Il y a des adjudications qui dépassent largement le simple frisson du marteau final. Celle de Coffee Shop in Madina Road en fait clairement partie. En s’envolant à 2,1 millions de dollars, frais inclus, lors d’une vente Origins chez Sotheby’s, l’œuvre peinte en 1968 par Safeya Binzagr ne s’est pas contentée de battre son estimation initiale, fixée entre 150 000 et 200 000 dollars. Elle a surtout signé l’un des résultats les plus marquants jamais enregistrés pour une artiste arabe aux enchères.
Ce succès fulgurant, dix fois supérieur aux attentes, agit comme un révélateur. Longtemps considérée comme une figure essentielle mais discrète de la scène saoudienne, Safeya Binzagr voit aujourd’hui son travail rejoindre une reconnaissance internationale pleinement assumée par le marché. Ce prix propulse l’artiste parmi les références majeures de l’art arabe moderne, confirmant l’intérêt croissant des collectionneurs pour des récits visuels ancrés dans l’histoire et la mémoire culturelle du Moyen-Orient.
Peinte à la fin des années 1960, Coffee Shop in Madina Road est bien plus qu’une scène de genre. La toile saisit avec une rare justesse le quotidien vibrant de Jeddah à une époque charnière, entre traditions profondément enracinées et mutations sociales naissantes. Les figures attablées, les échanges silencieux, l’architecture sobrement suggérée : tout concourt à une narration intime, presque documentaire, qui témoigne du regard attentif et respectueux que l’artiste porte sur la société saoudienne.
Au-delà du record, cette vente agit comme un signal fort. Elle rappelle que certaines œuvres, longtemps cantonnées à une reconnaissance régionale, possèdent une portée universelle lorsqu’elles racontent avec sincérité la vie, le temps et les lieux. Pour Safeya Binzagr, ce café sur la route de Médine devient ainsi un symbole éclatant : celui d’une artiste dont l’influence, patiemment construite, trouve enfin l’écho qu’elle mérite sur la scène mondiale.