La CMOOA s’apprête à donner un grand coup de projecteur (et de marteau) sur l’histoire visuelle du Maroc avec sa vente Modernités plurielles au Maroc, annoncée pour le mercredi 11 février 2026 à 17h à Casablanca. L’intitulé n’a rien d’un slogan creux: l’idée, mise en avant par la maison, est de montrer qu’il n’existe pas une modernité monolithique, mais des trajectoires parallèles, des influences croisées et des audaces qui se répondent à plusieurs décennies de distance.
Ce qui frappe à la lecture des pages “œuvres phares”, c’est justement ce dialogue entre regards. D’un côté, la douceur méditative d’une scène de médina chez Meriem Mezian (Palabres au pied de la Medina, huile sur toile, 80 x 100 cm), estimée 600.000 à 700.000 MAD. De l’autre, l’orientalisme sensible d’Étienne Dinet (Mère et enfant à Bou Saâda, 35 x 47 cm), annoncé entre 700.000 et 800.000 MAD. Ici, pas de surenchère de folklore: ces images racontent aussi une époque où la lumière, les tissus et les gestes du quotidien deviennent un vocabulaire pictural à part entière.
La vente prend ensuite un virage spectaculaire avec Bernard Boutet de Monvel et son Femmes aux tapis (Soleil), Marrakech, 1919, estimé 1.800.000 à 2.200.000 MAD. La composition, très construite, capte une Marrakech presque architecturale, où les silhouettes et les motifs textiles semblent taillés au scalpel. Le catalogue précise également des conditions acquéreur affichant 30% de commission, et mentionne un certificat d’authenticité daté de juillet 2025. À ce niveau, on n’achète plus seulement une image: on entre dans un pan d’histoire, documenté et “prêt à circuler” dans un marché devenu extrêmement attentif aux provenances et aux garanties.
Et puis, les modernités marocaines s’affirment frontalement, avec des signatures qui ont redéfini la scène. Jilali Gharbaoui (Expression bleue, 1960) pousse la matière et le geste, annoncé 1.200.000 à 1.400.000 MAD, tandis que Mohamed Melehi (Red #, 1963) joue la vibration chromatique à grande échelle, estimé 1.500.000 à 1.800.000 MAD. Ahmed Cherkaoui (Laïla, Casa, 1965) apparaît comme l’un des sommets de cette sélection, avec une estimation de 2.500.000 à 3.000.000 MAD et une référence bibliographique signalée dans le catalogue. Dans ce trio, on lit une même obsession: inventer une modernité locale sans renier les racines, et prouver que Casablanca, Rabat ou ailleurs n’étaient pas des périphéries, mais des laboratoires.
Le parcours se conclut sur des œuvres qui rappellent à quel point la modernité peut être aussi narrative, populaire, joyeuse, parfois mordante. Chaibia Tallal (Les trois fleuristes) explose la couleur (900.000 à 1.100.000 MAD), quand Houssein Tallal (Femme d’Amérique, 1988) affiche une identité graphique presque pop (300.000 à 350.000 MAD). En toile de fond, la CMOOA s’inscrit dans un paysage qu’elle contribue à structurer depuis le début des années 2000, au moment où Casablanca s’est imposée comme une place incontournable pour l’art au Maroc.