Quand Cupidon perd du terrain : au Maroc, le mariage n’a plus la cote d’évidence

by La Rédaction

Il fut longtemps considéré comme un passage presque naturel de la vie adulte. Or, au Maroc, le mariage semble désormais perdre de sa centralité symbolique. Les premiers résultats de l’Enquête nationale sur la famille 2025, présentés par le Haut-Commissariat au Plan le 8 avril 2026 à Rabat, montrent que 51,7% des célibataires ne souhaitent pas se marier, contre 40,6% qui envisagent encore cette perspective. Dans le même temps, l’âge moyen au premier mariage continue de reculer, atteignant 26,3 ans chez les femmes et 33,3 ans chez les hommes. Plus qu’un simple changement statistique, ces chiffres racontent une autre manière d’entrer dans l’âge adulte, plus tardive, plus hésitante aussi, et souvent plus conditionnée par la stabilité économique et les choix personnels.

Cette évolution s’inscrit dans une transformation plus large de la cellule familiale. Le modèle nucléaire s’est nettement imposé, puisqu’il concerne désormais 73% des ménages, contre 60,8% en 1995. La fécondité, elle, s’établit à 1,98 enfant par femme, soit un niveau inférieur au seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1. À 35 ans, une part non négligeable de la population n’a connu ni départ du foyer parental ni mariage, une situation plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. En filigrane, c’est toute l’architecture familiale qui se redessine: moins de cohabitation élargie, davantage d’autonomie recherchée, mais aussi un allongement des transitions vers l’indépendance.

   

L’enquête met aussi en lumière une fragilité conjugale et sociale qui accompagne cette mutation. Le taux annuel moyen de divorce s’établit à 3,6 pour mille à l’échelle nationale, avec une incidence plus élevée chez les femmes que chez les hommes. La monoparentalité, de son côté, reste très largement féminine: 90,7% des familles monoparentales sont dirigées par une femme, avec une proportion encore plus marquée en milieu rural. Cette photographie sociale dit beaucoup des charges qui pèsent encore, dans les faits, sur les femmes lorsque le couple se défait. Elle rappelle aussi qu’au-delà du recul du mariage, la famille demeure un espace de vulnérabilité très concret, où les inégalités continuent de se distribuer de manière peu équilibrée.

Pour autant, la famille marocaine n’est pas en train de disparaître; elle change de visage. Près de six seniors sur dix vivent avec au moins un enfant, preuve que les solidarités intergénérationnelles restent puissantes. Le HCP souligne aussi que 41% des individus connaissent une promotion sociale par rapport à la position de leur père, tandis que les technologies de l’information sont perçues par 56,3% des répondants comme un facteur de consolidation des liens avec les frères et sœurs vivant hors ménage, et par 31,7% comme un appui aux relations avec les parents. En clair, le lien familial ne s’efface pas: il se recompose. Moins automatique, moins institutionnel peut-être, mais toujours central dans les équilibres affectifs, sociaux et matériels du pays.

   

Vous aimerez aussi