À quelques kilomètres de l’effervescence de la médina, dans l’écrin minéral d’Al Maaden, le Musée d’art contemporain africain Al Maaden, plus connu sous l’acronyme MACAAL, a récemment rouvert ses portes. L’institution marrakchie, fondée pour mettre en lumière la création contemporaine africaine et sa diaspora, signe ainsi un nouveau chapitre de son histoire, fidèle à sa devise affichée sur ses réseaux : « Seven contours, one collection ». Une manière d’affirmer l’unité dans la diversité, et de rappeler que le continent se raconte toujours au pluriel.
Dès l’entrée, le ton est donné. Devant la façade ocre du musée, l’architecture aux lignes épurées dialogue avec un tapis rouge revisité façon souk chic : kilims éclatants, couleurs safran et grenat, et même un taxi vintage habillé de motifs textiles. Le décor, à la fois ancré dans la tradition marocaine et résolument contemporain, plante le cadre d’une soirée où l’art déborde des murs pour investir chaque recoin. À l’intérieur, les visiteurs se retrouvent face à une installation saisissante : des dizaines de bustes en terre cuite alignés avec une précision quasi cérémonielle, comme une assemblée silencieuse observant le public. L’effet est immédiat, presque hypnotique, et rappelle combien la mémoire, l’identité et la représentation restent des thèmes centraux de la création africaine actuelle.
La réouverture n’avait rien d’un simple vernissage mondain. Dans les jardins, transformés pour l’occasion en salon à ciel ouvert, collectionneurs, artistes, familles et curieux partageaient un moment suspendu. Assis sur des coussins posés à même les tapis, un verre à la main, les invités ont prolongé les discussions entamées dans les galeries. Entre stands gourmands et ambiance décontractée, le musée s’est mué en véritable lieu de vie, fidèle à sa volonté d’ouvrir l’art au plus grand nombre et de décloisonner les publics.
Ce qui frappe surtout, au-delà des images léchées diffusées sur les réseaux sociaux, c’est l’énergie collective qui se dégage de cette renaissance. Le MACAAL ne se contente pas d’exposer des œuvres ; il crée des passerelles entre générations, disciplines et géographies. À Marrakech, ville-carrefour entre Afrique, Europe et Moyen-Orient, cette mission prend une résonance particulière. La réouverture apparaît ainsi comme une promesse : celle d’un musée qui, loin d’être figé, continue d’écrire son histoire avec son public, saison après saison.