Être mis en lumière par le très influent The New York Times Style Magazine n’est jamais anodin. Pour Hiba Baddou, cette reconnaissance agit comme un révélateur supplémentaire: celui d’une œuvre déjà dense, mais désormais projetée sur une scène internationale où les regards comptent. Avec Paraboles, l’artiste marocaine contemporaine confirme la singularité de sa démarche, à la croisée de l’image, du film et de l’installation, tout en inscrivant son travail dans une conversation globale sur les circulations culturelles.
Dans ce projet, la parabole — objet banal, presque invisible à force d’habitude — devient un puissant symbole. Longtemps accrochée aux toits marocains, elle se transforme ici en point d’ancrage d’une réflexion sur la migration, le fantasme d’ailleurs et la manière dont les images façonnent nos imaginaires. Hiba Baddou détourne cet élément du quotidien pour en faire un langage visuel à part entière, où chaque détail semble chargé de mémoire et de projection.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la force des images. Les paraboles ne sont plus seulement des objets posés dans le décor: elles sont portées, intégrées, presque absorbées par les corps. Placées sur la tête des figures photographiées, elles métamorphosent les individus en antennes humaines, capables de capter et d’intérioriser des récits venus d’ailleurs. Le geste, à la fois simple et profondément évocateur, traduit une réalité contemporaine: celle d’un monde où les images circulent librement, influençant nos désirs autant que nos perceptions.
Le projet puise aussi sa puissance dans un ancrage historique précis. Dans les années 1990, la prolifération des paraboles au Maroc a ouvert une fenêtre inédite sur le monde. À travers elles, de nouvelles narrations ont pénétré l’espace domestique, modifiant subtilement les imaginaires collectifs. Paraboles s’inscrit dans cette mémoire partagée, tout en questionnant ses répercussions actuelles. Car si ces objets permettaient autrefois de recevoir le monde, ils ont aussi, en creux, nourri une aspiration à le rejoindre.
C’est dans cette tension que réside toute la finesse du travail de Hiba Baddou. Sans jamais surcharger son propos, elle explore la manière dont les images s’infiltrent en nous, redessinant nos identités et nos récits intimes. Une œuvre à la fois ancrée et universelle, qui rappelle que derrière chaque signal capté se cache peut-être un désir de départ — ou, du moins, une autre manière d’habiter le monde.