Ce 30 janvier 2026, le rideau est tombé sur une légende. Abdelhadi Belkhayat, monument de la chanson marocaine, s’est éteint à l’âge de 86 ans à l’hôpital militaire de Rabat, laissant derrière lui un patrimoine musical inestimable. Un départ qui attriste toute une nation, tant l’artiste incarnait, depuis plus d’un demi-siècle, la voix d’un Maroc en quête d’identité, de modernité et de beauté.
Originaire de Fès, Belkhayat a su marier avec justesse les mélodies arabo-andalouses aux aspirations d’une jeunesse marocaine des années 60 et 70 en pleine effervescence culturelle. Son interprétation bouleversante de Qitar Al Hayat (« Le train de la vie »), titre emblématique devenu hymne générationnel, a inscrit son nom dans la mémoire affective collective du pays. Loin d’être un simple chanteur, il fut un bâtisseur de l’âme musicale marocaine moderne, aux côtés de figures comme Abdelwahab Doukkali ou Mohamed Rouicha.
Sa voix chaude, modulée avec une grâce rare, portait des textes empreints de poésie, souvent mélancoliques, toujours élégants. Bien qu’il se soit retiré de la scène depuis plusieurs années, Abdelhadi Belkhayat n’a jamais quitté le cœur de son public. Ses chansons continuent de résonner lors des grandes occasions, des réunions de famille ou dans les ruelles des médinas, portées par la nostalgie et l’admiration.
L’homme n’était pas seulement chanteur ; il était un trait d’union entre traditions musicales et modernité, entre Maroc profond et universalité artistique. En cela, il laisse un vide immense, mais aussi une trace indélébile, celle d’un artiste dont les œuvres survivront à l’épreuve du temps.
Ses obsèques auront lieu ce samedi à Casablanca, précédées d’une prière à la mosquée Annour. Le Royaume lui rendra hommage, sobrement mais avec une émotion sincère, à l’image de ce qu’était Abdelhadi Belkhayat : un artiste pudique, mais profondément aimé.