Du 5 au 7 octobre 2026, Casablanca accueille la première édition de Morocco Design, un nouveau rendez-vous imaginé pour faire dialoguer la création marocaine avec la scène internationale. À l’origine du projet, Hanane El Moutii, présentée comme une professionnelle maroco-italienne des relations publiques dans l’univers du luxe, entend réunir artistes, architectes, designers et artisans autour d’un parcours déployé dans plusieurs lieux de la ville. Une manière de montrer un Maroc créatif qui ne se contente plus de valoriser son patrimoine, mais cherche aussi à en proposer des lectures résolument contemporaines.
La programmation dévoilée donne justement à voir cette diversité. L’artiste et designer marocain Hamza Kadiri présente « L’Axe Invisible », une exposition personnelle consacrée à son travail autour du bois, de la matière, du mouvement et du temps, sous le commissariat d’Amine Amharech. Le projet prend place dans le cadre historique du Teatro Italia, au Consulat général d’Italie à Casablanca. Ghizlane Agzenaï, reconnaissable à son vocabulaire graphique fait de couleurs franches et de géométries, expose quant à elle chez Molteni&C, en partenariat avec La Galerie 38.
Autre figure annoncée, l’architecte et designer Othmane Bengebara présente une exposition personnelle autour de sa pratique et notamment « Irtah! », un ottoman sculptural. Son travail, développé à Casablanca, explore les frontières entre mobilier, objet, architecture et espace. Cette volonté de décloisonnement résume assez bien l’esprit affiché par Morocco Design : ne pas enfermer la création marocaine dans une catégorie, mais faire se rencontrer architecture, art, artisanat et design contemporain.
Villa Sahrai, hôtel-boutique cinq étoiles à Casablanca et partenaire officiel de cette première édition, devient l’un des points d’ancrage de ce parcours. Plusieurs expressions de la création marocaine contemporaine doivent y cohabiter. Une installation de Sophia Kacimi occupera une partie de la villa, tandis que le rez-de-chaussée accueillera Verneo Studio, studio de design travaillant entre Casablanca et Los Angeles. À la mezzanine, une installation réunira les univers de Sana Benzaitar, Salima Filali et Myroc Studio. Autant de propositions qui illustrent la volonté de confronter savoir-faire, matières et écritures actuelles.
Cette présence de Salima Filali souligne également la place accordée à l’artisanat marocain, et notamment au zellige, dans cette réflexion sur le design d’aujourd’hui. L’enjeu est intéressant : il ne s’agit pas simplement d’exposer un héritage décoratif, mais de regarder comment les techniques et références marocaines peuvent nourrir des objets et des espaces contemporains. C’est précisément dans cette tension entre transmission et renouvellement que Morocco Design semble vouloir installer son identité.
Pour cette première édition, le rendez-vous mise donc davantage sur un parcours dans Casablanca que sur un salon concentré dans un lieu unique. Des galeries aux espaces de design, de Villa Sahrai au Teatro Italia, la ville participe elle-même à la scénographie. Et derrière cette géographie éclatée apparaît une ambition assez claire : créer un point de rencontre entre les voix créatives marocaines et les maisons de design internationales, tout en donnant davantage de visibilité à une génération qui travaille déjà entre plusieurs disciplines et plusieurs territoires.
Avec Morocco Design, Casablanca ajoute ainsi un nouveau rendez-vous à son calendrier culturel et créatif. Reste désormais à voir comment cette première édition parviendra à transformer cette réunion de talents en plateforme durable. Mais le parti pris est déjà posé : présenter le design marocain non comme une simple déclinaison de son héritage, mais comme une scène vivante, capable de produire son propre langage et de le confronter au monde.