Brahim Takioullah, géant par la taille, immense par la résilience

by La Rédaction

À chaque pas qu’il fait dans la rue, les regards se lèvent avant même qu’il ne parle. À 2,46 mètres, Brahim Takioullah n’a pas besoin d’élever la voix pour se faire remarquer. Mais derrière la silhouette spectaculaire, il y a surtout un homme qui a appris à composer avec un monde pensé pour d’autres proportions. Bien avant les records et les plateaux de télévision, son histoire commence à Guelmim, dans le sud du Maroc, là où son adolescence prend un tournant inattendu.

C’est au collège que sa croissance s’accélère de manière spectaculaire. Les médecins diagnostiquent une hypersécrétion de l’hormone de croissance. À l’université, le jeune homme atteint déjà 2,46 mètres. Une taille qui fascine autant qu’elle complique le quotidien. Trouver des chaussures devient un casse-tête quasi insoluble. Un fabricant lui réclame un jour 3 000 euros pour une paire sur mesure. Finalement, un soutien venu d’Allemagne lui permet d’obtenir des modèles adaptés, allégeant un fardeau financier disproportionné. Pour les vêtements, il s’appuie sur des tailleurs à Casablanca qui confectionnent ses tenues et les expédient en France, où il s’installe en 2007 pour rejoindre sa mère et poursuivre ses études.

   

Ce départ marque le début d’une nouvelle vie. En France, Brahim refuse de s’enfermer dans une posture victimaire. Il le dit lui-même : il n’a jamais considéré son corps comme un ennemi. Cette philosophie pragmatique l’aide à affronter des défis très concrets. Conduire, par exemple, reste un rêve entravé : adapter un véhicule à sa taille exige des équipements spécifiques extrêmement coûteux et des démarches administratives complexes. Dans les transports en commun, il doit souvent réserver des sièges offrant davantage d’espace. Des ajustements constants, qu’il évoque sans amertume, comme de simples équations à résoudre.

La notoriété, elle, arrive progressivement. À son arrivée, il collabore avec Canal+ dans l’émission Le Grand Journal, participant à des séquences humoristiques qui lui ouvrent les portes du milieu artistique. Il enchaîne ensuite plusieurs apparitions au cinéma, notamment dans le film Chocolat aux côtés d’Omar Sy, ou encore dans Alad’2 avec Jamel Debbouze. On le voit également dans des productions comme Kandisha, Apnée ou la série Hero Corp. Si la pandémie de Covid-19 ralentit la cadence des propositions, elle n’entame pas sa détermination.

La reconnaissance mondiale survient en 2011, lorsque le Guinness World Records valide officiellement sa taille et le classe deuxième plus grand homme vivant au monde, derrière Sultan Kösen, qui culmine à 2,51 mètres. Ce titre lui offre une visibilité internationale et l’invite à participer à des événements réunissant d’autres détenteurs de records. Pourtant, derrière le symbole, Brahim reste fidèle à lui-même. Il plaisante même en affirmant que si personne ne le regarde dans la rue, il se demande s’il n’a pas rétréci.

Au fond, l’histoire de Brahim Takioullah dépasse la simple statistique. Elle interroge notre capacité collective à penser l’inclusivité, l’adaptation et le regard porté sur la différence. Lui a choisi d’y répondre par la sérénité et l’humour. Une manière élégante de rappeler que l’on peut être hors norme sans jamais perdre le sens de la mesure.

   

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