À Londres, son nom circule désormais dans les cercles les plus fermés de la finance. Hamza Lemssouguer, né à Casablanca, dirige aujourd’hui Arini Capital, un fonds qui gère 20 milliards de dollars. En quelques années à peine, ce financier de 35 ans s’est imposé comme l’un des profils les plus singuliers de sa génération, loin des trajectoires convenues et des figures trop attendues de la City.
Son histoire a d’abord la force des parcours rares. Fils d’un employé portuaire et d’une enseignante, passé par l’École polytechnique, il rejoint Londres avant de tracer sa route à contre-courant. En 2020, il refuse une offre de Ken Griffin, le fondateur de Citadel, préférant bâtir sa propre structure plutôt que d’intégrer une machine déjà installée. Deux ans plus tard, Arini Capital est lancé. Ce qui pouvait passer pour un pari audacieux apparaît aujourd’hui comme un choix décisif.
Depuis, la progression de sa firme impressionne. Créé avec 1,3 milliard de dollars, Arini Capital est devenu un acteur de poids sur le marché du crédit européen. Le fonds s’est fait une place sur des segments complexes, notamment auprès d’entreprises fragilisées ou lourdement endettées, là où les établissements traditionnels avancent avec davantage de prudence. Cette lecture offensive mais structurée du marché a contribué à faire de Lemssouguer une figure très observée dans la finance internationale.
Ce qui intrigue aussi, c’est le contraste entre la puissance des montants qu’il supervise et son style personnel. Hamza Lemssouguer ne boit pas, ne conduit pas, et cultive une image discrète dans un univers qui valorise souvent l’esbroufe. Installé près de Londres, il vit dans une demeure Tudor et nourrit une passion étonnante pour les perroquets rares, au point d’en élever 160. Un détail presque romanesque, mais bien réel, qui renforce encore son profil à part.
Sa réussite ne raconte pas seulement l’ascension d’un financier brillant. Elle dit aussi quelque chose de plus large sur la place grandissante des talents marocains dans les grands centres de décision mondiaux. Dans un secteur où tout semble calibré, Hamza Lemssouguer impose une autre silhouette : celle d’un stratège discret, libre dans ses choix, redouté pour sa lecture des marchés et difficile à ranger dans une catégorie.
En très peu de temps, il a transformé une ambition personnelle en plateforme majeure de la dette européenne. Et derrière les chiffres, il y a surtout un signal fort : de Casablanca à Londres, certains outsiders ne demandent plus qu’on leur fasse une place. Ils s’imposent, tout simplement.