Il avait préparé le terrain avec méthode. Une date annoncée, le 26 février. Un teasing calibré, sans tout dévoiler, mais assez pour éveiller la curiosité. Puis l’annonce est tombée : Saad Abid lance officiellement Chabab Al Maghrib, une initiative citoyenne qui ambitionne de fédérer un million de Marocains autour d’une idée simple en apparence, mais redoutablement exigeante dans son exécution : passer du commentaire à l’action.
Le parallèle qu’il esquisse est habile. On ne peut pas rester assis dans les tribunes à réclamer un but sans jamais descendre sur la pelouse. Dans un pays où le football est plus qu’un sport, presque une respiration collective, l’image parle d’elle-même. Si l’on veut “marquer” pour son pays, il faut accepter l’effort, la confrontation, parfois les critiques. Cet état d’esprit n’est pas sans rappeler celui des Lions de l’Atlas lors de leurs grandes campagnes internationales : discipline, solidarité, combativité. Une victoire ne se proclame pas, elle se construit.
Mais le propos dépasse largement la métaphore sportive. Le parcours même de Saad Abid en est l’illustration. Président de l’association BAHRI depuis 2010, il s’est forgé une crédibilité sur le terrain, à travers des actions concrètes, notamment dans le domaine environnemental. Ramassage des déchets, mobilisation de bénévoles, campagnes de sensibilisation : loin des discours abstraits, son engagement s’est inscrit dans la durée. Il a également pris part à des dynamiques nationales d’envergure, dans des contextes symboliques forts, où coopération et discipline sont des valeurs centrales. Cette trajectoire nourrit aujourd’hui la philosophie de Chabab Al Maghrib.
Le constat qu’il dresse est direct. Beaucoup dénoncent la corruption, expriment leur défiance vis-à-vis des partis politiques ou boudent les urnes par manque de confiance. Pourtant, peu franchissent le pas de l’implication structurée. Or, selon lui, le changement ne viendra ni d’un homme providentiel ni d’un camp contre un autre. Il suppose une mobilisation collective, organisée, ambitieuse. C’est précisément l’ambition de Chabab Al Maghrib.
Le mécanisme imaginé repose sur une logique participative assumée. Rassembler un million de Marocains âgés de 18 à 50 ans, chacun apportant une idée concrète pour faire avancer le pays. Une fois ce seuil atteint, les propositions seront synthétisées grâce à l’intelligence artificielle afin de faire émerger les priorités majeures. L’objectif n’est pas d’accumuler des doléances, mais de dégager une cartographie claire des attentes citoyennes. Une task force composée d’une centaine de profils issus des douze régions du Royaume sera ensuite chargée de transformer ces aspirations en plans d’action structurés.
Dans un Maroc qui investit massivement dans ses infrastructures et se prépare à coorganiser la Coupe du monde 2030, la question posée par Chabab Al Maghrib est presque stratégique : l’investissement matériel suffit-il sans un investissement parallèle dans les mentalités ? Routes, stades et équipements dessinent un cadre. Mais ce sont les idées, l’implication et la responsabilité individuelle qui donnent du sens à ce cadre.
Le défi est ainsi immense. Passer du buzz au mouvement durable, de l’adhésion numérique à l’engagement réel. Pourtant, l’initiative touche une corde sensible : celle d’une jeunesse qui ne veut plus être simple spectatrice de son avenir. Si Chabab Al Maghrib parvient à transformer l’enthousiasme en dynamique collective, il pourrait inaugurer une nouvelle manière de penser la participation citoyenne au Maroc. Cette fois, le match ne se jouera pas en quatre-vingt-dix minutes, mais sur le temps long d’un projet national.