conseiller du roi, qui le remporte grâce à son poème intitulé “Mənbatt šal-ʾaḥrār”, qu’on peut traduire par “Berceau des hommes libres”. Ce texte, en arabe, célèbre un Maroc souverain, fier et uni autour de sa devise : « Dieu, la Patrie, le Roi », une formule gravée sur la colline d’Agadir, comme un écho de pierre à l’âme du pays.
Le 3 juin 1970, à Guadalajara, quelques instants avant le coup d’envoi du match Maroc – Allemagne de l’Ouest, les premiers mots de Mənbatt šal-ʾaḥrār résonnent dans le stade. Le Maroc s’incline ce jour-là sur le score de 2-1, mais l’essentiel est ailleurs : la nation vient d’adopter une voix. Un hymne complet, fier et porté par la ferveur populaire.
Ce chant, utilisé sans interruption depuis, devient un pilier de l’identité marocaine. Et en 2005, sous le règne de Mohammed VI, les paroles sont officiellement consacrées par un Dahir royal, les inscrivant dans le marbre de la législation nationale.
Aujourd’hui, l’hymne accompagne toutes les générations de Marocains, dans les stades comme dans les écoles, sur les podiums comme dans les moments de deuil. Un chant qui, au-delà de ses notes et de ses mots, rappelle que parfois, un match peut changer l’histoire d’un pays.