Fairouz, Oum Kalthoum et les autres : les classiques arabes plus modernes que jamais

by La Rédaction

Elles sont nées dans un autre siècle, ont chanté pour des publics que les plateformes n’existaient même pas encore. Pourtant, Oum Kalthoum, Fairouz, Warda ou Sabah trônent aujourd’hui au sommet des classements de streaming. Loin d’être de simples madeleines de Proust pour générations nostalgiques, elles séduisent désormais une audience jeune, connectée, souvent plus familière avec Spotify qu’avec les vinyles. Une renaissance culturelle qui interroge et émerveille.

À travers tout le monde arabe, les voix des divas d’hier s’invitent dans les rituels d’aujourd’hui. Fairouz au réveil, Oum Kalthoum avant de dormir : ces habitudes musicales, loin d’avoir disparu, s’imposent comme de nouveaux repères dans un contexte régional bouleversé. Entre conflits persistants, instabilité sociale et polarisation politique, ces chansons d’un autre temps offrent un refuge, une mémoire partagée, presque une résistance douce à l’oubli.

   

Rolling Stone MENA, qui a consacré un dossier à ce phénomène, évoque une progression impressionnante des écoutes : +64 % sur le dernier trimestre pour l’ensemble des classiques arabes, avec en tête Fairouz (1,52 million d’auditeurs mensuels sur Spotify) et Warda (391 000). Le morceau Wahdon (“Seuls”) a, à lui seul, attiré 2,5 millions d’auditeurs récents. Des chiffres qui dépassent largement le cadre de la nostalgie ou du folklore.

Ce regain est aussi visuel : les mèmes, reels et montages TikTok s’emparent de ces figures mythiques pour les réancrer dans le présent. Les jeunes internautes diffusent, remixent, détournent, sans jamais trahir. Car derrière l’esthétique vintage, il y a un attachement sincère à des voix qui parlent d’amour, de dignité, de solitude ou de patrie. Une poésie intemporelle, parfois méconnue, mais redécouverte avec curiosité et émotion.

Mais cette popularité numérique n’est pas seulement virtuelle. Les concerts hommages affichent complet, mêlant parfois musique live et technologies de restitution saisissantes, donnant à ces voix disparues une présence presque tangible sur scène. Les vinyles d’époque se revendent à prix d’or, et dans les vieux cafés comme dans les soirées urbaines, la voix grave de la Kawkab al-Sharq (l’“astre de l’Orient”) continue de planer. Loin d’un retour passéiste, ce mouvement traduit surtout une soif d’authenticité et une volonté de transmission. Dans un monde saturé de nouveauté, ces classiques deviennent paradoxalement les nouveaux repères.

La chanson arabe classique, loin d’être enterrée dans les archives, s’offre donc une seconde jeunesse. Et dans chaque refrain d’Oum Kalthoum ou de Fairouz, c’est toute une génération qui, loin de tourner le dos au passé, choisit de l’habiter autrement.

   

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