Francis Kéré, du Burkina Faso à Las Vegas, l’architecte qui fait parler la terre

by La Rédaction

De la terre rouge du Burkina Faso aux lumières de Las Vegas, Francis Kéré dessine une trajectoire singulière dans l’univers de l’architecture contemporaine. Premier Africain à recevoir le prestigieux prix Pritzker en 2022, l’architecte burkinabè s’apprête à laisser son empreinte sur la capitale américaine du divertissement. Son agence a été choisie pour concevoir le futur Las Vegas Museum of Art, dont l’ouverture est prévue en 2029. Une nouvelle consécration pour cet homme qui a fait des matériaux locaux, de la lumière naturelle et du dialogue avec les communautés les signatures d’une architecture aussi inventive qu’humaine.

Né en 1965 à Gando, un village du Burkina Faso, Diébédo Francis Kéré n’a jamais oublié les paysages de son enfance. Parti étudier en Allemagne, il développe une conviction qui guidera toute sa carrière : un bâtiment doit d’abord répondre aux besoins de ceux qui l’habitent. Une philosophie qui prend forme en 2001 avec la construction de l’école primaire de Gando, son premier projet. Réalisée avec la participation des habitants, elle associe briques de terre et techniques de ventilation naturelle pour offrir aux enfants des salles de classe adaptées aux fortes chaleurs. L’édifice reçoit en 2004 le prix Aga Khan d’architecture et marque le début d’une reconnaissance internationale.

   

Quelques années plus tard, Londres découvre à son tour son univers. En 2017, Francis Kéré signe le pavillon estival des Serpentine Galleries, au cœur de Kensington Gardens. Inspirée de l’arbre sous lequel les habitants de Gando ont coutume de se réunir, la structure déploie une vaste toiture protectrice autour d’un espace ouvert. L’air y circule librement, tandis qu’un ingénieux dispositif permet de recueillir les eaux de pluie. Une œuvre éphémère qui transforme un simple pavillon en lieu de rencontre, rappelant que l’architecture peut aussi être un art de vivre ensemble.

Au Burkina Faso, son travail prend également une dimension mémorielle. À Ouagadougou, il imagine le mémorial consacré à Thomas Sankara, ancien président burkinabè assassiné en 1987. Le projet comprend notamment un mausolée dédié au dirigeant et aux douze personnes tuées à ses côtés. Fidèle à son approche, Kéré privilégie la terre et la latérite, dont les propriétés contribuent au confort thermique des espaces. Au-delà de l’hommage historique, l’ensemble est pensé comme un lieu de transmission et de rassemblement, où la mémoire collective dialogue avec la vie quotidienne.

Aujourd’hui, c’est à Las Vegas que cette vision prend une nouvelle ampleur. Sélectionné en 2024 pour dessiner le futur Las Vegas Museum of Art, Francis Kéré imagine un bâtiment d’environ 5 600 m² au cœur de Symphony Park. Inspirée des paysages du désert de Mojave, sa façade fera appel à des pierres locales dont les nuances rappelleront les montagnes environnantes. Une vaste toiture offrira de l’ombre aux visiteurs, tandis qu’un escalier monumental évoquant un canyon conduira vers les galeries d’exposition. Le projet entend devenir un nouveau lieu de rencontre culturel dans une ville mondialement connue pour ses casinos et ses spectacles.

L’ambition est d’autant plus symbolique que le musée sera le premier établissement d’art indépendant de Las Vegas installé dans un bâtiment spécialement conçu à cet effet. Son ouverture, annoncée pour 2029, doit contribuer à enrichir l’identité culturelle de la ville. Un défi à la mesure de cet architecte qui, depuis plus de vingt-cinq ans, démontre que les traditions constructives africaines peuvent nourrir les projets les plus contemporains.

De l’école de Gando au pavillon londonien, du mémorial Thomas-Sankara au futur musée de Las Vegas, Francis Kéré poursuit finalement une même idée : construire autrement, en respectant les lieux, les ressources et les hommes. Son parcours raconte aussi une autre histoire, celle d’une créativité africaine qui s’affirme sur la scène internationale sans renoncer à ses racines. Et derrière les distinctions, les grands projets et les récompenses, demeure cette conviction simple : la plus belle architecture est peut-être celle qui donne aux hommes une raison de se retrouver.

   

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