Dans la lumière ocre de Tanger, un peintre italien tisse des ponts entre les cultures, les époques et les imaginaires. Luciano Monti, figure discrète mais singulière de la scène artistique contemporaine, expose à la Medina Art Gallery du 15 au 29 janvier 2026. Un rendez-vous pictural où le Maroc devient à la fois décor, sujet et prétexte à une poésie visuelle nourrie d’humanité.
Formé à l’École des Beaux-Arts de Brera à Milan, Monti n’est pas un inconnu dans le monde de l’art. Lauréat du prix Eigenmann, exposé à La Permanente de Milan et au Musée d’Oristano, il a su imposer un style bien à lui : le réalisme imaginaire. Un oxymore assumé, qu’il décrit comme « une métaphore du réel pour regarder le monde avec une vision différente ». Dans ses œuvres, la minutie de l’observation se marie à une douce irréalité, comme si chaque toile portait un soupçon de rêve dans le plus concret des quotidiens .
La série qu’il présente à Tanger est une ode aux visages, aux paysages et aux objets marocains, sublimés par son regard étranger devenu intime. Ainsi, Retour à la ferme montre un enfant juché sur un âne, entouré d’animaux de la ferme : un tableau à la fois naïf, dense et émouvant, presque cinématographique. À travers Femmes au marché, il saisit les couleurs foisonnantes et la dignité tranquille des vendeuses de fruits, tandis que Fès le soir évoque la ville sacrée dans une atmosphère paisible, surplombée de motifs géométriques célestes.
Mais Monti ne se contente pas d’illustrer. Dans Narciso, il explore le thème du regard sur soi, dans une série de portraits aux traits flous, presque androgynes, entre douceur et trouble. D’autres toiles rendent hommage à la culture locale avec une touche d’onirisme : Malabata, par exemple, montre une scène balnéaire posée sur une immense coquille, comme suspendue hors du temps.
Les portraits féminins, omniprésents dans l’exposition, incarnent la rencontre de deux mondes : celui de l’Italie picturale et celui du Maroc quotidien. La terrasse de la toile du même nom est une référence assumée à Lawrence Alma-Tadema, maître du XIXe siècle, mais la scène, elle, est marocaine, ancrée dans les ruelles colorées et les regards absents.
Cette exposition est aussi un bel hommage à Tanger, ville de lumière et de contrastes, où Luciano Monti a choisi de vivre et de travailler. À travers son regard, c’est un Maroc sublimé mais respectueux qui prend forme, où l’exotisme n’est jamais cliché, mais toujours empathique.